04 février 2009

Réflexion inutile

Je me sens extrèmement soulagée ce soir de ne pas être la mère des octuplés.

L'étude sociologique

La maîtresse cette année ayant une classe à dominante masculine, elle se propose de débuter une étude sociologique des individus mâles de huit ans.

 

1. Le spécimen mâle de huit ans est très à cheval sur la prononciation des mots importants

La maîtresse, à un enfant plongé constamment dans une anthologie de foot : T, la vie ne se résume pas aux exploits de Ronaldhino...

Eclat de rire général.

T, empli de commisération : Maîtresse, on dit Ronaldigno.

 

2. L'individu mâle de huit ans a un esprit critique très développé

La maîtresse : vous allez maintenant dessiner le portrait d'un camarade, en ne levant à aucun moment le crayon de la feuille. Regardez, comme ça.

La maîtresse tente un exemple au tableau.

- Maîtresse, dès que t'as le dos tourné y'a Truc qui me fait des grimaces.

La maîtresse : Truc, je t'ai à l'oeil, toutes les maîtresses ont des yeux dans le dos.

Truc : Pfff, c'est même pas vrai.

Machin : Han, c'est vrai ?

Machine : Mais taisez-vous !

Truc : Oh toi ta bouche.

Truque : Mais c'est pas moi, j'ai rien dit !

Machine : Mais chuttttteeee !

La maîtresse : Bon maintenant ça suffit !

Un monstre de huit ans : Maîtresse, t'as levé la craie du tableau.

 

(à suivre...)

03 février 2009

Le recul

Des associations appellent à la mobilisation pour le respect des droits de l’enfant en France


Paris, le lundi 2 février 2009 - En ce début 2009, année du 20ème anniversaire de la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant, Défense des Enfants International-France (DEI-France), France terre d’asile et le Conseil français des associations pour les droits de l’enfant (Cofrade) lancent un cri d’alerte quant au respect par la France de ses engagements internationaux.

La Convention relative aux droits de l’enfant, adoptée par l’assemblée générale des Nations unies le 20 novembre 1989, ratifiée par la France le 7 août 1990, est un traité international juridiquement contraignant qui, d’après l’article 55 de la constitution, a valeur supérieure aux lois françaises.

En juin 2009, le gouvernement doit être auditionné, en séance publique, par le Comité des experts constitué spécialement aux Nations unies pour contrôler le respect des engagements de chaque Etat ayant ratifié la Convention. A ce titre, l’Etat français a rendu un rapport officiel en septembre 2007. A-t-il tenu compte des observations que lui avait formulées le Comité en 2004 lors de son dernier examen  ? A-t-il progressé dans la mise en œuvre effective des droits de l’enfant ?

DEI-France, France terre d’asile et le Cofrade n’en sont pas convaincus. Ils ont rendu, en tant qu’ONG, des rapports alternatifs au Comité des droits de l’enfant des Nations unies pour faire part de leurs points de vue et de leurs préoccupations, très vives pour certaines, quant au respect de la Convention par la France[1]. Ils rediront leur inquiétude, le 4 février prochain à Genève, lors d’une audition par le Comité en séance préparatoire.

Si la situation des droits de l’enfant en France est globalement plus favorable que dans la plupart des pays du monde, DEI-France, France terre d’asile, le Cofrade et leurs partenaires[2] sont néanmoins inquiets de son évolution. La France fut un pays précurseur dans bien des domaines des droits de l’enfant : dans sa volonté d’instituer un dispositif national de protection de l’enfance, dans son système public d’éducation, dans sa façon de traiter la délinquance juvénile ou encore dans sa tradition d’offrir l’asile à tous ceux qui sont persécutés dans leur pays. Aujourd’hui, après une phase de progrès durant les années 90, la France marque le pas, et même régresse dans certains domaines, que ce soit par des dispositions législatives récentes ou des  politiques mises en œuvre pour appliquer la loi. La crise économique mondiale laisse présager une aggravation du sort fait aux enfants, alors qu’aujourd’hui, 2 millions d’enfants vivent déjà sous le seuil de pauvreté en France. Quant au droit des enfants à être eux-mêmes acteurs de leur vie et associés aux décisions les concernant, alors même que de nombreuses initiatives, associatives ou locales, existent dans ce sens, les pouvoirs publics n’ont pas encore montré une réelle volonté de le mettre en œuvre, évoquant même la « crise de l’autorité » pour justifier un retour à une éducation autoritaire.


C’est pourquoi DEI-France, France terre d’asile et le Cofrade invitent tous les mouvements, institutions et associations soucieux du bien-être des enfants à les rejoindre pour appeler les pouvoirs publics et les parlementaires à ouvrir en 2009 un débat national sur la situation des enfants en France. Il est grand temps de s’inscrire à nouveau dans une démarche de progrès pour le respect de tous les droits de tous les enfants[3].


[1] Ces rapports ainsi que celui du gouvernement sont disponibles sur

http://www.dei-france.org/rapports/2008/index_rapport2008.html

http://www.france-terre-asile.org/positions/802-rapport-mie-onu

http://www.cofrade.fr/

[2] D’autres associations telles que la FCPE, l’AFMJF, l’ANAFE, l’OCCE, l’ICEM pédagogie Freinet, la FNAREN  ou ATD Quart Monde ont contribué et/ou soutenu le rapport de DEI-France.

[3] Ils peuvent se rapprocher de l’une ou l’autre des 3 organisations pour participer à la rédaction d’un appel commun.

01 février 2009

Le détail

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30 janvier 2009

Cette fois vous êtes arrivé à temps pour les voir...

... Mais vite vite, c'est que ça file les dauphins angolais !

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23 janvier 2009

Pendant ce temps...

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(Non, ce n'est pas une maquette Playmobil)

Pendant ce temps, donc...

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... Certains sauvent des tortues (Angola).

22 janvier 2009

Lignes croquées

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On parle à des lignes

Celles tracées l'aimant

Mais parfois


Filent trop vite
Filent
pull trop grand
Ou trop petit
Ne s'effleurent
Ne se suivent, se superposent
Se coupent et font des noeuds
Se dirigent --> désirs communs
Au sens opposés
<-->
Jusqu'au sens arrêt.

Suivre
Fils des visages
Aveugle
Entendre
Son des voix
Intonation des joies


Raccrochés,
croquis inachevé.
Manque oeil ou nez
Car esquissé en premier
aile de l'âme
sur front

Perte se dessine dans Coeur.
Vagues échouées.

Défaire sel brûlant.
Oeil rond soleil.

Chercher sur île
autres lignes
à croquer.

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20 janvier 2009

Musette de BachHHHHHh

On continue dans l'expérimentation musicale. Cette fois c'est Yo Yo Ma et Bobby Mac Ferrin. Complètement délirant, ça fait un bien fou !

Et puis on continue à se faire plaisir, avec Hush Little Baby :

Et puis Yo Yo Ma tout seul, parce que c'est quand même lui que je préfère des deux, et puis en plus classique mais encore plus beau (on revient à Bach : suite pour violoncelle, et ce morceau-ci, ah là là)...

Troublemakers

Citation dans son contexte : Film "Liberté, la nuit" de Philippe Garrel (Un homme pris dans la tourmente des "événements d'Algérie" connaît un bonheur nouveau mais fugace avec une jeune Algérienne (je l'ai pas vu mais la verve unique de JP Léaud, ah agacement et fascination...)).

Troublemakers est un groupe marseillais. Certains morceaux sonnent vraiment trop "électroniques" à mon goût, mais d'autres sont délicieusement groovy. Et certains autres sont des recherches à partir de morceaux jazzy (comme ici "my man's got a heart like a rock cast in the sea" chanté par Etta James). J'aime leur audace, leurs tâtonnements et leur façon de piocher partout, assaisonner, touiller, (oui oui de la cuisine musicale) sans rien compartimenter. (Marseille !)

19 janvier 2009

Aux aguets



Artnimal aux aguets
Couleurs
Champs ligneux
Postures ligneuses

Comme un artnimal
Aux aguets...
(Pour)
A l'intention de
A la place de


(Et cela, sans réfléchir, instinctivement. C'est en soi. Artnimalement.)

17 janvier 2009

Un groupe de dauphins

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Ah, si vous étiez venus trois secondes avant sur ce blog, vous les auriez vus, accompagnés par un banc de petits thons.
(Au large de l'Angola)

16 janvier 2009

Là-haut où tout est haut


Je pense parfois, lorsqu'il fait très froid, aux forges et hauts-fourneaux de tout là-haut. Le ciel gris foncé, c'est peut-être les nuages, mais c'est peut-être aussi ces fines particules carbonisées qui se déposaient sur cheveux et vêtements lorsqu'on sortait. C'était lorsque ça fonctionnait encore. Depuis, certaines usines ont été transformées en musée-salle-des-fêtes-tout-illuminé-joli-ensouvenirde.

Y'avait des grandes villes à côté, pas pour les ouvriers, mais pour les cathédrales.
Plus immenses qu'ailleurs, les cathédrales, me demandez pas pourquoi, peut-être parce que là où on a froid on a besoin de croire que c'est parce que les plafonds sont hauts. Où ptête que si on se rapproche du ciel ça réchauffe le coeur.
(Souvenir soudain de pieds de 8 ans congelés jusqu'à la douleur dans une église comme ça - un mariage -, même pas eu l'esprit de penser au coeur, du coup, mécréante que je suis).


Pourtant les maisons sont petites, plafond-bas, sombres-tapisseries-à-grosses-fleurs-beiges, toits pentus pour ouste-la-neige. On n'y avait pas chaud non plus (histoire d'économies : la preuve que c'est pas nous qu'avons bousillé la planète, alors arrêtez de nous faire porter le chapeau très haut-de-forme).

13 janvier 2009

Chez Monsieur Srotch


Je te prends en photo, allongé dans un champ. Le lieu me fait irrésistiblement penser à Souitte, de l'île d'Orseland.
Anita...


Ces deux photos d'Anita enfant, je les sors de ma poche et les contemple à nouveau. Elles sont presque semblables. Sur la seconde, cependant, le sourire semble dégringoler. Un éclat dans ses yeux  paraît s'affoler.
Elle m'avait raconté : elles avaient été prises par le libraire, seul détenteur d'un appareil photo à l'époque, dans notre village de Souitte. Monsieur Srotch était un homme maigre et vif, d'une curiosité nerveuse. On reconnaissait à ses impatiences un natif du continent, qui regrettait constamment l'indigence culturelle de notre petite île. Sa librairie se nichait dans l'anfractuosité de l'immense rocher posé sur la falaise de l'Entre-Deux. Nul ne savait comment ce rocher avait pu se retrouver là. Avec le plus grand pragmatisme possible, on pouvait imaginer qu'une armée aux ordres improbables avait hissé ce caillou du bas jusqu'en haut. En effet, si l'on se penchait, les mains posées au bord du gouffre, on pouvait, trente mètres plus bas, contempler de nombreux frères jumeaux du rocher. Anita expliquait en haussant les épaules : c'est simple, il est tombé en haut. Et il n'y avait rien à ajouter.
Anita et moi aimions rendre visite à Monsieur Srotch. C'était le but ou une étape de nos nombreuses promenades. Le rocher était visible lorsque s'éclaircissait la forêt de Belmug, qu'il fallait traverser uniquement en suivant le sentier de Sans-Perte, sous peine de grands dangers. On entendait depuis quelques secondes déjà le bruit de la mer se fracasser contre les rochers. Les arbres, pins, marronniers, cyprès, et autres espèces méconnues s'écartaient pour laisser place à une lande aux hautes herbes vertes et jaunes, balayée par des vents puissants. Devant le ciel changeant, se dressait l'immense roche, qui donnait une impression rassurante : elle était posée là, sûre d'elle-même malgré son incongruité, inamovible bien que lissée par les bourrasques de la saison des vents, et d'un gris bleuté qui ramenait à des souvenirs de douceur maternelle. En effet, les natives d'Orseland avaient toutes cette couleur dans les pupilles plusieurs mois après avoir donné naissance à leurs enfants. Et dans le ventre de la roche, cette cavité à l'éclairage orangé, à l'unique vitrine décorée de lutins en tissu créés par Josh l'artiste, où se tendaient de lourds rideaux d'étoffe rouge : la grotte-librairie était étroite mais chaleureuse. Elle regorgeait de livres de toutes sortes, d'éditions rares et disparues, posées dans un désordre religieux sur des étagères pas toujours horizontales, étant donné la complexité du lieu : tout sauf carré. Mais à six ans, je n'étais pas encore arrivée à Souitte. Anita s'y rendait donc bien avant que j'arrive, je l'appris à l'occasion.
Ce jour-là, Monsieur Srotch était tout heureux d'avoir enfin reçu par le dernier bateau (il n'y en avait qu'un tous les deux mois, à l'époque), son nouveau jouet : le fameux appareil photo. Anita était arrivée à point nommé devant la librairie, au cours de sa promenade : la lumière à ce moment-là était particulière. Les nuages commençaient à s'accumuler et se charger d'un gris électrique. Mais le soleil luttait et les quelques rayons qui perçaient avaient la couleur de la persévérance.
Anita était venue avec son chat noir qu'elle avait nommé Peau. Elle avait pour habitude de le promener en le tenant dans ses bras comme une mère le fait avec son bébé. Peau se laissait faire docilement. Il ronronnait et ses yeux d'agathe brillaient de plaisir. Le libraire aurait aimé saisir la petite fille et le chat, mais Peau prit peur lorsqu'il brandit l'appareil, et se dégagea des bras d'Anita. Tant pis, se dit Monsieur Srotch, et il sortit une chaise qu'il installa sous un marronnier. Les herbes la cachaient presque entièrement et Anita dut tâtonner avant de s'y installer. Une fois assise, elle observait son chat qui bondissait lestement d'une branche à l'autre de l'arbre d'en face. Le libraire s'installa entre les deux marronniers, et fit la mise au point.
Le visage d'Anita Van de Froom se trouva encadré dans la petite fenêtre du tout dernier bijou technologique arrivé à Orseland. Elle portait ce jour-là une robe à col rond, dont les smocks  enserraient son torse d'enfant. Il semblait gonflé de joie et de fierté lors de ce premier cliché.  La photo étant en noir et blanc, je ne m'avancerais pas à donner une couleur à la robe, mais je l'invente bleue. Les cheveux noirs d'Anita, coupés au carré, retenus par une barrette sur le côté, ne parvenaient pas à assagir un visage mutin et déterminé. Clic, fit le premier cliché.
Monsieur Srotch s'apprêtait à prendre la seconde photographie lorsque la luminosité baissa subitement, quelque chose sembla se crever là-haut, puis une lueur forte l'éblouit. Cela le surprit tant qu'il appuya sur le bouton. Le flash s'était-il enclenché bien avant qu'il eut ce geste ? Cela paraissait improbable. Un fracas de fin du monde le fit alors sursauter. Non, ce n'était pas le flash, mais un éclair. Un crépitement : l'arbre derrière lui était en feu. Il craignit soudain pour Anita, assise, insouciante, sous l'autre marronnier. Les gouttes d'eau commençaient à dégringoler, grosses comme des larmes de géant, s'écrasant lourdement sur les joues, accompagnées des hoquets de la peine du monde : les vagues en bas. Monsieur Srotch se précipita vers Anita pour la prendre dans ses bras et l'entraîner à l'abri dans la librairie.
Cela faisait un bon moment qu'elle s'était réchauffée, une serviette sur les épaules, mais elle n'avait toujours pas dit un mot. Son petit nez était collé à la porte-fenêtre, y imprimant une forme ronde auréolée de buée. Elle observait - entre deux affichettes, l'une vantant une exposition sur les rêves épicés, l'autre un spectacle de puces dansantes datant de vingt années plus tôt -  l'arbre se consumer dans des flammes ondoyantes.
– Qu'y a-t-il ? s'enquit le libraire occupé à recopier un livre d'heures en lambeaux.
Anita éclata en sanglots.
Durant la prise de vue, elle avait assisté, à quelques mètres d'elle à peine, au foudroiement de son chat Peau.
Monsieur Srotch retrouva par la suite une sorte de peau noire carbonisée, plate et sèche, mélangée avec les cendres de l'arbre dont il ne restait qu'un moignon noirâtre. Il fut étonné par la forme de la peau charbonneuse : exactement celle d'un chat. Anita était sûre qu'il l'avait gardée quelque part, cachée pour qu'elle n'eut pas de peine.
– Tu vois, m'expliqua gravement Anita après m'avoir offert ces deux clichés. Entre ces deux moments, j'ai vécu le plus grand drame de ma vie.

Puis elle sourit, et me lança un regard bouleversant de confiance amusée.

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Je fouille ma mémoire mais oui, c'était bien le jour de mon arrivée : si j'avais tout de suite repéré  la petite Anita dans la foule qui m'observait avec curiosité, c'était parce qu'elle était la seule à porter un couvre-chef. Un chapeau noir, avec deux agathes brillantes cousues sur le devant, et deux oreilles félines fixées sur le dessus.

12 janvier 2009

Sigrid


La meilleure amie d'Anita Van de Froom se nommait Sigrid. Lorsqu'elles atteignirent quinze ans, personne ne put nier que Sigrid était bien plus jolie qu'Anita. Cela provenait du fait qu'enfin Sigrid osait vous regarder dans les yeux. Anita n'avait jamais craint de le faire. Enfant, on trouvait cela charmant quoique parfois dérangeant. Elle fouillait votre âme sans sourire, avant de s'enfuir tantôt en riant, tantôt en pleurant. Adolescente, elle ne perdit pas cette habitude. Mais on décréta que cela n'avait plus rien de charmant. On la disait insolente. Alors elle apprit à regarder à travers vous. Elle vous voyait sans vous voir. Elle ne voyait que votre essence. On la qualifia de fuyante, de petit monstre, d'âme damnée qui ne méritait que les feux de l'enfer.

Sigrid, elle, n'ouvrit les yeux que vers quatorze ans et trois jours. Son regard flou de nouveauté en troubla plus d'un. Sigrid s'émerveillait de vous voir enfin, mais par manque d'habitude ne vous voyait pas vraiment. Ce qui semblait une infinie compassion n'était en réalité qu'un questionnement : cette personne est-elle digne de moi ? Assez belle pour moi ? Me rendra-t-elle heureuse ? Votre lumière se mariera-t-elle bien avec la mienne ?

Sigrid eut une vie si heureuse qu'elle ne mérite que le mépris de la romancière.

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(Edouard Boubat)

11 janvier 2009

Lectures

Depuis mon émerveillement face à la poésie de Deguy, je me suis plutôt fourvoyée.

Peu de lectures satisfaisantes, donc.

Pour commencer Où on va, papa de Jean-Louis Fournier (merci Ad ! Je te cite parce que t'as pas aimé non plus). Bon, bien sûr, y'a des passages chouettes, émouvants, parce que l'on sait que tout est vrai. Cela dit, j'ai trouvé ça un peu court, je veux dire pour un roman pour adultes. De plus en plus, d'ailleurs, je lis des romans pour adultes qu'on croirait écrits pour des ados. Autant au niveau du sens que du format. Le jeunisme va loin. Donc oui, intéressant, mais on reste sur sa faim. On aurait aimé davantage de densité. De profondeur ?

Même sentiment, en pire, pour Lorsque j'étais une oeuvre d'art. Ah, Eric-Emmanuel Schmitt que j'aime tant lire d'habitude, que vous est-il arrivé ? (La célébrité ?) Alors y'en a qui disent que c'est une fable philosophique, ce qui excuserait toute incrédibilité (j'ose pas dire médiocrité. Et puis si après tout, je travaille pour aucun média). Parce que vraiment, mais alors vraiment, on n'y croit pas. C'est sans parler des poncifs liés à l'art, avec idées plutôt conservatrices (l'art, le vrai, c'est quand on peint sur une vraie plage sur une vraie toile, avec de la vraie peinture, un vrai chevalet, à l'écoute de la vraie nature quoi). Des poncifs liés aux relations sociales et amoureuses (ah la belle et soumise héroïne, dévouée à son père diminué, capable d'aimer au-delà des apparences, ah, et en opposition les belles avides et bêtes qui se font des crasses, ah les femmes quoi). Des rebondissements qui n'en sont pas (attention pseudo-spoiler, ah ah) : quoi non si, oh, il est aveugle !? Oh, non, si ? Mais on l'avait deviné dès les premiers mots qui l'ont mis en scène... L'auteur, maladroitement (mais je crains que ça ne soit adroitement), tombe dans les travers qu'il dénonce : il impose une autre vue. Bref ça dégouline de morale, berk (pourquoi est-ce que les gens ces temps-ci confondent morale et philosophie ? Cultivons notre jardin, c'est de la philosophie ; notre jardin doit être frais et iodé, c'est de la morale).

mains.gifIl y en a une qui prend enfin ses lecteurs pour des gens intelligents, c'est Emmanuelle Pagano. Je ne la connaissais pas du tout, et c'est donc la première fois que je la lisais avec Les mains gamines (merci r ! ). J'ai lu ce roman avec beaucoup de plaisir et d'émotions. La langue est belle, le style très personnel, la structure du récit maîtrisée, les différentes voix justes. Mais immense colère à la lecture du dernier chapitre. Impression d'avoir été emmenée sur un chemin glauquissime sans crier gare. Bon, c'est aussi du talent de balader son lecteur comme ça. Mais là ça touche à l'enfance, et à l'intimité de l'enfance. Rien ne devrait être tabou en littérature, certes, mais j'ai quand même eu un sentiment de révolte et même de dégoût, ce qui m'arrive rarement avec un livre. C'est amoral au possible, ce qui fait du bien certes, après avoir lu le truc du dessus, mais c'était peut-être un trop grand écart. Bon, faut que je lise un autre livre d'elle.

J'ai ensuite voulu me raccrocher à une valeur sûre. Allez chiche un prix Nobel : Ritournelle de la faim de Le Clézio (merci S !). Sans surprise : c'est beau. Le plus émouvant, et le génie de Le Clézio à mon sens dans ce roman, ce sont les deux chapitres de début et de fin. Sans eux ça n'aurait été qu'une simple histoire de jeune fille face à la guerre. Mais ces deux chapitres donnent une dimension magnifique, face à la faim, et face à l'empathie filiale. Cet homme a réussi à se placer dans la tête et le coeur de sa mère âgée de 20 ans, avec ce que l'on imagine d'extrapolation, de romance, d'amour, d'écoute de confidences au cours d'une vie... C'est cela qu'on imagine, qui n'est pas dit, et qui est le plus beau, je trouve. (Ca va, S, comme fiche de lecture ?)

Maintenant je vais me plonger dans 20 projets pour éviter à un élève de cycle 3 toute trépanation sans chirurgie (argh). Pitié, sauvez-moi, conseillez-moi autre chose.