09 janvier 2009
La couleur du jour
Ca commence par un éclat de rire, puis c'est juste beau.
(J'écris avec cette couleur dans l'oreille aujourd'hui).
(Joe Hisaishi : Mon voisin Totoro)

08 janvier 2009
Pour que la neige continue de faire danser nos coeurs...
... La troisième révolution. Voeux et constats de Fred Vargas :
" Nous y sommes "
par Fred Vargas
Nous y voilà, nous y sommes. Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l'incurie de l'humanité, nous y sommes.
Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l'homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu'elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d'insouciance.
Nous avons chanté, dansé.
Quand je dis « nous », entendons un quart de l'humanité tandis que le reste était à la peine.
Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l'eau, nos fumées dans l'air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu'on s'est bien amusés.
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.
Franchement on s'est marrés.
Franchement on a bien profité.
Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.
Certes.
Mais nous y sommes.
A la Troisième Révolution.
Qui a ceci de très différent des deux premières ( la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie.
« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.
Oui.
On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.
C'est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.
La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets.
De pétrole, de gaz, d'uranium, d'air, d'eau.
Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l'exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d'ailleurs peu portées sur la danse).
Sauvez-moi, ou crevez avec moi.
Evidemment, dit comme ça, on comprend qu'on n'a pas le choix, on s'exécute illico et, même, si on a le temps, on s'excuse, affolés et honteux.
D'aucuns, un brin rêveurs, tentent d'obtenir un délai, de s'amuser encore avec la croissance.
Peine perdue.
Il y a du boulot, plus que l'humanité n'en eut jamais.
Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, – attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille – récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris dans les mines, on s'est quand même bien marrés).
S'efforcer. Réfléchir, même.
Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.
Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.
Pas d'échappatoire, allons-y.
Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.
Qui n'empêche en rien de danser le soir venu, ce n'est pas incompatible.
A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut être.
A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.
A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.
Fred Vargas
Archéologue et écrivain
Bonne année à tous : dans le respect, la simplicité ,l'amitié,la sincérité et la solidarité.....Et sans fraises du bout du monde en Février!!!!
07 janvier 2009
Boucle d'Or
Boucle d'or est pourvue d'une empathie étonnante, que ce soit envers enfants ou adultes, et d'un profond sens de la justice.
Quoique.
En fin de CP, un petit garçon un peu agité lui a administré un coup qui lui a laissé un oeil au beurre noir et le front enflé durant presque un mois. Aujourd'hui, ils s'envoient des mots doux remplis de coeurs roses. En classe, c'est elle qui a eu la fève. Elle l'a choisi comme roi.
Aucune inquiétude : Boucle d'or, comme dans les contes sans princesse, est déjà reine de sa vie.
Ange
Un ange est amoureux de moi.
Il me répète plusieurs fois par jour qu'il m'aime, et que je suis la plus belle.
Il me couvre de baisers. Parfois il est pris d'une frénésie telle qu'il m'embrasse du haut du front jusqu'au bout des ongles.
Il tente toujours : "je peux t'embrasser sur la bouche ?" Mais toujours, courageuse, je réponds : "non, non, pas sur les lèvres".
Il arrive souvent que nos regards s'accrochent, cela dure plusieurs secondes, puis un élan le fait courir vers moi et m'enlacer un en câlin féroce.
Il se rassure en collant sa joue contre la mienne. Nos deux fraîcheurs se fondent en douceur. Il ignore pourquoi il a toujours, alors, une subite envie de boire du lait chaud.
Souvent il lisse mes cheveux entre ses doigts délicats, puis examine longuement l'une des mèches : couleur texture odeur, tout le passionne.
J'aime par-dessus tout caresser sa nuque, à la naissance de ses cheveux courts, une courbe émouvante et vivace, fragile et puissante. Son ventre rond et chaud me fait l'effet d'une brioche sortie du four. Je réfrène des désirs de cannibale.
Ange, 4 ans, ne craint pas d'annoncer d'un air candide : "j'aime que toi, maman, j'aime pas papa". Ou bien ces derniers temps, en me regardant dans les yeux : "nous deux on s'aime, pas vrai ?"
Et sans cesse, avec une régularité calme et obstinée, on le recadre, on lui explique, et il finit par reconnaître d'abord l'existence de son papa, puis qu'il l'aime aussi.
On appelle ça un Oedipe monstrueux. Quelle notion compliquée pour parler simplement de la toute première expérience amoureuse d'un être humain !
(tableau de Emil Nolde)
06 janvier 2009
Va-t-il neiger demain ?
Oh oui oh oui !
En corps de la musique
05 janvier 2009
Lirécouter
Le prix Ados de Rennes est un événement annuel qui permet aux jeunes voyants et non-voyants de voter pour le livre qu’ils ont préféré parmi une liste de 10 titres.
Pour que cela soit possible, le GIAA, Groupement des Intellectuels Aveugles ou Amblyopes, a enregistré chacun de ces dix titres sous le format Daisy (Digital Accessible Information System). Importé du Canada en France pour la 1re fois en 2004, il constitue un nouveau format d’enregistrement élaboré à partir du format MP3.
Ainsi se retrouve La fille qui dort parmi cette bibliothèque d'ouvrages : ici.
Cet enregistrement dure 3 heures et 18 minutes. J'ai hâte de pouvoir l'écouter.
Cela me fera-t-il le même effet que lorsque mon texte Petite avait été lu par une comédienne (Nat Yot) ? Comme si cela avait été écrit par une autre. A proprement parler : mes mots interprétés. Sentiment d'étrangeté.
Quoi qu'il en soit, c'est un grand bonheur que La fille qui dort puisse être accessible à tous.
01 janvier 2009
Ecoute
30 décembre 2008
Un nuage capture-mots de bout d'an
Voici un nuage de mots choisis aléatoirement parmi ceux utilisés récemment sur le blog Signes (je crois que si on le clique le nuage peut se gonfler d'eau).
Autant dire que c'est un nuage très personnel.
C'est une nuée issue de l'année presque moribonde, dont on ne gardera que ce que l'on veut, voeux : que la nouvelle année coule vers vos désirs.
Capturer les nuages
Récupérateurs ou transformateurs de ressource naturelle... On peut imaginer un personnage happé par les bras blancs des éoliennes, au coeur de galet qui retentirait d'eau ruisselante, sauvé par la ligne infinie de l'horizon.
Pourquoi pas une trilogie de heroic fantasy qui ferait la part belle aux tours solaires ? On peut rêver...
Certains écrivains (ou artistes) sont eux-mêmes des capteurs d'énergie naturelle. Ils la transforment en énergie créatrice.
Il reste beaucoup d'éléments à capter (à explorer). Pourquoi l'héroïne de cette histoire de heroïc fantasy ne capterait-elle pas par exemple une énergie émotive, qui lui donnerait de grands pouvoirs ? Oui, pourquoi pas ?
Les capteurs de brouillard, rien de plus fascinant. ni plus ni moins capturer les nuages... Peut-être que dans le dernier tome de cette histoire, il en serait question. L'eau serait récoltée par une fourmi de dix-huit mètres : mais pourquoi pas ?
Cela a débuté à Chungungo, petit village isolé. Grâce à cette technique, les réserves d'eau potable ont doublé. Le site idéal pour capturer les nuages : un versant à la pente douce, face au vent. Par exemple, le flanc d'une géante ligotée à terre, comme Gulliver. Ca n'existe pas ! Il faudrait qu'elle soit retenue non loin d'une grande étendue d'eau, comme la mer blanche des pleurs d'Eole.
Il s'agit d'un filet en polypropylène tendu entre deux poteaux. Les habitants étaient de grands professionnels du volley-ball éliminés au dernier tournoi inter-îles pour cause de réveil trafiqué par l'équipe des blattes terroristes.
Les gouttelettes d'eau se forment sur les mailles du filet puis tombent dans des gouttières qui alimentent un réservoir et un réseau de canalisations. Je vous laisse deviner quelles parties du corps de la géante ont été utilisées pour ce faire.
Ce système se poursuit avec succès dans d'autres contrées du monde, mais est laissé à l'abandon par la population de Chungungo, qui a préféré se reconvertir dans le surf des neiges.
29 décembre 2008
La seule chanson du monde qui ne finila jamais lalala lalala
Et je trouve que ça complète bien :
27 décembre 2008
Ame vidéo
Au musée Fabre de Montpellier, nous sommes allés voir l'exposition temporaire sur l'art vidéo.
Avec les enfants, c'était un peu difficile de se concentrer et prendre le temps de comprendre, mais ça leur a beaucoup plu, et nous avons quand même profité des explications de la guide.
J'y ai retrouvé Chris Marker, que j'ai découvert il y a quelques temps grâce à son fabuleux court-métrage, La jetée.
Et Samuel Beckett : j'ignorais qu'il avait aussi écrit pour le cinéma et la télévision, mais c'est logique : quelle meilleure façon d'épuiser le langage après le théâtre ?
Et beaucoup d'autres artistes.
Beaucoup apprécié, entre autres, le loving man de Jananne al-ani: c'est la mère de l'artiste qui commence le récit avec cette phrase: "A loving man, who broke my heart", puis la première de ses filles reprend et complète: "A loving man, who broke my heart, he looked so young and optimistic once" et la deuxième: "A loving man, who broke my heart, he looked so young and optimistic once, he was my heroe, he was loving and he made me laugh", etc...

Aimé aussi les poupées parlantes de Tony Oursler.

25 décembre 2008
Une nuit de croyance

Les souvenirs qui réémergent, ou bien qui s'ensevelissent, pour un temps ou pour toujours, tout cela sans qu'on sache vraiment pourquoi... Ou ceux que l'on transforme... Transforme-t-on toujours ses souvenirs ?
Cette nuit c'était un rêve éveillé. On se réveille parfois, frais et dispos comme au matin, mais c'est la nuit noire. On attend juste, alors, de se rendormir. Mais l'esprit, pendant ce temps, choisit de vagabonder à son gré.
Sans raison particulière, je me suis retrouvée au mémorial de Caen.
Exactement comme il y a un peu moins de deux ans. Je me souviens. Il faisait froid au dehors, et j'étais, seule, dans ce musée souterrain.
J'y cherchais des traces d'AF, mais c'était l'année d'avant, l'exposition à son sujet.
Chère A., comme je t'ai écrit longtemps. Tu m'as longtemps tenue compagnie. Même après, lorsque je ne t'ai plus écrit. Et c'est encore un mystère, pourquoi je ne t'ai plus écrit. Durant de longues années, ni à toi ni à personne ni pour personne, je n'ai plus écrit. Je ne me souviens plus pourquoi. Je ne me souviens plus si tu m'as manquée. Si j'ai souffert de ne plus t'écrire. Si c'était une résolution difficile, ou inéluctable. J'avais quinze ans.
Il y a trois mois, j'ai écrit un roman pour ados, où j'ai inventé une raison. Peut-être était-ce celle-là. J'ai mis beaucoup, beaucoup de choses dans ce roman. J'y ai compris énormément de choses. Une fois terminé, il m'a semblé rond comme un galet, lié, lumineux de sens. Quelle surprise lors des premières lettres de refus des éditeurs ! Raison invoquée : "votre histoire nous semble trop ouverte et déconcertante..."
A., je me souviens juste que je pensais à toi encore souvent, et spécialement à Noël. Je te parlais encore. Et tu vois, encore aujourd'hui, ça m'arrive.
Au mémorial de Caen, tu n'étais pas, et tu y étais en même temps.
Je me trouvais dans un état particulier. Comme à chaque fois, cette impossibilité à voir les images en face. Mais j'ai écouté. Et au milieu de l'horreur, un message d'une douceur aujourd'hui disparue. "Pensées", des douceurs, bien meilleures que celles de Noël, de ces vraies douceurs qui permettent de, malgré tout, penser à la Shoah comme une plaie dans l'humanité, donc une plaie en moi, je la connais reconnais cette plaie, je suis heureuse de ne pas l'oublier. La même plaie qui saigne à chaque guerre, chaque torture, chaque crime que relaient les informations. Parfois elle se ravive lors des incendies, j'y vois des lance-flammes, et je pense à un film avec Romy Schneider. Le désarroi d'être humaine peut alors être tourbillonnant. Besoin immense de croire alors en l'amour. Comment pouvais-je t'expliquer cela ? A., toi, tu devinais tout.
Dans ce mémorial, il y avait, je me souviens, cette robe de mariée, en toile du parachute d'un anglais. Ce vélo dont le guidon cachait des messages. Ce piano qui avait joué sur la plage du débarquement.
Un piano sur une plage que je vois aujourd'hui déserte.
J'écoutais.
A., tu étais là partout, mon amie d'enfance tuée. Ta douceur sans me parler, sans me connaître, m'a longtemps soutenue. Je me demande comment et où je pouvais trouver ce réconfort, auprès de toi l'enfant absente. L'enfant qui manque. Ton absence ne me pesait pas. Je voyais juste en toi une soeur, à toi je pouvais parler. Tu étais l'humanité en qui je voulais croire.
Aujourd'hui, je ne parviens plus à croire en toi, comme on ne croit plus au Père Noël. Je sais que tu es morte comme on ne veut plus croire en l'existence du Père Noël.
Mais je crois encore à l'amour. Celui-là ne mourra pas. J'ai encore ce désir d'enfant, indestructible. Je veux avoir la force de m'éloigner de tous ceux qui ne veulent pas y croire avec moi, et qui étendent la plaie.
22 décembre 2008
Chanté Nwel
Il y a 15 jours j'étais aux Antilles. Ce que j'aime par-dessus tout, là-bas, ce sont les chansons qui passent à la radio. En période de Noël, elles sont toutes de ce genre-là. Des reprises de Petit papa Noël et de tous les autres chants bien connus, il y en a à foison, façon zouk. Bonne humeur assurée.
J'adore !
20 décembre 2008
Hokusaï le voyant
Reparlons de la vue et des aveugles.
Les mots : ceux qui seuls peuvent être vrais aujourd'hui : ceux qui dansent : ceux qui ne peuvent blesser : ceux qui font entendre leur musique : ceux qui scintillent avec l'événement : oui il ne faut garder pour nous que ces mots-là. Aucun autre pour le moment, aucun tant que la sagesse égale à celle du vieillard fou du dessin ne sera pas acquise.
Hokusaï était bien vieux lorsqu'il réalisa les 100 vues du Mont Fuji. Il y célèbre la beauté et la calme pérennité de cette montagne, qu'il oppose souvent avec ironie aux activités des humains.
Quoi que fassent ou pensent ou ressentent les humains, la montagne est là, qu'ils cherchent à voir ou qu'ils ignorent, qui se donne à chercher ou qui s'impose. Eh bien oui on s'agite, on bricole avec les idées, toutes celles qui fulgurent dans la confusion des ombres du coeur, et c'est pour chercher à discerner le sommet du Mont Fuji. Pour en questionner la blancheur. Pour deviner le monde qui se cache derrière.
Mais à force de chercher on peut arriver à la cécité.
Car quoi qu'il arrive, le Mont Fuji est là. A quoi sert-il de le comprendre ?
Il suffit de le regarder, 100 fois de façon différente, avec 100 points de vue différents, juste sentir sa présence. Et puis vivre. Point (au sommet).






