« Pierre Bonnard suivant l'heure | Page d'accueil | Dialogue »

21 août 2009

Paranoïd cinoche

paranoid_park_trailer.jpg
J'ai enfin vu Paranoïd Park, de Gus Van Sant. Je sais, j'y ai mis le temps.
Mon grave problème cinématographique est que les scènes dites choquantes me choquent vraiment. Aussi, la scène du crime involontaire, d'autant qu'elle est amenée de main de maître, me hantera longtemps. Mais ça y est on est grande, n'est-ce pas, et c'est le prix à payer pour visualiser des chefs d'oeuvre et plonger dans des univers forts.
Plongée est le mot.
Pour commencer, l'univers adolescent me touche beaucoup, et je n'ai pas fini, loin de là, de m'y intéresser. Aussi, c'est avec bienveillance que je me suis coulée dans la vision de cet ado comme tant d'autres, si ce n'est ce "truc qui lui est tombé dessus".
On ne se doute de rien. Ce détachement, cette distance nous font abandonner toute résistance. On se croit soi-même à distance. C'est sous-estimer les plans, cadrages, la photographie (la même que pour Wong Kar WaÏ), musiques décalées,  hypnotisantes, longs plans séquence, alignement de portes de longs couloirs de lycée, immenses champs d'herbes hautes, et bien entendu tunnels sans fin de skating, perspectives infinies dans un univers mental qui ne cesse de lutter contre la finitude,  lutte et paradoxe à mon sens typiquement adolescents, puis pathologiquement adultes, qui nous enveloppent, nous portent, nous enlèvent. C'est ni plus ni moins du kidnapping de spectateur. Un ravissement, au sens propre.
Difficile de s'en remettre, on ne peut s'empêcher d'emporter avec soi une bonne partie du malaise : mais quel est le crime que l'on aurait soi-même commis et que l'on se serait forcé à oublier ? Quelle partie du monde tâchons-nous de cacher ? Dans quelle autre vit-on réellement ? On finit par être persuadé que quelque chose, une image, un article de presse, les informations, nous rappelleront tôt ou tard à une autre réalité invivable. Impression qui dure longtemps.
Et cette réalité invivable, n'existe-t-elle pas pour chacun de nous ? Qu'est-ce qui nous fait sans cesse oublier les maux du monde, les guerres même pas si lointaines -références incessantes à la guerre en Irak- ?
...
Mais subsitera plus longtemps encore le ravissement.
Et donc une mise en abyme : ravis dans un univers dont on nous a fait douter, dans un doux désordre. Ravis deux fois.
Trois fois, si vous voulez.

para_56789.jpg

Ecrire un commentaire