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21 juin 2009
Midi

Une place un jour de marché.
Pour parler à son compagnon, elle pose trois doigts sur son bras.
Sur la pointe des pieds elle se balance, pour voir son enfant jouer au-delà des étalages de poissons.
Deux doigts sur la joue pour réfléchir.
La joue a l'air flasque, pense l'enfant d'en face.
Lui croque dans sa sucette qui se brise sur sa langue. Il en retire un bâton blanc déçu de n'être plus qu'un bâton blanc.
Un chat nommé Souriceau file entre trois jambes.
Deux adolescentes aux cheveux pareillement lissés passent en se tenant la main.
L'homme assis à la terrasse de café d'à côté les imagine dans des jeux de baisers.
On le sait car de sa cuillère il caresse ses lèvres doucement, rêveusement.
La vendeuse de fromage plisse les yeux en vous tendant votre choix empaqueté. Dans un sourire.
Ses mains gardent l'odeur de l'emmental, même la nuit.
Il tâte le tissu d'un short en pensant à autre chose.
Elle se souvient soudain de l'endroit où il a posé sa main sur elle, la veille...
Si l'on regarde bien, même l'eau de la fontaine coule à vitesse régulière.
Les pavés sous les pieds ne bougent pas, résonnent à peine.
Les murs sont blancs. Leur couleur varie infimement.
Mais rien ne se déplace.
Un décor est une chose étrange. Immobile. Pérenne.
Où, parmi tout cela, où se cachent les passions obscures ?
Où s'arrête le vent dans le désert,
le navire sur l'océan
le chant des oiseaux dans les bois ?
A quel moment disparaîtra cette maison,
sur cette place,
sur ce marché ?
Sous quelle bombe de quelle guerre ?
Quelle allumette, de quelle main, embrasera un drap imbibé d'essence dans la chambre du troisième étage ?
Quel souci occupera cet esprit qui oubliera de fermer le gaz ?
Quelle loi fera se jeter cette famille du toit ?
Quelle lame de quel couteau tranchera quelle gorge ? Après quelle dispute ? Quel basculement de la raison ?
Quelle attirance vers la folie ?
Quelle adoration de quel dieu fera se jeter ce groupe de jeunes gens sur un seul ?
Là, ici, là où se trouvent les mâches et les roquettes.
Quand, dans ce décor à la lumière de plus en plus dure ?
Femmes, hommes, enfants, ici, maintenant, bercés par les effluves d'huile d'olive,
Femmes, hommes, enfants, là, bien là, en mouvement immobile,
aucun ne se pose la question.
Bientôt le repas de midi.


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