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12 janvier 2009

Sigrid


La meilleure amie d'Anita Van de Froom se nommait Sigrid. Lorsqu'elles atteignirent quinze ans, personne ne put nier que Sigrid était bien plus jolie qu'Anita. Cela provenait du fait qu'enfin Sigrid osait vous regarder dans les yeux. Anita n'avait jamais craint de le faire. Enfant, on trouvait cela charmant quoique parfois dérangeant. Elle fouillait votre âme sans sourire, avant de s'enfuir tantôt en riant, tantôt en pleurant. Adolescente, elle ne perdit pas cette habitude. Mais on décréta que cela n'avait plus rien de charmant. On la disait insolente. Alors elle apprit à regarder à travers vous. Elle vous voyait sans vous voir. Elle ne voyait que votre essence. On la qualifia de fuyante, de petit monstre, d'âme damnée qui ne méritait que les feux de l'enfer.

Sigrid, elle, n'ouvrit les yeux que vers quatorze ans et trois jours. Son regard flou de nouveauté en troubla plus d'un. Sigrid s'émerveillait de vous voir enfin, mais par manque d'habitude ne vous voyait pas vraiment. Ce qui semblait une infinie compassion n'était en réalité qu'un questionnement : cette personne est-elle digne de moi ? Assez belle pour moi ? Me rendra-t-elle heureuse ? Votre lumière se mariera-t-elle bien avec la mienne ?

Sigrid eut une vie si heureuse qu'elle ne mérite que le mépris de la romancière.

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(Edouard Boubat)

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