02 septembre 2009

Nusch, Dora, Lee...

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Nusch Eluard, par Dora Maar

 

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Lee Miller, par Arnold Genthe

 

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Dora Maar, par Man Ray

Tour à tour muses, égéries, artistes, ces femmes de l'époque de Man Ray, Eluard, Picasso, ont réussi à exister en dépit de leur monstrueuse beauté. De l'incessante obsession de ces hommes à la saisir. De leur fantasme d'ainsi maîtriser ce qui leur échappait. Leur corps. Leur âme en sus. Survivantes du temps.

01 septembre 2009

Ce qui s'offre à nous

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(Space, Lee Miller)

31 août 2009

Livre mon ami

C'était en octobre dernier. Cela paraît à la fois si loin et si proche ! Mon fabuleux voyage en Nouvelle-Calédonie, pour mon livre La guerre des vanilles... (qui risque bien d'être réédité, en tout cas je croise les doigts).

Cette année, c’est Marie-Aude Murail avec son ouvrage 22 ! qui a été plébiscitée par les 9 310 élèves inscrits (CM2 et 6ième), dans le cadre du prix Livre mon ami.

Je l'ai lu, et il est effectivement très bien ce petit roman, très intelligent. Il m'a fait penser à Matin Brun de Frank Pavloff, mais pour les plus jeunes.

Voici le classement :

1er
22 !
Marie-Aude Murail
2ème
Ysayama
Pierre Bottero et Jean-Louis Thouard
3ème
La lettre mystérieuse
Lénia Major
4ème
Clara et Martin
Marie-Claude Bérot
5ème
Au secours de Diégo
Claudine Jacques
6ème
Perds pas la tête, mamie
Françoise Laurent
7ème
Momo, petit prince des bleuets
Yaël Hassan
8ème
Léo a disparu
Roselyne Bertin
9ème
Jérémy Cheval
Pierre-Marie Baude
10ème
Le sourire d'Ouni
Florence Reynaud

30 août 2009

Oui... Entrez... Je n'ai pas eu le temps de m'apprêter mais... Entrez donc...

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Le portrait de Sonya Knips : un Klimt inhabituel, qui, derrière le conventionnel du portrait de commande, la posture faussement spontanée, a réussi à placer des audaces émouvantes. Déjà les fleurs qu'il osera ensuite poser directement dans la chevelure, composition en diagonale, sombre profondeur derrière les froufrous roses, et une sensualité pas encore libérée... Frémissante.


Littérature comparée

Après l'adolescence vue pas Gus Van Sant, nécessité de se frotter à une réalité (?) plus heureuse. Aussi je n'ai pas honte de déclarer que je viens de finir un bouquin dont le titre est Entre mes nungas-nungas mon coeur balance. Si.

entre17434.jpgC'est le 3ième tome d'une série de plein, écrite par Louise Rennison, qui écrivit des one-woman show, et cela se sent. Il s'agit du journal de Georgia Nicolson, 15 ans, le modèle type de l'adolescente à claquer. Très très réticente au début par la bêtise de l'ensemble (non, c'est édité chez Gallimard, ce truc ?), j'ai finalement été happée par l'humour, la dérision, et un sens du ridicule avoué. Même, je n'ai pas pu réprimer quelques éclats de rire. Pour finir, j'ai fermé le bouquin en me disant qu'il était très bon, dans son genre. On finit par s'attacher à cette ado dont le portrait, sous une grossièreté apparente, est très finement brossé. Une vision de l'adolescence à ne pas négliger.

Je lis maintenant un autre gros succès : Quatre filles et un jean, de Ann Brashares.

De facture beaucoup plus classique, je suis plus ou moins en train de m'ennuyer, après la causticité de Georgia Nicolson. Pour l'instant c'est plein de bons sentiments mielleux, mais enfin je vais persister. Ce qui m'intéresse : le lien de l'objet jean, et aussi comment l'auteure s'y prend pour passer d'une héroïne à une autre sans perdre le jeune lecteur. Pas évident, à mon sens.

Chez les auteurs français, dans le même style on a Bac and Love de Sylvaine Jaoui (très sympathique, par ailleurs, je l'ai croisée à 2 salons du livre). Déroutant car tout en dialogues, exactement comme un scénario de série télévisée. Mais très prenant également.

Le parti pris de ces séries est de jouer sur la corde sentimentalo-amoureuse. C'est agréable à lire, parce que c'est mâtiné de plein d'autres choses intéressantes bien que la communication n'insiste hélas pas sur celles-ci. Mais c'est dérangeant, car cela véhicule chez une population en construction d'identité, et principalement chez les filles, une idée de la vie et surtout de l'amour très stéréotypée. Comme ce sont par ailleurs des romans de qualité, cela m'interroge beaucoup.

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Ajout : fini de lire Quatre filles et un jean. Beaucoup plus intelligent et profond qu'il n'y paraît. Pas mal du tout, en fin de compte.

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22 août 2009

Dialogue

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Photographies de Chaim Kanner (Blanche et noire est la rue - Marseille, 1976), et de Hugues de Wurstemberger

21 août 2009

Paranoïd cinoche

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J'ai enfin vu Paranoïd Park, de Gus Van Sant. Je sais, j'y ai mis le temps.
Mon grave problème cinématographique est que les scènes dites choquantes me choquent vraiment. Aussi, la scène du crime involontaire, d'autant qu'elle est amenée de main de maître, me hantera longtemps. Mais ça y est on est grande, n'est-ce pas, et c'est le prix à payer pour visualiser des chefs d'oeuvre et plonger dans des univers forts.
Plongée est le mot.
Pour commencer, l'univers adolescent me touche beaucoup, et je n'ai pas fini, loin de là, de m'y intéresser. Aussi, c'est avec bienveillance que je me suis coulée dans la vision de cet ado comme tant d'autres, si ce n'est ce "truc qui lui est tombé dessus".
On ne se doute de rien. Ce détachement, cette distance nous font abandonner toute résistance. On se croit soi-même à distance. C'est sous-estimer les plans, cadrages, la photographie (la même que pour Wong Kar WaÏ), musiques décalées,  hypnotisantes, longs plans séquence, alignement de portes de longs couloirs de lycée, immenses champs d'herbes hautes, et bien entendu tunnels sans fin de skating, perspectives infinies dans un univers mental qui ne cesse de lutter contre la finitude,  lutte et paradoxe à mon sens typiquement adolescents, puis pathologiquement adultes, qui nous enveloppent, nous portent, nous enlèvent. C'est ni plus ni moins du kidnapping de spectateur. Un ravissement, au sens propre.
Difficile de s'en remettre, on ne peut s'empêcher d'emporter avec soi une bonne partie du malaise : mais quel est le crime que l'on aurait soi-même commis et que l'on se serait forcé à oublier ? Quelle partie du monde tâchons-nous de cacher ? Dans quelle autre vit-on réellement ? On finit par être persuadé que quelque chose, une image, un article de presse, les informations, nous rappelleront tôt ou tard à une autre réalité invivable. Impression qui dure longtemps.
Et cette réalité invivable, n'existe-t-elle pas pour chacun de nous ? Qu'est-ce qui nous fait sans cesse oublier les maux du monde, les guerres même pas si lointaines -références incessantes à la guerre en Irak- ?
...
Mais subsitera plus longtemps encore le ravissement.
Et donc une mise en abyme : ravis dans un univers dont on nous a fait douter, dans un doux désordre. Ravis deux fois.
Trois fois, si vous voulez.

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19 août 2009

Pierre Bonnard suivant l'heure

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12 août 2009

Le bonheur qui va avec

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(Photographies de Romy Finke)

10 août 2009

L'ange oublieux

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C'est le plus doux de la série des anges que Paul Klee dessina à l'aube de sa vie.
Il y a aussi l'ange déluré, l'ange vigilant, l'antichambre des anges...
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L'ange oublieux, lui, porte cet air de grave innocence
semble attendre et oublier
oublier et attendre
Sourire
Infinie conscience de finitude
Mains jointes ailes portées
danse des fleurs affirmées
Peut-être qu'il murmure un chant léger.

Je hais Francis Drake

J'aime les titres sybillins. Parfois des envies de cabotinage. Pourvu que ça ne dure pas. Je précise cependant pour éviter tout malentendu avec un homonyme éventuellement lecteur de ce blog désert seulement en apparence que ce Francis Drake est mort depuis très longtemps. Ce pirate.

Désert disais-je. Ainsi se vit le mois d'août. Un trou dans l'année. Pourtant aucune vacuité  pour l'auguste mois de cette neuvième année du deuxième millénaire ; quelque chose a lieu. Dans la chaleur languide les courants se meuvent lentement mais assurément. Quelque chose se prépare. Avec Francis Drake je me mets à débusquer les poses faciles, les émotions empruntées, l'érotisme de superficie (étroite). A vrai dire, je préfère mon pirate. Il me rend malade, vraiment malade, mais au moins a-t-il inspiré Ernest Hemingway. Et parfois faut-il être malade pour être vivante. Comment sinon appréhender les profondeurs du poisson ?

J'avoue, cela m'a plu de retrouver Francis Drake. Je l'avais connu dans un continent où j'ai vu des gens qu'il avait rendu aveugles à force de le cotoyer. Ou fous. Les deux parfois. Une légende en somme. Semant la mort dans la vie, à moins que ce ne soit l'inverse. Ainsi son essence. Ainsi son attrait, qui y a posé mes lèvres à nouveau. Encore un voyage d'été.

08 août 2009

Le petit nuage rose

fredericbazille-pink_dress.jpgUn jour passe un petit nuage rose face à soi.

C'est un jour où nous le voyons.

Où notre âme paisible peut s'ouvrir à son voyage.

Perdus dans l'idée du nuage rose, nuage rose soi-même, soudain...

Nous prenons conscience de la foule que nous sommes.

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Cigarette ?

Casquette ou chapeau ?

N'oublions pas, n'est-ce pas que nous pouvons aussi être femme.

Si si.

Ridée, tant mieux si c'est avec fleurettes et camée. Le regard doux dans l'ombre.

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Avant d'acquérir celui acéré du pêcheur le dimanche.

Le dimanche du pêcheur. Camara de Lobos, Madère. 1956.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les soirées seraient alors longues et absinthées... Ocres et dures.

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Pendant lesquelles on se rêverait encore -rêve imbriqué dans un rêve- tout autre.

Nu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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A peine voilé.

Alors seulement pourrions-nous nous couler dans la peau d'un fou à l'extrait ordinaire.

Tendre pour l'humanité des médiocres. Médiocre soi-même (comment savoir ?)

A la fois victime, crime et criminel.

Amoureux, amour et aimé.

Homme, femme, enfant.

Je n'aurait aucun sens.

Et pourtant nous serions là.

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(Frédéric Bazille, Marc Riboud, Saul Leiter, Picasso, Tom Sandberg)

06 août 2009

Conte de la folie ordinaire

Longtemps, je vous ai parlé. Chacune de mes pensées vous était dédiée. Durant ce temps-là, je vous tutoyais. Vous dire tu était un délice. Une gourmandise. Dire votre prénom, c'était l'avoir en bouche. Je me serais tuée pour tourner dans votre palais à mon tour. Y pénétrer. Mais rarement vous prononciez les syllabes désirées.
Pa-tri-cia.
Une trinité que vous refusiez. À la limite, vous disiez Pat. Pour que cela soit plus rapide. Vous comprenez ? Expédiée.
Aussi bien, je n'étais pour vous qu'une enveloppe.
Non.
J'étais aussi pour vous un contenu. Une lettre aux lignes serrées, mots effacés par une humidité inconnue.
Au fond je le sais.
Vous. Vous étiez un monde. À la fin, les ramifications profondes de chacune de vos plantes, arbres, fruits, fleurs, grandissant sauvagement dans toutes les directions, j'aurais aimé les sectionner. Tchac. Vous voyez ces grands ciseaux de jardinier ? Les mêmes sécateurs. Tchac.
De quelle couleur aurait été la sève ?
Mieux. Ce que j'aurais pu faire, c'était vous séquestrer. Cela, ç'aurait été bien. Oui. Vous n'auriez pas été mal. Vous auriez été beau. Plus beau que jamais. J'aurais eu le loisir de vous regarder longtemps, soupeser chacun de vos mouvements. Vous auriez été beau par mes regards. Il aurait fallu que vous en preniez conscience peu à peu : que c'étaient mes regards qui vous rendaient beau. Uniquement. Les regards des autres sur vous : distraits, trompés, hideux. Que ne le voyiez-vous pas ?
Vous n'avez pas su vous épanouir dans cette réalité.
Ç'aurait été dans une chambre confortable de ma maison. Peut-être la mienne, où je suis en ce moment. Il aurait fallu que j'attende votre déchéance. Je vous aurais arrosé parfois, mis de l'engrais à vos pieds, mais de moins en moins. Les doses auraient diminué avec mon amour et ma haine. Ce n'aurait été qu'une question de temps. Le temps que mes regards dévient. Que votre beauté fane. Celle que j'avais inventée. Bien entendu inventée. Un jour plus d'eau, plus d'engrais, tout simplement parce que je n'y aurais plus pensé. Enfin serait advenue la mort de tout le possible de vos mondes. Quelle joie mon dieu ! Dieu serait heureux pour moi, il me regarde, là, face à moi : la petite croix sombre. Qu'il en soit témoin. Grâce à lui je suis une alcoolique qui ne boit pas. Que vos mondes se concentrent en cette intersection. Depuis toujours elle est là, au-dessus de la porte de mes chambres successives. C'était papa qui l'avait accrochée la première fois, je m'en souviens, j'avais sept ans. Je croyais que c'était lui qui l'avait sculptée, il faisait cela parfois, des objets en bois, en terre, en pierre. Des figurines. Un maillet et un ciseau entre les mains. Je croyais que c'était lui-même qu'il s'était représenté en petite crucifixion noire. Ne disions-nous pas Notre Père en la regardant ?
Ce premier mouvement de la pensée subsiste dès que j'y pose mon regard : c'est mon père sur la croix. Alors vous face à lui, vos racines tranchées, pourquoi pas ? Moins mal que des clous aux mains, aux pieds. Plantés avec son propre maillet. Ne vous plaignez donc pas. La cave humide, noire, ce serait même plutôt bien pour vous. Ce serait lorsque je n'aurais plus besoin de vous regarder. De vous arroser. De vous entendre. Soudain vous diriez mon prénom en entier, mais alors ce serait abject. Une plainte, un gémissement. Je vous interdirais de le faire. Patricia, crachez-le, comment osez- vous ? Votre abjection.
Notre père a tout vu. D'une façon ou d'une autre, vous serez tué.
Le père, la fille, et vous.
Mais ce sera trop tard. Je n'en concevrai aucune joie. C'est triste, cela : penser que lorsque vous serez tué cela ne me fera rien. Mais peu importe : il suffit de se rappeler que je ne serai plus moi.
Savez-vous ? Ce sera partout. Sur tous les écrans de cinéma et de télévision, sur le Net, par toutes les fenêtres, toutes les persiennes, par tous les trous toutes les failles toutes les fissures de toutes les façades, par tous les verres de lunette, tous les micro et télescopes, visible du haut de tous les arbres et de tous les toits, vous aurez été mon prisonnier, et je vous aurai forcé à me regarder. Du regard que j'aurais exigé de vous. Tout le monde l'aura vu. Les clochers se seront penchés pour mieux discerner votre visage, vous savez ces clochers tenus droits par les fils invisibles issus du ciel, une pesanteur inversée, laissant couler en-dessous le lac menu parfois trouant une colline, parfois longeant un chemin de fer. Je vous ai déjà vu dans ce train, allant de fenêtre en fenêtre, longtemps, pour percevoir la totalité du paysage. Rappelez-vous : le jour où nous nous sommes rencontrés. J'étais sur votre chemin, devant quel paysage, je ne sais plus, je crois dans mon dos un jardin avec trois peupliers. La transversalité de votre vie m'était déjà douloureuse.

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(Rembrandt)

Je vous aurai regardé à mon tour, penchée avec les tours, adossée à tous les murs de la chambre, puis à tous les murs de la cave, assise sur le rebord de toutes les fenêtres et écrasant la queue de tous les rats. L'humidité dans mon dos aurait la fraîcheur du désir aussi bien que de la mort : connaissez-vous la fraîcheur perlée de la mort ? La sueur peut avoir tant d'origines. Les larmes aussi. Les cascades de rires amers. Et j'ai ri.
Quelle beauté en vous.

03 août 2009

Marguerite

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02 août 2009

Vacances

Vacances, terme polémique. Que vaquons-nous, quel trou bée ainsi face à nous pour que nous désirions le remplir de repos ?

Vacance de quoi ? Un peu effrayant, lorsqu'on le ramène au vide.

Effrayant, oui, et sans doute avait-on peur. Nous recherchions la densité, l'intensité, étions perdus de ne point la trouver de façon immédiate. C'est toujours notre impatience qui nous trahit. Au point d'en oublier de quelle responsabilité s'est vêtue l'amitié. Pourtant nous l'avions dit : résolution de s'oublier davantage, et trouver la liberté de plus de générosité. Parfois nous ne nous sentons encore pas assez vieux.

Légère errance, donc, au début, puis même au retour. Peu l'habitude de vivre les choses de façon si extérieure. Qui sommes-nous alors ?

Mais voilà peut-être l'une des clés de la liberté généreuse.

Car peu à peu, depuis le retour, se déposent des moments, des images, des lumières, qui se chargent de cette légèreté.

Ne pas oublier le poids de la légèreté.

La densité fait son lit a fortiori, étend sa couette de feuilles très lentement, en prenant son temps.

Peu à peu, nous nous souvenons de ce qui a attiré l'oeil de l'enfant de 5 ans tout neuf, nous adultes qui étions passés devant sans la voir :

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La marguerite sur son lit d'eau.

Nous avons exercé notre regard à discerner des dames couchées sur la ligne d'horizon.

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Chevelure en cascade.

Nous nous sommes souvenus de nos quatorze ans, âge des peurs, des risques, de l'humour tendre et des chamallows grillés.

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Et surtout nous nous sommes souvenus que l'amitié se déplace, ses mouvements fluctuent, et parfois elle se repose à distance de nous-même, alors que nous lui jetons des coups d'oeil entre deux arbres ridés d'une écorce tachetée. L'amitié se repose, veille sur chacun, distribue ses lumières et parfois ses ombres cachées, s'évade dans le sommeil.
L'amitié peut et doit parfois s'oublier. Ou peut-être souvent. Amenée puis éloignée par le vent.
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Chut.