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11 juillet 2009
Comment j'en suis venue à parler de sandwich avec une adjointe à la culture
Ô joie, l'adjointe à la culture de la ville de ..... m'envoie un mail (je mets en exergue ce qui pourrait passer inaperçu) :
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Dans le cadre de la Fête du Livre prévue en ......, notre commune organisera son 9ème salon du Livre le ...... de 10h à 18h dans les locaux de la salle municipale ......
Comme pour les précédentes éditions, tous les genres littéraires seront les bienvenus.
Durant le salon, seuls des livres pourront être exposés.
L’organisation mettra gracieusement à votre disposition : tables (1,30m), chaises, cavaliers nominatifs.
Aucune contribution financière ne sera demandée pour votre participation à cette manifestation.
En revanche, comme l’an dernier, nous organiserons sur place un buffet pour le repas de midi, avec contribution (17 Euros).
Par ailleurs, buvette et restauration rapide seront assurées toute la journée par les bénévoles d’une association locale.
Une large communication de cet événement sera faite : communiqués de presse auprès des médias locales et régionales, diffusion d’affiches et tracts .
Vous trouverez ci après le programme détaillé de la manifestation.
Souhaitant que cette proposition vous agrée, je reste à votre disposition pour tout renseignement complémentaire ou suggestion, et vous remercie d’en parler à des amis auteurs que cela pourrait intéresser.
En vous demandant de bien vouloir nous renvoyer le bulletin de réponse joint le plus tôt possible, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur l’expression de ma considération distinguée.
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Je réponds à l'adjointe à la culture de la ville de ...... :
Chère Madame ........,
Je suis flattée que vous ayez pensé à moi pour votre salon du livre (sans aucun doute avez-vous lu et aimé mes livres), et flattée encore que vous mettiez à ma disposition gracieusement une chaise pour m'asseoir et une table pour poser mes livres. Flattée que votre générosité aille jusqu'à ne me demander aucune contribution financière pour avoir la chance de participer à votre salon du livre, hormis la modique somme de 17 euros pour pouvoir me sustenter durant cette journée de dimanche que je préfère bien sûr passer avec vous plutôt que profiter de ma famille.
Je n'ose vous demander si vous défrayez le déplacement, après tout j'ai tellement de chance d'être invitée !
J'ai beaucoup de chance de pouvoir bénéficier de la large communication que vous faites de cet événement.
Cependant j'aimerais vous rappeler que sur chaque livre vendu, je ne perçois que 5 à 8 % du prix de vente. Aussi, même s'il y a foule, mon travail du dimanche serait très modiquement rémunéré.
Aussi je n'accepte de participer qu'aux salons qui proposent en amont des interventions payées au tarif charte des auteurs jeunesse, et parfois des salons isolés qu'il est déjà arrivé qu'on me paye également. J'accepte de participer à des salons isolés, gratuitement, mais si l'on me rembourse au moins le repas et le déplacement.
Aussi, je suis au regret de décliner votre proposition.
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L'adjointe à la culture de la ville de ...... me répond :
Madame;
Je voulais apporter qq précisions à mon courrier :
1°) Prendre le repas proposé (qui est à prix coûtant : les factures sont à disposition de tous) n'est pas 1 obligation, certains participants préférant apporter leurs sandwichs;
2°) Notre commune a 6800 habts et le budget de la culture ne me permet pas d'inviter les 50 à 60 auteurs qui répondent présents à notre invitation chaque année;
3°) Ce salon a lieu depuis 9 ans grâce à de la bonne volonté & beaucoup de travail.
Vous comprendrez peut-être que, dans ces conditions, votre ton ironique me soit fort déplaisant.
Je comprends pour ma part tout à fait que vous ne puissiez engager quelque frais que ce soit pour participer à ce salon , et que vous préfériez rester en famille .
Sachez enfin que ce salon est trés convival et que auteurs & lecteurs en font un moment de rencontres fort apprécié et trés attendu.
Cordialement.
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A qui je précise :
Madame,
Permettez-moi d'adopter cette fois-ci un ton plus didactique.
L'auteur se situe au tout début de la chaîne du livre, avant l'éditeur, l'imprimeur, le diffuseur, le libraire. C'est lui qui perçoit pourtant le plus petit pourcentage du prix de vente du livre.
Pour cette rémunération que nous sommes nombreux à trouver trop faible, notre travail est d'écrire (ce qui prend énormément de temps, comme vous vous en doutez). Il ne nous revient pas, à nous, d'assurer la vente du livre (voir les autres maillons de la chaîne qui sont payés pour cela), et nous n'avons donc logiquement aucune raison de rester derrière un stand toute une journée.
Nous écrivons surtout parce que nous aimons cela, et pour bien d'autres raisons qui font que malgré cette faible rémunération, il existe encore des auteurs en France et dans le monde. L'argent est rarement notre motivation.
Cependant, il se trouve que dans notre société, comme tout le monde nous devons acheter les ingrédients pour confectionner nos sandwiches, et l'essence pour nous déplacer.
J'éprouve énormément d'admiration pour les organisateurs de salons du livre, souvent bénévoles, qui se démènent pour que les livres arrivent entre les mains des lecteurs. Cependant il leur faut comprendre qu'un auteur prend sur son temps de travail ou sur son temps libre pour être présent sur un salon, et que cela ne fait pas partie de son travail. Croyez-moi, je l'ai fait souvent car j'aime beaucoup rencontrer des lecteurs et d'autres auteurs, et j'aime joindre à celle des organisateurs ma bonne volonté, à condition, cependant, que je n'en sois pas pour mes frais : je n'en ai hélas pas les moyens. Même si je vends quelques livres à votre salon, cela risque fort de ne même pas me rembourser mon sandwich (quant à votre repas à 17 euros...). Dois-je vous parler des frais d'essence ? (j'habite à plus de 200 km de chez vous).
Vous me parlez du budget de la culture, je déplore autant que vous qu'il soit faible, cependant pour votre salon en quoi cela concerne-t-il les auteurs puisque pour eux, qu'ils soient 15, 60 ou 200, vous déboursez : zéro euro. Grâce à ce sens de l'économie, nos élus peuvent tranquillement diminuer encore les budgets alloués à la culture.
Je regrette que mon ton vous ait été déplaisant, cependant avec un tel raisonnement, il n'est pas sûr qu'à la longue survivent beaucoup d'auteurs (de peintres, de musiciens, etc...), et cette perspective m'est fort déplaisante.
Cordialement.
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Et encore, je n'ai même pas essayé d'expliquer à Madame l'adjointe à la culture de la ville de .... qu'on invite un auteur lorsqu'on a aimé l'un ou plusieurs de ses livres, ou au moins lorsqu'il correspond à un thème ou un genre bien défini pour le salon. Mais peut-être croit-elle qu'un livre n'a rien de plus remarquable qu'un santon à un marché de Noël.


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