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24 juin 2009

Crainte et tremblement


Parmi soleil ciel bleu déjà plage été cri des martinets montagnes violettes au loin douceur des fins de soirée chaleur des journées enfants dans la rue SDF qui ne meurent plus, parmi grandes fêtes galas spectacles des enfants année scolaire qui s'étend planning qui déborde amitiés qui ne se donnent pas le temps lueurs dans les regards déçues de ne pas retenir, parmi le tout-parcellaire et le rien-d'absolu jamais jamais ou bien deux ou trois secondes par jour, le beaucoup moins que minimum requis, parmi ce tourbillon du mois de juin, aucunement trouvé le temps d'écrire, mais un peu, très peu, beaucoup trop peu le temps de lire.
D'abord Qui a peur de la littérature pour ados, d'Annie Roland, qu'on nous avait offert à Rennes. Je l'ai lu avec beaucoup d'intérêt. Le processus psychique qui amène à la censure y est bien décrit. On ne peut que le condamner, mais comme souvent dans ce genre de bouquin un peu pamphlétaire, c'est le mécanisme dénoncé qui me passionne. Grande envie soudaine de lire Fahrenheit 451 de Bradbury, et de relire et savourer Peter Pan de Barrie (qui traitent du même thème, si l'on y regarde de près). Et plus grande envie encore de créer un personnage censeur, de me couler dans sa peau pour en démonter les névroses. Ah, comme cela serait bon.
Puis un bouquin acheté il y a quelques temps puis délaissé sur une étagère m'a appelée avec une soudaine évidence. Crainte et tremblement, rien ne pouvait mieux me convenir ces temps-ci, ne me demandez pas pourquoi.
C'est du Kierkegaard, mais ça y est, la philosophie ne me fait plus peur, je l'ai décidé. Je l'aborde comme on lit des romans, sans aucune fondation préalable, une inculture crasse, mais c'est comme le piano : même sans solfège on peut très vite créer sa propre petite musique, et jouer celle des autres.
Crainte et tremblement, c'est un traité d'épouvante existentielle. Assez délicieux, donc. On ignore pourquoi l'on se sent si proche d'Abraham, alors qu'on n'a pas, nous, à tuer notre enfant, et même si nous, on ne croit pas en dieu. Alors pourquoi finit-on par le comprendre aussi bien ? Kierkegaard dans ce bouquin, nous pose face à un mystère : celui que nous aurions tendance à considérer comme un illuminé, un fou de dieu, un fou tout court, eh bien l'on s'en sent proche et on l'admire. A quoi moi-même suis-je en train de renoncer ou d'accepter, qui me fait lui ressembler ? Quel est le silence que j'observe et face à qui ? Quelle est ma solitude et quelle est ma montagne de Moriah ? Quel est mon fils ? Où est mon ange ?

J'en suis dans ma lecture à l'idée de finitude et de résignation infinie : cela me touche beaucoup.

Qui plus est, l'écriture est limpide et belle. On suit les mouvements de pensée, les questions, les doutes et les émotions de Kierkegaard avec passion.

Extrait :

... Je m'imagine à l'intérieur du héros, mais je ne puis m'imaginer à l'intérieur d'Abraham ; lorsque j'atteins le sommet, je tombe, car j'y trouve le paradoxe. Je n'entends cependant nullement dire par là que la foi est une chose basse mais, bien au contraire, qu'elle est la plus haute et qu'il est déshonnête que la philosophie y substitue autre chose et la tourne en dérision. La philosophie ne peut ni ne doit donner la foi, mais a pour tâche de se comprendre elle-même, savoir ce qu'elle offre et ne rien enlever à l'homme non plus que de le distraire d'une chose comme si cette chose n'était rien.

 

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(Rembrandt)

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