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02 octobre 2009
Tu seras un homme, ma fille
Toujours dans le souci de mieux connaître l'âge adolescent, j'ai parcouru quelques documentaires.
Mon coup de coeur pour Filles et garçons, êtes-vous si différents ? de Hélène Montardre (que j'ai appris à connaître et surtout à apprécier à Rennes, mais je ne fais pas de complaisance !). Le bouquin s'appuie sur des acquis scientifiques, des textes littéraires, des publicités ou des images satiriques d'antan. Il est juste, envers les deux sexes. Et en plus, c'est assez rare pour le constater : les photographies sont belles. Je ne sais pas pourquoi on s'échine à croire que les ados recherchent la laideur.
D'autres livres parlent spécifiquement aux garçons adolescents, et c'est certainement très bénéfique pour eux que tous ces petits soucis de cette période de la vie soient enfin mis en mots. C'est souvent très bien vu, et intelligent, et d'une indéniable utilité, pourtant beaucoup de choses sont gênantes, de façon très très subtile et larvée, dans la façon de parler des filles, par exemple (allumeuses ou délurées ?)...
Toujours aux éditions de La Martinière, Le livre des garçons est moins subtil que Filles et garçons... On note un réel souci d'anti-sexisme, pourtant un léger malaise s'empare de nous lorsqu'on lit qu'un garçon est paresseux, c'est comme ça, c'est donc normal s'il n'a pas envie d'aider au ménage, mais faut faire des efforts, hein. Sous prétexte de bonnes intentions, on enferme les garçons dans un schéma très peu flatteur. Dommage, car c'est un bon docu.
Chez Plon, L'encyclo des garçons aurait pu être très bien, j'ai bien aimé les schémas didactiques à la fin et les thèmes originaux, mais, de façon que j'ose espérer inconsciente (quoique), opérée par l'auteur assez jeune (26 ans, est-ce une excuse ? En tout cas pas pour la maison d'éditions censée relire ce qu'elle publie), une confusion s'installe parfois entre devenir un homme (pris dans le sens de "devenir un adulte de sexe masculin") et devenir un être humain responsable et citoyen (ici dans le sens de normé). On ne la trouve que par-ci par-là, noyée au milieu de bons chapitres sur la sensibilité, la solitude, l'amour, mais justement parce qu'elle advient de façon inattendue, cette confusion grave amène assez systématiquement 1. à considérer qu'un garçon qui sera amené à ne pas coller au schéma social ne sera pas un véritable homme au sens sexuel, 2. à exclure la femme du règne des citoyens humains. C'est donc très violent pour garçons et filles.
Cela donne une incroyable dérive à la page 127 : un chapitre intitulé Lectures d'homme.
On peut y lire :
"De façon évidente, certains auteurs et leurs romans touchent davantage le coeur de l'homme que l'âme de la femme. Florilège."
Suit une liste d'oeuvres majeures de Rudyard Kipling, Hemingway, Camus, Vian, Italo Calvino, Poe, Maupassant, Patrick Süskind, Roy Lewis, Bradbury, Tolkien, Baudelaire...
Une seule femme : Fred Vargas. Certainement, l'auteur pensait que c'était un homme.
Des lectures d'homme ? On relit la petite phrase du début pour être sûr du sens donné au mot homme... Il est bien pris dans son acception sexuelle. Mais la sidération atteint son comble quand, au milieu de cette liste à l'indéniable qualité littéraire, censée toucher si peu le coeur et l'âme de la femme (cette pauvre nouille qui n'a qu'à lire Bridget Jones - bon OK là c'est moi qui interprète, mais quand même), on trouve Primo Levi : Si c'est un homme.
La confusion est à son comble. Et à vrai dire, mieux vaut ne pas chercher à analyser le chemin de pensée qui a conduit l'auteur à considérer ce récit majeur et bouleversant, ce témoignage essentiel sur un crime contre l'humanité, à considérer cette oeuvre incontournable pour tout être humain... comme un texte qui toucherait moins l'âme des femmes que le coeur des hommes.


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