« La couleur du jour | Page d'accueil | Sigrid »

11 janvier 2009

Lectures

Depuis mon émerveillement face à la poésie de Deguy, je me suis plutôt fourvoyée.

Peu de lectures satisfaisantes, donc.

Pour commencer Où on va, papa de Jean-Louis Fournier (merci Ad ! Je te cite parce que t'as pas aimé non plus). Bon, bien sûr, y'a des passages chouettes, émouvants, parce que l'on sait que tout est vrai. Cela dit, j'ai trouvé ça un peu court, je veux dire pour un roman pour adultes. De plus en plus, d'ailleurs, je lis des romans pour adultes qu'on croirait écrits pour des ados. Autant au niveau du sens que du format. Le jeunisme va loin. Donc oui, intéressant, mais on reste sur sa faim. On aurait aimé davantage de densité. De profondeur ?

Même sentiment, en pire, pour Lorsque j'étais une oeuvre d'art. Ah, Eric-Emmanuel Schmitt que j'aime tant lire d'habitude, que vous est-il arrivé ? (La célébrité ?) Alors y'en a qui disent que c'est une fable philosophique, ce qui excuserait toute incrédibilité (j'ose pas dire médiocrité. Et puis si après tout, je travaille pour aucun média). Parce que vraiment, mais alors vraiment, on n'y croit pas. C'est sans parler des poncifs liés à l'art, avec idées plutôt conservatrices (l'art, le vrai, c'est quand on peint sur une vraie plage sur une vraie toile, avec de la vraie peinture, un vrai chevalet, à l'écoute de la vraie nature quoi). Des poncifs liés aux relations sociales et amoureuses (ah la belle et soumise héroïne, dévouée à son père diminué, capable d'aimer au-delà des apparences, ah, et en opposition les belles avides et bêtes qui se font des crasses, ah les femmes quoi). Des rebondissements qui n'en sont pas (attention pseudo-spoiler, ah ah) : quoi non si, oh, il est aveugle !? Oh, non, si ? Mais on l'avait deviné dès les premiers mots qui l'ont mis en scène... L'auteur, maladroitement (mais je crains que ça ne soit adroitement), tombe dans les travers qu'il dénonce : il impose une autre vue. Bref ça dégouline de morale, berk (pourquoi est-ce que les gens ces temps-ci confondent morale et philosophie ? Cultivons notre jardin, c'est de la philosophie ; notre jardin doit être frais et iodé, c'est de la morale).

mains.gifIl y en a une qui prend enfin ses lecteurs pour des gens intelligents, c'est Emmanuelle Pagano. Je ne la connaissais pas du tout, et c'est donc la première fois que je la lisais avec Les mains gamines (merci r ! ). J'ai lu ce roman avec beaucoup de plaisir et d'émotions. La langue est belle, le style très personnel, la structure du récit maîtrisée, les différentes voix justes. Mais immense colère à la lecture du dernier chapitre. Impression d'avoir été emmenée sur un chemin glauquissime sans crier gare. Bon, c'est aussi du talent de balader son lecteur comme ça. Mais là ça touche à l'enfance, et à l'intimité de l'enfance. Rien ne devrait être tabou en littérature, certes, mais j'ai quand même eu un sentiment de révolte et même de dégoût, ce qui m'arrive rarement avec un livre. C'est amoral au possible, ce qui fait du bien certes, après avoir lu le truc du dessus, mais c'était peut-être un trop grand écart. Bon, faut que je lise un autre livre d'elle.

J'ai ensuite voulu me raccrocher à une valeur sûre. Allez chiche un prix Nobel : Ritournelle de la faim de Le Clézio (merci S !). Sans surprise : c'est beau. Le plus émouvant, et le génie de Le Clézio à mon sens dans ce roman, ce sont les deux chapitres de début et de fin. Sans eux ça n'aurait été qu'une simple histoire de jeune fille face à la guerre. Mais ces deux chapitres donnent une dimension magnifique, face à la faim, et face à l'empathie filiale. Cet homme a réussi à se placer dans la tête et le coeur de sa mère âgée de 20 ans, avec ce que l'on imagine d'extrapolation, de romance, d'amour, d'écoute de confidences au cours d'une vie... C'est cela qu'on imagine, qui n'est pas dit, et qui est le plus beau, je trouve. (Ca va, S, comme fiche de lecture ?)

Maintenant je vais me plonger dans 20 projets pour éviter à un élève de cycle 3 toute trépanation sans chirurgie (argh). Pitié, sauvez-moi, conseillez-moi autre chose.

Écrire un commentaire