01 août 2009
Un parapluie pour miroir

Presque comme Alice, avec témoins.
Et diastole-systole. Boum-ta-boum-ta.
(Triptyque de Francis Bacon)
23 juillet 2009
Prix Dimoitou du Mans
Les copains, le soleil et Nabila fait partie des 5 finalistes du Prix Dimoitou.
En effet, cinq romans ont été choisis par un comité de parrainage et seront envoyés au mois de septembre aux jeunes jurés sélectionnés sur lettre de motivation. Ils auront un mois pour les lire et se rendront, accompagnés d'un parent, le samedi 10 octobre au salon « La 25e Heure du Livre » au Mans, où ils choisiront ensemble leur roman préféré.
Je suis invitée à participer dans ce cadre au salon La 25ième heure du livre du Mans, qui aura lieu les 10 et 11 octobre.
Le vendredi 9 octobre, rencontre avec certaines des classes qui ont participé à la sélection.
Heureuse que cette histoire qui me tient très à coeur plaise ainsi à ses lecteurs (il est aussi présélectionné pour le prix roman Jeune Public de Laval). Hâte d'en parler avec eux...
18 juillet 2009
Scories

Le choix de la douceur

Après avoir été rat pour transmuer la violence
Regarder sa force calme
S'allonger en douceur
(Carmen Gaudin par Henri de Toulouse-Lautrec)
17 juillet 2009
Méchanceté
Parfois des envies de méchanceté : bêtise, combien a-t-on dépensé pour ton édition/production/diffusion/publicité ? On en parle tant, partout, en affiches 4 sur 3, en voix d'hôtesse de l'air dans les temples pseudo-culturels - consommation j'écris ton nom - et je regarde sourcils froncés l'encensoir qui se balance devant nos nez, sans pouvoir l'éviter. Envie d'y cracher, y balancer un coup de pied. Ah, méchante, je saurais faire, me moquer de ce qui pollue nos sphères, toutes, de la facilité qui s'y répand, de ces esprits qui se croient eux-mêmes féroces avant d'entrer dans d'autres cases toutes neuves, cependant non moins étroites. Facile, méchante, facile, tant de médiocrité en ce monde, tant d'indulgence pour elle, et même un tapis rouge pour qu'elle y vomisse, regardez ceux qui s'y vautrent, ils ont ce sourire de robot. Méchanceté, je te connais, ton style incisif me séduit, souvent je t'aime, méchanceté, je goûte tes marges et ta jouissance. Le goût de ta bile.
Méchante, je mériterais le respect et faible serais-je alors. Ne me respectez jamais, jamais, car mon lit serait alors trop doux, je m'y endormirais. Méchante, on pourrait aussi me haïr, et ce serait une puissance d'être méprisée pour mes mots. Ne me rendez jamais puissante, jamais, jamais, car mon lit serait trop loin de la terre.
Aussi permettez, lecteurs d'ici, permettez que je n'use que peu de ma méchanceté bien que je la chérisse parfois. Je ne la sors que pour les grandes occasions.
Je réfléchis à une autre voie pour ma critique. Un autre sort pour mes mots.
16 juillet 2009
Voyages d'été d'antan
Mon regard glissait sans plus la voir sur cette photo encadrée, posée devant le fatras de livres d'école empilés. Je regardais ces livres, me demandant si je devais m'en débarrasser, ou pas encore ; allaient-ils me servir à nouveau ? Mon avenir professionnel est délicieusement flou, voilà ce que je me disais devant cette bibliothèque. L'enfant endormi dans les filets de pêche exista alors plus que les manuels. Depuis l'arrêt du travail cela m'arrive souvent : je vois ce que je ne voyais plus. L'enfant d'Essaouira.
Il y eut ce berger, avec qui nous nous asseyâmes pour partager une cigarette :

J'aurais aimé avoir le courage de le prendre en photo de plus près, le portrait aurait été beau. J'aimais les sillons tracés sur ses joues, son front, le regard sans détour, sombre et clair à la fois, mais regard qui plus que ceux des enfants arrêta mon geste : quel droit avais-je sur son image ? Aujourd'hui encore, tant d'années plus tard, c'est une faiblesse de ma part d'oser le montrer ici.
Je ne me souviens hélas plus ce qu'il nous raconta. Parla-t-il seulement ?
J'aime les regards mais aussi les mouvements des hommes, dans le prolongement des cordages. D'un geste semble leur obéir une nuée de barques.


La vie des filets.
Les soirées d'été ont aussi cette grâce dynamique, inattendue, amère et joyeuse, parfois jusqu'à l'hypnotisme ou la transe
... Le jazz de Baptiste Trotignon :
Et nous, c'était au théâtre de la mer (Jazz à Sète), lieu magique. Derrière le quartet, puis le quintet, tour à tour endiablés ou émouvants, passaient tranquillement les bateaux, se levait doucement la lune, ondoyait la mer. Le jazz est peut-être cela : les passions face à la tranquillité du monde.
Emerveillement lors des 5 saisons composées par Baptiste Trotignon.
Les esprits chagrins diront que c'est un clone de Brad Mehldau, mais Brad Mehldau ne passait pas à Sète.
13 juillet 2009
Ombres
Au départ, j'avais décidé de photographier des voyageurs en attente.
Celui-ci, par exemple, me plaisait bien : à quoi pense-t-il, à quoi lui a servi sa serviette rouge avant d'être posée là à ses côtés ? D'où vient-il, où se rend-il ? Quelle est sa vie ? Et la magie du saisissement nous permet aujourd'hui encore de nous questionner sur cet instant au présent. La photographie se joue du temps.

Puis j'ai craint que mes sujets ne s'aperçoivent que je volais un instant de leur vie. Pour être plus discrète, je me suis concentrée sur leurs pieds.
C'est là que j'ai vu les ombres.
Les ombres se sont laissées saisir. Leur pudeur est ailleurs : elles savent cacher tant de choses. Elles ne me donnaient que ce qu'elles voulaient révéler. Un jeu s'est installé entre elles et moi. Je décidai de percer leur secret, alors qu'elles s'attachaient à n'être que des taches sombres étalées sur les dalles chaudes. Mais il me fallait faire vite : déjà, elles se dérobaient en se glissant sous les pieds, diminuées. Triomphantes.








11 juillet 2009
Comment j'en suis venue à parler de sandwich avec une adjointe à la culture
Ô joie, l'adjointe à la culture de la ville de ..... m'envoie un mail (je mets en exergue ce qui pourrait passer inaperçu) :
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Dans le cadre de la Fête du Livre prévue en ......, notre commune organisera son 9ème salon du Livre le ...... de 10h à 18h dans les locaux de la salle municipale ......
Comme pour les précédentes éditions, tous les genres littéraires seront les bienvenus.
Durant le salon, seuls des livres pourront être exposés.
L’organisation mettra gracieusement à votre disposition : tables (1,30m), chaises, cavaliers nominatifs.
Aucune contribution financière ne sera demandée pour votre participation à cette manifestation.
En revanche, comme l’an dernier, nous organiserons sur place un buffet pour le repas de midi, avec contribution (17 Euros).
Par ailleurs, buvette et restauration rapide seront assurées toute la journée par les bénévoles d’une association locale.
Une large communication de cet événement sera faite : communiqués de presse auprès des médias locales et régionales, diffusion d’affiches et tracts .
Vous trouverez ci après le programme détaillé de la manifestation.
Souhaitant que cette proposition vous agrée, je reste à votre disposition pour tout renseignement complémentaire ou suggestion, et vous remercie d’en parler à des amis auteurs que cela pourrait intéresser.
En vous demandant de bien vouloir nous renvoyer le bulletin de réponse joint le plus tôt possible, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur l’expression de ma considération distinguée.
******************
Je réponds à l'adjointe à la culture de la ville de ...... :
Chère Madame ........,
Je suis flattée que vous ayez pensé à moi pour votre salon du livre (sans aucun doute avez-vous lu et aimé mes livres), et flattée encore que vous mettiez à ma disposition gracieusement une chaise pour m'asseoir et une table pour poser mes livres. Flattée que votre générosité aille jusqu'à ne me demander aucune contribution financière pour avoir la chance de participer à votre salon du livre, hormis la modique somme de 17 euros pour pouvoir me sustenter durant cette journée de dimanche que je préfère bien sûr passer avec vous plutôt que profiter de ma famille.
Je n'ose vous demander si vous défrayez le déplacement, après tout j'ai tellement de chance d'être invitée !
J'ai beaucoup de chance de pouvoir bénéficier de la large communication que vous faites de cet événement.
Cependant j'aimerais vous rappeler que sur chaque livre vendu, je ne perçois que 5 à 8 % du prix de vente. Aussi, même s'il y a foule, mon travail du dimanche serait très modiquement rémunéré.
Aussi je n'accepte de participer qu'aux salons qui proposent en amont des interventions payées au tarif charte des auteurs jeunesse, et parfois des salons isolés qu'il est déjà arrivé qu'on me paye également. J'accepte de participer à des salons isolés, gratuitement, mais si l'on me rembourse au moins le repas et le déplacement.
Aussi, je suis au regret de décliner votre proposition.
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L'adjointe à la culture de la ville de ...... me répond :
Madame;
Je voulais apporter qq précisions à mon courrier :
1°) Prendre le repas proposé (qui est à prix coûtant : les factures sont à disposition de tous) n'est pas 1 obligation, certains participants préférant apporter leurs sandwichs;
2°) Notre commune a 6800 habts et le budget de la culture ne me permet pas d'inviter les 50 à 60 auteurs qui répondent présents à notre invitation chaque année;
3°) Ce salon a lieu depuis 9 ans grâce à de la bonne volonté & beaucoup de travail.
Vous comprendrez peut-être que, dans ces conditions, votre ton ironique me soit fort déplaisant.
Je comprends pour ma part tout à fait que vous ne puissiez engager quelque frais que ce soit pour participer à ce salon , et que vous préfériez rester en famille .
Sachez enfin que ce salon est trés convival et que auteurs & lecteurs en font un moment de rencontres fort apprécié et trés attendu.
Cordialement.
****************
A qui je précise :
Madame,
Permettez-moi d'adopter cette fois-ci un ton plus didactique.
L'auteur se situe au tout début de la chaîne du livre, avant l'éditeur, l'imprimeur, le diffuseur, le libraire. C'est lui qui perçoit pourtant le plus petit pourcentage du prix de vente du livre.
Pour cette rémunération que nous sommes nombreux à trouver trop faible, notre travail est d'écrire (ce qui prend énormément de temps, comme vous vous en doutez). Il ne nous revient pas, à nous, d'assurer la vente du livre (voir les autres maillons de la chaîne qui sont payés pour cela), et nous n'avons donc logiquement aucune raison de rester derrière un stand toute une journée.
Nous écrivons surtout parce que nous aimons cela, et pour bien d'autres raisons qui font que malgré cette faible rémunération, il existe encore des auteurs en France et dans le monde. L'argent est rarement notre motivation.
Cependant, il se trouve que dans notre société, comme tout le monde nous devons acheter les ingrédients pour confectionner nos sandwiches, et l'essence pour nous déplacer.
J'éprouve énormément d'admiration pour les organisateurs de salons du livre, souvent bénévoles, qui se démènent pour que les livres arrivent entre les mains des lecteurs. Cependant il leur faut comprendre qu'un auteur prend sur son temps de travail ou sur son temps libre pour être présent sur un salon, et que cela ne fait pas partie de son travail. Croyez-moi, je l'ai fait souvent car j'aime beaucoup rencontrer des lecteurs et d'autres auteurs, et j'aime joindre à celle des organisateurs ma bonne volonté, à condition, cependant, que je n'en sois pas pour mes frais : je n'en ai hélas pas les moyens. Même si je vends quelques livres à votre salon, cela risque fort de ne même pas me rembourser mon sandwich (quant à votre repas à 17 euros...). Dois-je vous parler des frais d'essence ? (j'habite à plus de 200 km de chez vous).
Vous me parlez du budget de la culture, je déplore autant que vous qu'il soit faible, cependant pour votre salon en quoi cela concerne-t-il les auteurs puisque pour eux, qu'ils soient 15, 60 ou 200, vous déboursez : zéro euro. Grâce à ce sens de l'économie, nos élus peuvent tranquillement diminuer encore les budgets alloués à la culture.
Je regrette que mon ton vous ait été déplaisant, cependant avec un tel raisonnement, il n'est pas sûr qu'à la longue survivent beaucoup d'auteurs (de peintres, de musiciens, etc...), et cette perspective m'est fort déplaisante.
Cordialement.
**************
Et encore, je n'ai même pas essayé d'expliquer à Madame l'adjointe à la culture de la ville de .... qu'on invite un auteur lorsqu'on a aimé l'un ou plusieurs de ses livres, ou au moins lorsqu'il correspond à un thème ou un genre bien défini pour le salon. Mais peut-être croit-elle qu'un livre n'a rien de plus remarquable qu'un santon à un marché de Noël.
08 juillet 2009
Du dehors pour le dedans - mouvements - que les voyages soient. Partons. Sans revenir (jamais) au même endroit du monde.



![sophiako_242572_3[382593].jpg](http://florencehinckel.hautetfort.com/media/02/02/2073658574.jpg)
06 juillet 2009
Jusqu'à 2h30 du matin
Nos soirées d'été sont passionnantes !

04 juillet 2009
Waliat
Tu faisais partie de mon groupe de grande section lorsque j'étais instit dans une école du centre de Marseille.
Aujourd'hui, j'ai ressenti le besoin de chercher ta date de naissance. Je l'ai trouvée sur la liste de mes élèves, dans le dossier "ecole" de mon ordinateur. Tu es née en mars 2001, deux mois après ma fille.
J'avoue, je ne me souvenais plus de ton visage. J'ai ressenti le besoin de chercher ta photo. Trouvée dans le même dossier.
01 juillet 2009
Fausta
Je cherche pourtant, je cherche à être touchée, et j'ai tenté Etreintes brisées d'Almodovar (déçue), puis Tokyo Sonata de Kurosawa (magistrale démonstration du naufrage du monde ancien dramatiquement et simultanément mêlé à celui du monde nouveau ; beaux personnages de femmes et d'hommes mais j'en suis restée loin, peut-être à cause des facilités lyriques du scénario).
Et enfin, hier soir, avec deux amies de coeur et de culture, j'ai rencontré Fausta.



Comme pour Frida, c'est le corps de Fausta qui exprime les douleurs d'un pays.
Fausta incarne un passé collectif marqué par la terreur, mais la grâce et la lumière de la jeune Magaly Solier nous rappelle que le présent ainsi que l'avenir sont le fait d'individus qui recommencent tout de zéro, toujours, partout, avec la même énergie, la même force, la même puissance de vie.
La même beauté.
Et dans ce cas, dans la poésie et les métaphores inattendues. Dans les images d'un Lima aux larges étendues arides et nues, désert de rues de terre et poussière dont il faut raser les murs sous peine d'être attrapée, les entrailles rongées, jusqu'à, enfin, la mer salvatrice de mère morte. Les images de mariages tous en toc, "tout est faux", sourires et joies forcées d'un pays qui cherche un bonheur aux traînes de mariée qui refusent de voler malgré tous les ballons de baudruche qu'on y a accrochés.
Fausta est un piano cassé, mais qui chante encore. Elle est un collier démonté aux perles libres qu'elle ramasse puis regagne par la beauté de sa voix, la seule qui sonne juste et violente. On en volera la mélodie mais pas l'émotion ni le sens. Les perles de ses chansons resteront rassemblées au creux de son poing fermé. Elle est ces bonbons aux couleurs acidulées de l'enfance éparpillées à terre. Elle est une fleur qui se croit pomme de terre.

29 juin 2009
Sur le quai d'un port
On ne peut que faire la supposition d'être compris.
Avec l'être qui parle le même langage que soi-même, tout échange est miraculeux. L'amitié fait son lit et s'allonge au creux de notre âme, soupirant d'aise, l'emplissant de son souffle lourd, léger, lourd, léger. On se délecte de certains mots. Leur douceur. Le frémissement que l'on sent entre les lignes comme frondaisons. Cela bruit doucement. Cela rit souvent. Frémit parfois.
Confiance.
Ami, aie confiance en mon infinie possibilité de mouvance, comme je crois en la tienne.
Ami, tu ne peux pas me dire : tu vas aimer ce film. Ne pas aimer celui-là.
Jamais je n'oserai te dire cela, car enfin qui es-tu ?
Tu ne peux pas supposer de quelle façon je vais comprendre ce livre.
Tu ne peux pas connaître ma finesse de compréhension.
Ma vitesse d'absorption des idées t'échappe.
Le changement de mes goûts te dépasse.
Ce vers quoi je vais te regarde sans te regarder.
Tu ne peux pas mesurer mes douleurs à l'aune de celles qui sont passées.
Tu ne peux pas en savoir la cause ou l'isolement.
Mais peu importe : prends-les en compte.
Sois présent sans comprendre.
Ami, tu n'as pas le droit de te croire supérieur à moi. En quoi que ce soit.
Tu ne peux pas penser que tu comprends cela mieux que moi.
Ne pense pas non plus que je ne pourrai pas te comprendre. Ni que je le pourrai.
Tu ne dois pas te croire plus libre que moi. Ni moins.
Même si tu crois le cacher.
Je sens tout.
C'est autrement que nous devons nous comprendre (prendre avec).
Regarde ce paquet humain.

Tu es l'un ou l'autre.
N'oublie pas : j'aimerais que tu sois celui qui est porté.
Je l'aimerais avec passion.
Nous parcourons ces galeries, passons devant ces volées d'escalier, je te porte.
Porte-moi.
C'est tout naturel.
Ne te demande pas qui est le plus lourd ou le plus léger.
Laisse-toi porter, je t'en prie.
L'homme fort et noble est celui qui peut vivre seul avec soi-même,
mais il est aussi celui qui comprend le désir de port d'autrui.
La solitude des uns s'arrête là où commence la solitude des autres.
Confiance, disais-je.
L'esthétique du naufrage








