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07 octobre 2009
Cercles
Un enfant malade. Ce n'est qu'une maladie d'hiver venue en automne, rien de grave bien entendu, rien de grave, non, pourtant on retrace machinalement en pensée le chemin pour les urgences. On réfléchit à ce qu'on fera au-delà de quarante et un degrés. Pourvu que ce ne soit pas la nuit. Souffre-t-il beaucoup ? Pourquoi n'est-ce pas moi à sa place ? Pourquoi dort-il tant ? Ne mange-t-il pas ? Cette envie de rien... Même de ce qu'il aime d'habitude. Oh non ne pleure pas. S'il te plaît ne pleure pas, tout ira bien, je suis là. Je suis une maman.
Il me regarde moi la maman, incapable de comprendre mon air peiné. Moi qui peux tout d'habitude, ne puis-je pas le guérir ? Je suis une maman toute-impuissante.
En attendant l'effet des médicaments, pendant qu'il dort, souvenir du goût dans la gorge des maladies infantiles, du poids de la tête enfiévrée, des rêves lourds et liquides, de tous ces cercles autour de soi durant le sommeil irrépressible et bienfaisant. Le monde tournait dans les bras de maman.
Je suis une maman à marée basse. Je peux alors dire mère. Qui réfléchis aux tours et détours de ses absences, du regard de mes enfants sur mes désirs, mes gestes et mes rêves, dans lesquels je ne puis les embarquer. Mon enfant malade, je suis là, ton soutien ton réconfort ta chaleur, mais je ne puis rien faire d'autre. Je tente de te nourrir, avec mes petits moyens de petite cuisinière sans leçons, je te soigne munie de poudres et pipettes, je te caresse et t'embrasse, et surtout les regards. Grands sont tes yeux qui me font peur.
Dans le même temps, dans une autre dimension de moi-même, je pense à tous les enfants et toutes les mères. Je pense aux enfants sans maison, sans médicament, ou sans maman. Je pense aux enfants malades sans guérison. Je pense au chagrin des mères, à cette même impuissance que la mienne, mais puissance dix mille, je pense à des yeux d'enfants dix fois plus grands.
Je pense à la mort et à l'amour. Je pense à ceux qui ne savent pas aimer mais s'agrippent à l'amour n'aimant que lui. Je pense à ceux qui ne savent pas mourir mais s'agrippent à la vie sans savoir la vivre. Mon enfant dort, les cercles du monde l'entourent, me contenant, moi et ceux que j'aime et ceux qui m'aiment et ceux qui l'aiment et ceux qu'il aime, et c'est une ronde folle et parfois sereine. Tu dors et je ne peux qu'aimer, moi, pendant ce temps, aimer à marée basse, à tes pieds immobiles.
Au creux d'un cercle je regarde les autres cercles, les ronds qu'ils font dans l'eau de ton sommeil, toi mon enfant d'où naît le monde. Que crées-tu en ce moment toi qui ne souffres plus ne pleures plus, réfugié à la fois en toi-même et dans le giron de l'univers ? J'attends tranquillement que les ondes issues de toi bougent un peu plus densément, que les lumières jetées de ton être induisent des reflets métalliques sur les vagues. J'attends dans la sérénité des cercles de vous autres qui avez fait le choix si doux, si émouvant, si merveilleux, d'exister pour moi.
(Photographies de Roni Horn)


Commentaires
De l'infinie maman
de l'infiniment
petit
de l'infime aimant
l'infirme-amant
A ta voix haute
de la hauteur
d'une marée basse
Quand à voix basse
Le petit cercle s'agrandit
Ecrit par : lemorio | 08 octobre 2009
Le retour du Morio... Ca me fait drôlement plaisir, et c'est beau.
Ecrit par : Florence | 12 octobre 2009
Un beau post-texte-écrit, qui me touche particulièrement.
Être mère ou maman, il y a des fois, dur de choisir...
Bisous
Marie
Ecrit par : marie mélisou | 13 octobre 2009
Merci, Marie. Oui, je n'y avais pas pensé, mais oui, ça te touche forcément... Comme toutes les mères-mamans, les filles-femmes, les filles-enfants.
Ecrit par : Florence | 13 octobre 2009
Rien à rajouter, sinon que c'est superbemet écrit. Bravo Flo!
Ecrit par : Laure | 20 octobre 2009
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