12 décembre 2008

Sur les ondes

Message ce matin des dynamiques éditrices des éditions Talents Hauts :

Clémentine Autain a consacré sa chronique du 11 décembre dans Les matins de France Culture à 7 h 25 à "Noël antisexiste".
Je cite :
"Pour éviter de passer tous vos samedis à dénicher la perle rare dans les librairies, je vous recommande une maison d'édition 100% antisexiste, Talents Hauts... Avec un petit effort, Noël pourrait devenir subversif."

On peut écouter l'émission en allant sur cette page.

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(Photo honteusement piquée au blog de l'excellente illustratrice de Ma mère est maire, Pauline Duhamel)

 

08 décembre 2008

Ce que vous nous montrez, voyages


Ce que d'abord vous nous montrez, voyages, c'est notre ordure lancée au visage de l'humanité.
Je comprends alors la passion, la folie, la duperie des récits de voyage. Ils apportent l'illusion de ce qui n'existe plus et qui devrait l'être encore, pour que nous échappions à l'accablante évidence que 20 000 ans d'histoire sont joués. Il n'y a plus rien à faire : la civilisation n'est plus cette fleur fragile qu'on préservait, qu'on développait à grand-peine dans quelques coins abrités d'un terroir riche en espèces rustiques, menaçantes sans doute par leur vivacité, mais qui permettaient aussi de varier et de revigorer les semis. L'humanité s'installe dans la monoculture ; elle s'apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comportera plus que ce plat.

...

Un autre parallèle me semble plus significatif. Car ces modernes assaisonnements sont, qu'on le veuille ou non, falsifiés. Non certes parce que leur nature est purement psychologique ; mais parce que, si honnête que soit le narrateur, il ne peut pas, il ne peut plus, nous les apporter sous une forme authentique. Pour que nous consentions à les recevoir, il faut, par une manipulation qui chez les plus sincères est seulement inconsciente, trier et tamiser les souvenirs et substituer le poncif au vécu.

...

La vanité de ces prétentions, la crédulité naïve qui les accueille et même les suscite, le mérite enfin qui sanctionne tant d'efforts inutiles (sinon qu'ils contribuent à étendre la détériotation qu'ils s'appliquent par ailleurs à dissimuler) tout cela implique des ressorts psychologiques puissants, tant chez les acteurs que dans leur public, et que l'étude de certaines institutions indigènes peut contribuer à mettre à jour. Car l'ethnographie doit aider à comprendre la mode qui attire vers elle tous ces concours qui la desservent.


Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques, 1955

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C'est de la provocation de ma part, car j'ai fait coup sur coup deux très agréables voyages, d'abord sous le tropique du capricorne puis celui du cancer (impossible de ne pas penser dans ces conditions aussi à Henri Miller, mais là on s'égare vers un autre sujet, proche  j'y pense et je voulais en parler, du thème de l'excellent magazine de novembre de l'association Autour des Auteurs dont je ne donne pas l'adresse car des enfants passent parfois par ici - vous pouvez me la demander par mail-, mais revenons à nos moutons).

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Ce qu'écrivait Lévi-Strauss est cependant mille fois vrai, bien entendu. Et je pense que plus on voyage, moins on est dupe.

C'est pourquoi j'ai encore envie de parcourir le monde, afin d'aiguiser ce regard, et pour d'autres raisons que j'ai expliquées dans mon texte Etre une zoreille, que l'on peut trouver sur le blog de Citrouille, la revue des librairies sorcières, ici (merci Thierry).

On peut lire mon album Amoïlena, aux éditions du Griffon Bleu sous cet angle de vue : il relate la complexité de la situation des indiens de Guyane.

 

07 décembre 2008

Ce qui se passe de temps à autres dans les tréfonds

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(Gustav Klimt)

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(Zao Wou Ki)

28 novembre 2008

Qu'est-ce qu'on attend ?


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(Vu et entendu ligne 364 métro 1265)

Qu'est-ce qu'on attend ?

On se heurte encore à la transitivité.
Qu'est-ce que j'attends ?
Ou qu'est-ce que j'attends de toi ?
J'attends que tu m'aimes. Ah mais pas n'importe comment non plus. Comme ci comme ça.
Tu m'aimes comment ?
Non ce n'est pas ce que j'attends. Alors va-t-en.
Ah, tu m'aimes comme ça, ouf...
Mais alors pourquoi n'as-tu pas l'air plus enthousiaste ? Qu'est-ce qui ne va pas ? Quelle est l'attente de toi que je ne satisfais pas ?
C'est que tu ne m'aimes pas.
Moi je t'aime mais tu ne m'aimes pas.
Je le sais.
Je le sens.
Inutile de discuter.
Dans ce cas laisse-moi.
Mais non c'est  juste que je ne sais pas.
J'attends de voir.
J'attends de te voir.
J'attends.
Une épiphanie peut-être ?
Ca ne marche pas. Si tu ne m'aimes pas maintenant, c'est que tu ne m'aimes pas. Les choses sont simples en amour.
Binaires ?
Je n'irai pas jusque-là.
Alors quoi ?
Alors je ne sais pas.
Ne peut-on pas simplement être doux ?
En attendant ?
Non, en n'attendant rien.
Et je ne sais pas ce qui nous attend.
Ce que tu attends ?
Non, ce qui nous attend.
Ce qu'on va devenir.
Mais maintenant ?
Maintenant n'est déjà plus maintenant.
Il n'empêche, maintenant, j'aime qu'il soit intense, le maintenant.
C'est ce que tu désires des maintenants futurs ?
Ah, un autre mot qu'attente ! Désir...
Et si on ne parlait qu'avec ces mots en -ir ? Désir, devenir, plaisir...
C'est un leurre (bonheur, beurre, c'est doux ça aussi). C'est bien beau, ces ir, mais quand est-ce qu'on vit ?
On vit dans le devenir.
J'en ai marre d'attendre.
Non n'attends pas. Deviens.
Aurais-tu dit viens ?
Viens de là où tu es.
Vers qui ?
Décidément, tu aimes la transitivité.
Ma foi je suis un être humain, qui vis entourée d'autres êtres humains. Quel être humain es-tu ?
Je ne sais pas qui je suis.
Je vois. Tu es dans une salle d'attente de toi.
Non, une salle de devenir.
Une malle de désirs...

Beurre ??

(Photo : Berenice Abbott, l'assistante de Man Ray)

27 novembre 2008

Métier : traductrice

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Laure Hinckel, traductrice de roumain, a un joli blog passionnant, et c'est ici.

(Accessoirement, il s'agit de ma soeur !)

26 novembre 2008

Tests psychologiques

Ceci est un extrait de Qui êtes-vous Polly Maggo, de William Klein. C'était en 1965.

On aura reconnu Jean Rochefort, avec Dorothy Mac Gowan.

C'est une scène très drôle, encore plus drôle maintenant que je connais de véritables lapins ! (et des loutres aussi, et des anacondes et des aras, mais j'arrête là sinon vous en saurez trop sur moi...)

25 novembre 2008

Le genre de note essentielle - j'aimerais n'en avoir que des comme ça-, mais à laquelle il est très difficile de donner un titre...

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(Nicolas de Staël : Ciel à Honfleur)

24 novembre 2008

Les poissons sont partis !

Le festival du livre jeunesse de Pézenas est fini !

C'étaient de grands bonheurs.

Allez, en vrac (même si Marie a déjà tout dit) :

Avoir passé des moments très drôles (même si d'un rire très décalé au début !) avec mes amis-auteurs-parrain-marraine Marie Mélisou et Jean-Luc Luciani, ainsi qu'avec l'illustratrice Anne Letuffe, que je suis très heureuse de connaître désormais ; les avancées timides  vers mon stand des enfants qui m'avaient rencontrée avec leur classe l'an passé et revenaient me voir cette année ; les débats toujours passionnants avec les classes sur les métiers de fille ou de garçon ; le grand dévouement de tous les bénévoles (Valérie en tête mais parce que c'est ma cop !), l'encore plus grand dévouement et militantisme des organisateurs (bénévoles aussi hein), un immense bravo à Hélène, Françoise, Elian (encore merci pour avoir emmené Boucle d'Or au spectacle de marionnettes), à Pierre et Isabelle du centre ressources Molière, bonheur du sourire de Martha, des pop-up et mobiles étonnants de Dominique Tackx (Boucle d'Or a fait avec elle une magnifique grenouille), de la gentillesse et du charme des conteuses de la tente et de la yourte, et puis, et puis... Il y avait tant de choses, j'en oublie beaucoup, et beaucoup de gens...

Le temps fort à mon sens du festival était le spectacle Voilà pourquoi aujourd'hui je parle aux vagues, où un comédien charismatique, talentueux et à la voix envoûtante, Jean-Louis Cousseau (compagnie Quelqu'uns), jouait huit textes de Thierry Lenain. La mise en scène était sobre, belle, intelligente et efficace.

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(Illustration d'Olivier Balez)

Thierry Lenain, dont j'aime beaucoup les albums et romans, était là. A la suite du spectacle, il a parlé avec émotion de la façon dont ses textes ont été adaptés.Très beau moment. Thierry ressemble à ses textes, et c'est réconfortant.
Nous avons ensuite, lors du salon du livre, pu échanger nos impressions nouvelles-calédoniennes, car lui y était invité 4 ans auparavant. C'était agréable de s'y replonger !

Pour clore, une photo prise par Marie Mélisou, samedi matin au musée Boby Lapointe, qui résume assez bien l'idée que je garde de ces quelques jours avec vous  (Il manque juste un grand sourire à Boby).

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20 novembre 2008

Froissé plié déplié replié redéplié...

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(Simon Hantaï)

12 novembre 2008

Rencontre

Parmi mes rencontres calédoniennes, il y avait Annick Le Bourlot. De ces personnes dont l'empathie et la joie sont discernables au premier regard, au premier serrement de mains, à tout un faisceau d'indices qui, personnellement, me met immédiatement en éveil, et me place en position de reconnaissance.

Je n'ai eu l'occasion d'échanger que quelques mots avec elle, hélas.

Je suis donc heureuse d'avoir en quelque sorte de ces nouvelles par le biais de cet article des Nouvelles Calédoniennes (merci Brigitte !). Je vous en conseille la lecture : des destins pareils sont très révélateurs de la richesse humaine de la Nouvelle Calédonie. Et j'aime beaucoup sa vision du monde esquissée en ces quelques lignes. Il faudrait lire son livre...

Annick Le Bourlot est aujourd’hui inspectrice d’académie, inspectrice pédagogique régionale pour la zone Pacifique.
Ce n’est pas un hasard : en pleine préparation des transferts de compétence, et à l’occasion du salon du livre organisé la semaine dernière dans le cadre du premier Forum francophone du Pacifique, l’inspectrice de français Annick Le Bourlot s’adresse « Aux bâtisseurs de l’école de la réussite. »

Elle était condamnée à ne pas vivre, et condamnée à ne pas réussir. Née prématurée dans la jungle alors que sa mère était en marche vers un camp Viêt Minh, elle a survécu. Enfant dans la guerre du Vietnam puis d’Algérie, pensionnaire-prisonnière à Constantine, elle a étudié pour se libérer de l’angoisse du terrorisme. Une bibliothèque, de bons éducateurs, une volonté aussi, et elle a réussi. Annick Le Bourlot, la petite Maï vietnamienne, est aujourd’hui inspectrice d’académie, inspectrice pédagogique régionale pour la zone Pacifique. Basée à Nouméa.
Elle le doit, dit-elle, à l’école française. Et son destin hors du commun l’autorise à dire qu’elle aime à voir dans l’Éducation nationale, et dans l’école calédonienne, le verre à moitié plein plutôt que le verre à moitié vide, à l’inverse de ceux qui aiment à tenir ou à entendre les discours sur l’échec scolaire.
Aux bâtisseurs de l’école de la réussite, qu’elle vient de publier aux éditions Sceren (Centre de documentation pédagogique de Nouvelle-Calédonie) est donc clairement une profession de foi, un hommage aux enseignants, à ces professeurs de français « qui œuvrent dans l’ombre, par passion, par conviction ou par choix de vie. »
Il est temps, estime Annick Le Bourlot, « que les évaluations et bilans fassent aussi mention des réussites, parallèlement aux statistiques accusatrices, aux multiples études et ouvrages sur l’échec scolaire. C’est dans cette perspective que s’inscrit mon témoignage, en hommage à l’école de la République. »

Assise au fond d’une classe, elle écoute. Elle est moins là pour inspecter que pour conseiller.

Cette école, et particulièrement celle de Calédonie, Annick Le Bourlot la connaît bien. Cent fois par an, elle va s’installer au fond d’une classe, souvent de collège. Elle écoute l’enseignant, elle écoute les élèves, elle regarde les classeurs et le cahier de texte. Elle est moins là pour inspecter et juger que pour conseiller, pour aider. C’est ainsi, dit-elle, qu’elle conçoit sa mission. Et elle est bien plus souvent sollicitée, ajoute-t-elle, pour son rôle de formation que pour la note pédagogique qui va avec.
Cette expérience nourrit son ouvrage. Au-delà de réflexions plus générales sur l’éducation, de récits de rencontres avec des enseignants ou des parents, Annick Le Bourlot propose des descriptions de cours, des textes de séquences, quelques bonnes recettes pratiquées ici et là, d’Auteuil à Hienghène, de Normandie à Maré, pour faire vivre l’enseignement du français.
Elle évoque le rôle moteur de la poésie qui transgresse les codes et débloque l’imaginaire, l’utilité des séances orales pour impliquer les enfants et les mettre en situation de tâter avant de construire par eux-mêmes, l’attrait culturel des jeunes kanak pour les mythes, l’art de traverser le miroir de la fable, l’extraordinaire expérience de Canala pour réconcilier le français et le xâracùù, les auto-évaluations qui commencent à émerger ou encore les trésors d’imagination des professeurs de Petro-Attiti pour faire vivre la littérature en lycée professionnel.
Si elle respecte les enseignants, ces professionnels « généreux qui prennent en charge une population hétérogène et multiculturelle », Annick Le Bourlot aime autant les enfants de l’école calédonienne. Ils sont, dit-elle, généralement « heureux d’être en classe, dans une école qui reste un sanctuaire ».
Tout dépend, évidemment, du charisme de l’enseignant, de la cohésion de l’établissement, souvent liée à la personnalité d’un principal ou d’un proviseur. « Notre principale richesse, affirme-t-elle, est dans nos ressources humaines. Il faut que les efforts de nos enseignants soient soutenus et nous avons besoin que nos responsables politiques nous aident. »

« Mal à la francophonie »
Le public de la soirée d’ouverture du Forum francophone de la semaine dernière était presque exclusivement européen ; et lors d’une table ronde, le français y a été qualifié par des écrivains calédoniens ou polynésiens de « langue du colonisateur ».
Pour une inspectrice de français, qui sait que les plus grands défenseurs de la diversité culturelle francophone ont été ou sont africains, antillais, algériens, tunisiens ou vietnamiens, voilà qui fait mal. La francophonie, plaide Annick Le Bourlot en reprenant l’image de l’Antillais Edouard Glissant, est comme un rhizome dont les racines tissent sous terre un réseau horizontal et jettent parfois des pousses vers le ciel et l’universel. Il n’y a pas, dit-elle « une langue française mais des langues françaises. Un Breton, un Alsacien, un Occitan n’ont ni la même langue, ni la même vision du monde. Le français calédonien, lui aussi, est riche d’un lexique qui fait sa couleur, et les élèves sont talentueux pour l’utiliser en poésie. »
Non, estime-t-elle, le français n’est pas « la langue des blancs ». Et ceux qui, personnalités ou parents d’élèves ayant réussi par la langue française, en font aujourd’hui le procès ne font rien moins que « fermer la porte aux autres ».
C’est ainsi que la Calédonie se fait Pénélope, occupée à détricoter la nuit ce qui a été tissé par d’autres le jour. Peut-être, dit Annick le Bourlot, « par manque de guides spirituels comme Césaire ou Senghor, qui savaient que les discours de la haine ne servent pas l’humanité ».

11 novembre 2008

Cerisiers japonais

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(Edouard Boubat)

10 novembre 2008

La vie mode fenêtres

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(Paul Himmel)

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(Marc Riboud)
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La polygraphie du cavalier : ordre dans lequel on peut se déplacer dans les pièces de l''immeuble (c'est-à-dire dans les chapitres) de La vie mode d'emploi, de Pérec.

On est libre de lire sa vie exactement comme cela.

08 novembre 2008

Aimer

Elle poursuit ses réflexions : aimer, verbe transitif.
Etre amoureuse, verbe d'état.
Certes, on dit : être amoureuse de Complément d'Objet Indirect.
Aimer Complément d'Objet Direct.
Objet, donc.

Aimer indique une action, un mouvement, une dynamique, un élan vers.
Etre amoureuse semble pouvoir rester inscrit en soi-même.
Etre amoureuse implique toujours un sujet, puisqu'il désigne un état.
Etre amoureuse serait un sentiment individuel qui tourne autour de quelqu'un.
Un chérissement de l'autre en soi-même. Ou de soi-même en l'autre ?
Aimer semble davantage dégagé du sujet.
Aimer serait un sentiment universel.
Moins tourné sur soi.

Qu'en est-il de l'objet ? Pardon, l'être aimé ?
On peut dire : être amoureuse, point.
Ou aimer, point.
A la ligne.
L'être aimé existe-t-il vraiment ? Est-on bien sûr d'aimer ce qu'il est vraiment ? Comment être sûr de savoir de quelqu'un ce qu'il est vraiment ?
C'est impossible.
Comment peut-on alors l'aimer ? On ne peut aimer de lui qu'une image. Au mieux, le paysage qu'il ouvre devant nous.
Il est merveilleux ce paysage lorsque l'autre nous laisse nous y promener.

Amour.

Elle comprend soudain : aimer ne peut avoir ni sujet ni objet.
Seul le sentiment existe.

aime
aimes
aime
aimons
aimez
aiment

Et. C'est. Tout.
Au départ, c'est une déception.
Défilent devant ses yeux des couples mythiques d'amoureux : RoméoJuliette, TristanYseult, PabloDora, CamilleAuguste... Ils se sont aimés. On les reconnaît comme amoureux parce que c'était lui, parce que c'était elle. Des personnes bien définies. On les imagine enlacés, embrassés. Ils s'aiment. Chacun de nous ne rêve que de cela, de ce semblable-là. Inconsciemment, nous rêvons de mandolines et de balcons, d'amour à mort, de serments et de promesses, d'yeux dans les yeux et de coeurs pleins.
Coeurs pleins.
D'amour.
Id est : être aimé.
Ah ah.
Dans ces amours-là, il faut être aimé en retour.
Et hop là en une seconde les choses se sont retournées, déformées : d'aimer on est passé à être aimé.
Sans être aimé, il semble que cela ne vaille pas la peine d'être vécu.
Voilà d'où vient la déception.
On sent bien que si l'on néglige sujet et objet, on néglige du même coup le fait d'être aimé.
Une vie élevée aux contes de fées s'écroule soudain.

Il faut s'en relever.
Aimer.
Apprendre à remplir son coeur de ce sentiment.
Point.
Mais surtout :
à la ligne.

Soir d'élection...

... Soir d'émotions.

L'agence Magnum a saisi heureux et affligés :

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(Peter Van Agtmael, en Virginie)
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(Christopher Anderson, en Arizona)

07 novembre 2008

Les Ménines que l'on ne nomme pas

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"Or, exactement en face des spectateurs - de nous-mêmes-, sur le mur qui constitue le fond de la pièce, l'auteur a représenté une série de tableaux ; et voilà que parmi toutes ces toiles suspendues, l'une d'entre elles brille d'un éclat singulier. Son cadre est plus large, plus sombre que celui des autres ; cependant une fine ligne blanche le double vers l'intérieur, diffusant sur toute sa surface un jour malaisé à assigner ; car il ne vient de nulle part, sinon d'un espace qui lui serait intérieur. Dans ce jour étrange apparaissent deux silhouettes et au-dessus d'elles, un peu vers l'arrière, un lourd rideau de pourpre. Les autres tableaux ne donnent guère à voir que quelques taches plus pâles à la limite d'une nuit sans profondeur. Celui-ci au contraire s'ouvre sur un espace en recul où des formes reconnaissables s'étagent dans une clarté qui n'appartient qu'à lui. Parmi tous ces éléments qui sont destinés à offrir des représentations, mais les contestent, les dérobent, les esquivent par leur position ou leur distance, celui-ci est le seul qui fonctionne en toute honnêteté et qui donne à voir ce qu'il doit montrer En dépit de son éloignement, en dépit de l'ombre qui l'entoure. Mais ce n'est pas un tableau : c'est un miroir. Il offre enfin cet enchantement du double que refusaient aussi bien les peintures éloignées que la lumière du premier plan avec la toile ironique..."

"...le miroir, lui, par un mouvement violent, instantané, et de pure surprise, va chercher en avant du tableau ce qui est regardé, mais non visible, pour le rendre, au bout de la profondeur fictive, visible mais indifférent à tous les regards."

Des pages superbes sur le tableau de Velasquez : Michel Foucault dans Les mots et les choses.

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(Picasso)