19 décembre 2008
Darwin perdu à Tendre

Et l'amour ?
Quoi l'amour ?
Comme-un aussi l'amour ?
Un modèle, l'amour ?
L'amour est aussi de mémoire humaine. Il est nécessaire depuis toujours pour notre survie. Il s'agit de darwinisme social. Et dans le domaine social, c'est grâce aux plus faibles que l'on survit (lu dans le Libé d'hier).
D'accord pour le comme-un. L'amour éprouvé par tous. Par nécessité si tu veux.
Mais aime-t-on toujours suivant un modèle ?
Le nourrisson qui aime ses parents, à quel modèle se conforme-t-il ?
Aime-t-il vraiment ? N'est-ce pas plutôt l'amour des parents qu'on projette sur lui ?
Comment aimaient les hommes de Néanderthal ? Se faisaient-ils des déclarations enflammées ? Comment aiment les tribus reculées du monde ?
Méfiance ! Dérive ! Comment aiment les pauvres, pourrais-tu finir par demander.
Il y a un gars, Maslow, qui a inventé une pyramide de besoins. Il dit qu'avant de pouvoir se concentrer sur l'amour, il faut que les besoins physiologiques et de sécurité soient assouvis.
Mais tout ça c'est des conneries.
Tu t'énerves !
Oui. Maslow veut nous normer, et il n'est pas le seul. D'ailleurs sa pyramide est utilisée dans le domaine de la psychologie du travail, afin que les bons petits soldats des entreprises soient plus motivés donc productifs. Ne tombons pas dans le piège. Maslow parle d'un amour normé. Il dit : si on a froid ou faim, par exemple, on ne peut pas se concentrer sur la carte du tendre.
Il fait un raccourci : on ne peut pas aimer.
1. Qui a inventé la carte de Tendre ? (La Carte de Tendre est la carte d’un pays imaginaire appelé « Tendre » imaginé au XVIIe siècle et inspiré par Clélie, Histoire romaine de Madeleine de Scudéry, par différentes personnalités dont Catherine de Rambouillet.) Là, on a une norme.
2. Comment mesure-t-il l'amour, Maslow ? Il ne le dit pas.
Les sentiments ne sont pas mesurables, et c'est bien parce que ça embête plein de gens qu'ils cherchent des étalons, selon des normes qui sont forcément subjectives. Un étalon ne peut pas être subjectif. Quelque chose cloche.
Moi j'avance que le sentiment d'amour existe partout, quelles que soient les conditions de vie, depuis que l'homme existe, sinon il n'aurait pas survécu.
C'est cela. Il ne faut surtout pas se tromper de discours : ce n'est pas l'amour qui est un modèle, mais le plus souvent la façon dont on le vit.
Le sentiment d'amour est aussi authentique que darwiniquement possible.
Ah, dès qu'on parle de sentiment...
Eh bien quoi ? Qu'est-ce qui te fait peur ? Survivre te fait peur ? Vivre ?
Ce n'est pas cela. Mais si je dis que j'aime, l'être aimé va chercher à rapprocher ce sentiment d'une norme, et sans doute de la sienne propre. Il va m'enfermer dans une case.
Ce serait le prendre vraiment pour un idiot. Si tu l'aimes, c'est qu'il est sans doute un être intelligent. Si tu l'aimes, tu dois avoir confiance dans sa capacité à reconnaître l'amour comme création personnelle de chacun. Ne crois pas que tu es la seule à être si peu normée, ce serait très présomptueux.
Et si la façon dont je l'aime ne peut se dire ? Cette façon-là ne correspond à aucun mot que je connais. Dans ce cas, je ne peux que me taire.
Je ne suis pas d'accord. La langue française est riche. Tu peux aussi parler dans une langue étrangère. L'être aimé comprendra toujours. L'amour a besoin de mots pour s'expliquer, et de gestes, et d'attentions, justement pour ne pas tomber dans la norme.
Je ne peux pas. Il va croire trop ou pas assez. Il sera déçu ou exalté. Il cherchera toujours à mesurer, à l'aune de ce qu'il ressent. Rien ne sera jamais authentique.
N'est authentique que ce que tu ressens. Et cela, même l'être aimé ne peut pas le deviner, si tu ne le lui dis pas, si tu ne le lui montres pas.
Ah, si nous pouvions aimer comme aiment les enfants...
Qu'est-ce qui nous en empêche ?
18 décembre 2008
Manuels scolaires : "une autorité qui s'apparente à la vérité"
Dans la revue des parents (FCPE) du mois de décembre 2008, un très bon dossier, avec de très bons exemples en illustration ;-).
Extrait : Il y a des stéréotypes qui ont la vie dure. C'est en clair ce que traduit l'étude initiée par la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité) sur les stéréotypes dans les manuels scolaires, publiée le 6 novembre dernier.

Hendiadyn
Ex : Elle et ses lèvres racontaient. (Paul Eluard)
L'autobus et la fin de mon attente approchaient.
Comment Michel Deguy perçoit l'hendiadyn ? Comme une marelle musicale.
Démonstration :
GISANTS
Affrontés. Palingenèse qui relie les os d'en bas et ceux d'en haut. Le haut s'alite, devient l'avant. La liaison reforme ce faisceau ; ce mobile arc-boutant. Comment franchir la deuxième enceinte, passée l'ivresse du premier ciel et de la description du réel où les seins glabres se mirent ? Tu sais que j'ai de plus en plus de mal à parler... Comment parler autrement, si l'unité innommable est ce qui tient, en s'en retirant, la demeure où nous met la répulsion universelle, l'hendiadyn divin du pluriel ?
CARACTERE COMME-UN
OU DE L'HENDIADYN
Pour qu'il y ait deux - l'un et l'autre, de part et d'autre, d'un côté comme de l'autre - il doit y avoir un ni l'un-ni-l'autre, pas pour autant l'Un, ni l'Autre, mais comme-un, grâce au jeu duquel, feuillure, se figure le partage des côtés qui peuvent s'échanger.
Apparent est dit le neutre sujet à être - comme ça : les figurants, on dit "réels", de l'autre côté du comme lui donnent lieu d'être.
LE PRINCIPE DE LA MARELLE
....
Etre libre est possible sur le mode de l'être-comme-libre ; être libre s'avère dans une expérience pareille à celle de qui s'est trouvé dans le cas spécial de cette métamorphose qu'est une sortie de prison, pour entrer dans une nouvelle vie (même fugitive) qui se détermine essentiellement grâce à ce comparant : la libération. Celle-ci consiste à se savoir comme en prison, c'est-à-dire en quête d'une libération comparable rigoureusement à la liberté.
"Promesse de bonheur ?" Chercher l'issue en montant "par le "sommet", qui est sans issue. Faire comme si la direction du sommet montrait une issue. Le point élevé est celui d'où j'aperçois la terre (comme terre) promise en connaissance de comme. Il aperçoit la terre promise comme celle où l'on n'entre pas : révélation "en mourant", d'une liberté qui n'aura pas lieu comme possession, mais qui consiste en la "libération" de se rapporter à ce qu'il y a comme à la terre-promise. A leur tour ils ne comprendront qu'en mourant, et léguant à leur tour cette musique. La musique donne en mouvement le schème d'un mouvement de révélation, "sublime". La révélation est celle du "comme"; de se rapporter à ce qui est par le moyen du comme. Ce qui est, est le comparant de ce qui est.
...
AN DIE MUSIK
...
Là où nous sommes entrés, musique, ce serait autre que toi ; il semblerait qu'il y ait de la non-semblance, de l'épaisseur et pas seulement de la surface pour réfléchir ton image et te la renvoyer pour te donner la chance de te reconnaître. Il y aurait de l'inconnu et du nouveau au fond ; du non traductible, non interprétable, non réductible - sans reconduction à l'ego, à l'ego retiré au centre de tout, foyer "derrière" ses projections où se (re)constituer. Echapper à son image serait possible ? Au dieu passé et à celle qui est "l'avenir de l'homme"... Pas moi, pas ça, même pas "mon autre" ! La galerie des glaces est cassé, la musique a commencé toute seule. Pourtant il n'y a même plus l'illusion de feindre qu'on puisse sortir de l'illusion en passant "derrière les miroirs".
17 décembre 2008
Travail et littérature jeunesse
À l’occasion de l’exposition temporaire Être ouvrier en Isère, XVIIIe-XXIe siècle présentée au Musée dauphinois d'octobre 2008 à janvier 2010 et qui annonce la création d’un Musée de la Mémoire ouvrière, au Musée de la Viscose à Échirolles, le Pôle de ressources sur la littérature jeunesse du CRDP de l’académie de Grenoble a réalisé une bibliographie des meilleurs titres parus pour le jeune public autour de la thématique du travail. Albums, contes, romans, témoignages ou documentaires sont proposés ici au lecteur comme un prolongement de la visite du musée.
On peut trouver cette bibliographie à cette adresse.
Et en page 7... Ma mère est maire !
Moteur d'intérêts
Là, à gauche, oui là, vous avez maintenant un moteur de recherche sur le blog Signes.
Pour voir, un petit test : tapez le nom du président de la République.
Résultat : aucune occurence. Ca marche !
16 décembre 2008
Les poèmes sur la roue d'un feuilleton - ceux de Michel Deguy, cycliste
GISANTS
Je m'accroche à ton double par les phalanges pendant que ton double se désamarre raisonnablement. Nous nous séparons comme dans un drame au ralenti de réunion repassée à l'envers. Tu n'es pas là disais-tu simplement à un toi. Je vois trouble, dépliant tes muqueuses sur des fils entoptiques, tout le corps peu à peu induit de cette humeur qu'il va composer et chercher en toi avec la sienne et la tienne.
DIALOGUES
La jouissance est une des figures de l'acclamation à l'arrivée de quelqu'un. Viens ! Au poème érotique, j'enlacerai les lignes de la pensée. Les coudes encore brûlés au gisement des draps, je commencerais le recueil par "les coudes encore brûlés par les draps". Que vais-je faire avec cette iconostase, ce monceau de toi sur le torse, sur l'aine, sur le dos.
- D'où venons-nous où allons-nous que faisons-nous ?
- Mais il n'y a pas de nous !
- D'où venons-nous ? Où allons-nous ?
Tu tapais de tes poings cette dose, cette consécution d'irréel du passé (j'aurais aimé) et de futur antérieur (être celui qui aura été) qui fait un irréel du présent (celui qui t'aimerait).
CATACHRESES
Cette pièce ressemble à un départ de 100 mètres avant le starter ; tout l'air est tendu ; les tendons des chaises, les avant-bras des fauteuils, les talons de table, les rideaux d'air, tout est tendu, dans l'attente que la sonnerie se fasse entendre, ta vibration, je bondirais si je t'entends ; je t'attends.
Retournant l'endroit et l'envers, tournant à l'endroit l'envers : ce qu'il attend n'est pas là - visiblement : ce qui n'est pas, ni l'endroit ni l'envers.
GISANTS
Je ne cesse de te perdre depuis cette chambre d'hôtel
où nue et détournée tu m'as crié va-t-en
Je ne me rappelle plus notre querelle, ma faute
Mais le papier, ton dos courbe,
La nature morte du jour et de l'armoire,
Et ma croyance indolore debout que j'allais te revoir
AIDE MEMOIRE
Ce qui a lieu d'être
Na va pas sans dire
Ce qu'on ne peut pas dire...
Il faut l'écrire.
La partie donne sur le tout
Qui donne la partie
Savoir à quoi ça ressemble
C'est notre savoir - non absolu
Il faut de la semblance
Pour faire de la contiguïté
Le poème est des choses prochaines
Qu'il faut aller chercher
*
Nous ne nous en sortirons jamais
C'est ce que je nous souhaite mais
Pratiquer une issue de secours
Pour s'en tirer sans s'en sortir
Si tout a toujours échoué
"Ne pas croire à la prison comme destin scellé
Croire à une possibilité de libération
Qui n'aurait pas de sens
Si nous n'étions pas (comme) des prisonniers"
Cultur'Ado
Miss est en troisième, et elle tient un blog qu'elle a appelé Cultur'Ado. Elle y parle très peu d'elle mais beaucoup de tout : santé, beauté, bricolage, cuisine, jeux, etc... Et de livres, aussi. C'est comme cela que j'ai découvert ce blog, parce qu'elle a aimé La fille qui dort.
Elle en fait le résumé que l'on peut lire sur sa note, puis ajoute : Ce livre m’a fait découvrir une maladie orpheline. Il m’a aussi montré comment vit une personne atteinte de cette maladie et combien la vie compte pour elle. Le fait que le livre touche une jeune d’un peu près mon âge, je me suis mis à sa place. Le livre, n’est pas très compliqué mais touchant.
Ce qui me touche, moi, c'est ce genre de critique non officielle, de réaction purement gratuite faite au sein de blogs de lecteurs et lectrices qui n'ont rien à voir avec les médias.
La fille qui dort a déjà bénéficié de quelques critiques de ce genre sur des blogs de lectrices adultes. C'est la première fois (à ma connaissance) qu'une lectrice plus jeune en parle sur son blog.
Je vous ai dit que j'aimais les blogs ?
Mais j'aime aussi les rencontres en vrai, et je repense à ce mercredi matin du 10 décembre, où d'autres lecteurs et lectrices, adultes, dans le cadre d'une formation pour enseignants, m'ont fait sentir miroir devant d'autres miroirs. Infinité de réflexions...


15 décembre 2008
Quartet de la fin des temps
Bien sûr, son centenaire fait qu'on parle beaucoup de lui. Olivier Messiaen nous raconte, vous savez, pour les oiseaux, et c'est fantastique de l'entendre, ses gestes, son humilité face aux premiers musiciens de la création :
Puis un morceau magnifique :
Elle s'appelait Clara


(Pankiewicz en haut et James Whistler, Nocturne in Black and Gold: The Falling Rocket
1875
Oil on wood
Detroit Institute of Arts, en bas)
Dévotion

"Il faut que tu sois double pour être toi-même"
a frappé juste
l'ab-homination femme
l'accrue, et l'embellie
qui m'affame et diffame
Rapport inverse parfois je me dis
entre elle et moi où je nous vois
elle en jeune homme ardent déclaratif
et lui en femme moins disert attendant
Je suis un prostitué de la lecture
Il n'y a pas d'Ithaque
ni là ni au-delà de là
Le trait décidé ment
mais la relâche aussi qu'ils nous vantèrent
Tu aimes la phrase de René Char
car il s'agit de la phrase qui tire
des bords à coups d'oxymores pour
remonter au plus près sous amures strictes
Voeux changés en testaments à l'étoile
à tes yeux filants à la lune
qu'au moins s'accomplisse posthume
l'être en souffrance le pauvre dieu
Je te supplie par les lisières par
la langue de l'amour heureux faussant
par l'origine des conjurations
par tout ce qu'attend le défilé de la dévotion
Je te supplie Je n'inscris pas les compléments
Le qui sera toujours le visage du quoi
Michel Deguy, Gisants
14 décembre 2008
Découvertes
Découvert beaucoup de choses ce week-end.
Découvert, alors qu'il est de plus en plus difficile de dire je, qu'un ami était un immense fan de Sophie Calle. Lors de notre conversation, il a disparu un moment, et est revenu les bras remplis de très beaux livres édités chez Actes Sud.

12 décembre 2008
Sur les ondes
Message ce matin des dynamiques éditrices des éditions Talents Hauts :
Clémentine Autain a consacré sa chronique du 11 décembre dans Les matins de France Culture à 7 h 25 à "Noël antisexiste".
Je cite :
"Pour éviter de passer tous vos samedis à dénicher la perle rare dans les librairies, je vous recommande une maison d'édition 100% antisexiste, Talents Hauts... Avec un petit effort, Noël pourrait devenir subversif."
On peut écouter l'émission en allant sur cette page.

08 décembre 2008
Ce que vous nous montrez, voyages
Je comprends alors la passion, la folie, la duperie des récits de voyage. Ils apportent l'illusion de ce qui n'existe plus et qui devrait l'être encore, pour que nous échappions à l'accablante évidence que 20 000 ans d'histoire sont joués. Il n'y a plus rien à faire : la civilisation n'est plus cette fleur fragile qu'on préservait, qu'on développait à grand-peine dans quelques coins abrités d'un terroir riche en espèces rustiques, menaçantes sans doute par leur vivacité, mais qui permettaient aussi de varier et de revigorer les semis. L'humanité s'installe dans la monoculture ; elle s'apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comportera plus que ce plat.
...
Un autre parallèle me semble plus significatif. Car ces modernes assaisonnements sont, qu'on le veuille ou non, falsifiés. Non certes parce que leur nature est purement psychologique ; mais parce que, si honnête que soit le narrateur, il ne peut pas, il ne peut plus, nous les apporter sous une forme authentique. Pour que nous consentions à les recevoir, il faut, par une manipulation qui chez les plus sincères est seulement inconsciente, trier et tamiser les souvenirs et substituer le poncif au vécu.
...
La vanité de ces prétentions, la crédulité naïve qui les accueille et même les suscite, le mérite enfin qui sanctionne tant d'efforts inutiles (sinon qu'ils contribuent à étendre la détériotation qu'ils s'appliquent par ailleurs à dissimuler) tout cela implique des ressorts psychologiques puissants, tant chez les acteurs que dans leur public, et que l'étude de certaines institutions indigènes peut contribuer à mettre à jour. Car l'ethnographie doit aider à comprendre la mode qui attire vers elle tous ces concours qui la desservent.
Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques, 1955

C'est de la provocation de ma part, car j'ai fait coup sur coup deux très agréables voyages, d'abord sous le tropique du capricorne puis celui du cancer (impossible de ne pas penser dans ces conditions aussi à Henri Miller, mais là on s'égare vers un autre sujet, proche j'y pense et je voulais en parler, du thème de l'excellent magazine de novembre de l'association Autour des Auteurs dont je ne donne pas l'adresse car des enfants passent parfois par ici - vous pouvez me la demander par mail-, mais revenons à nos moutons).
Ce qu'écrivait Lévi-Strauss est cependant mille fois vrai, bien entendu. Et je pense que plus on voyage, moins on est dupe.
C'est pourquoi j'ai encore envie de parcourir le monde, afin d'aiguiser ce regard, et pour d'autres raisons que j'ai expliquées dans mon texte Etre une zoreille, que l'on peut trouver sur le blog de Citrouille, la revue des librairies sorcières, ici (merci Thierry).
On peut lire mon album Amoïlena, aux éditions du Griffon Bleu sous cet angle de vue : il relate la complexité de la situation des indiens de Guyane.
07 décembre 2008
Ce qui se passe de temps à autres dans les tréfonds


28 novembre 2008
Qu'est-ce qu'on attend ?

On se heurte encore à la transitivité.
Qu'est-ce que j'attends ?
Ou qu'est-ce que j'attends de toi ?
J'attends que tu m'aimes. Ah mais pas n'importe comment non plus. Comme ci comme ça.
Tu m'aimes comment ?
Non ce n'est pas ce que j'attends. Alors va-t-en.
Ah, tu m'aimes comme ça, ouf...
Mais alors pourquoi n'as-tu pas l'air plus enthousiaste ? Qu'est-ce qui ne va pas ? Quelle est l'attente de toi que je ne satisfais pas ?
C'est que tu ne m'aimes pas.
Moi je t'aime mais tu ne m'aimes pas.
Je le sais.
Je le sens.
Inutile de discuter.
Dans ce cas laisse-moi.
Mais non c'est juste que je ne sais pas.
J'attends de voir.
J'attends de te voir.
J'attends.
Une épiphanie peut-être ?
Ca ne marche pas. Si tu ne m'aimes pas maintenant, c'est que tu ne m'aimes pas. Les choses sont simples en amour.
Binaires ?
Je n'irai pas jusque-là.
Alors quoi ?
Alors je ne sais pas.
Ne peut-on pas simplement être doux ?
En attendant ?
Non, en n'attendant rien.
Et je ne sais pas ce qui nous attend.
Ce que tu attends ?
Non, ce qui nous attend.
Ce qu'on va devenir.
Mais maintenant ?
Maintenant n'est déjà plus maintenant.
Il n'empêche, maintenant, j'aime qu'il soit intense, le maintenant.
C'est ce que tu désires des maintenants futurs ?
Ah, un autre mot qu'attente ! Désir...
Et si on ne parlait qu'avec ces mots en -ir ? Désir, devenir, plaisir...
C'est un leurre (bonheur, beurre, c'est doux ça aussi). C'est bien beau, ces ir, mais quand est-ce qu'on vit ?
On vit dans le devenir.
J'en ai marre d'attendre.
Non n'attends pas. Deviens.
Aurais-tu dit viens ?
Viens de là où tu es.
Vers qui ?
Décidément, tu aimes la transitivité.
Ma foi je suis un être humain, qui vis entourée d'autres êtres humains. Quel être humain es-tu ?
Je ne sais pas qui je suis.
Je vois. Tu es dans une salle d'attente de toi.
Non, une salle de devenir.
Une malle de désirs...
Beurre ??

