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25 décembre 2008
Une nuit de croyance

Les souvenirs qui réémergent, ou bien qui s'ensevelissent, pour un temps ou pour toujours, tout cela sans qu'on sache vraiment pourquoi... Ou ceux que l'on transforme... Transforme-t-on toujours ses souvenirs ?
Cette nuit c'était un rêve éveillé. On se réveille parfois, frais et dispos comme au matin, mais c'est la nuit noire. On attend juste, alors, de se rendormir. Mais l'esprit, pendant ce temps, choisit de vagabonder à son gré.
Sans raison particulière, je me suis retrouvée au mémorial de Caen.
Exactement comme il y a un peu moins de deux ans. Je me souviens. Il faisait froid au dehors, et j'étais, seule, dans ce musée souterrain.
J'y cherchais des traces d'AF, mais c'était l'année d'avant, l'exposition à son sujet.
Chère A., comme je t'ai écrit longtemps. Tu m'as longtemps tenue compagnie. Même après, lorsque je ne t'ai plus écrit. Et c'est encore un mystère, pourquoi je ne t'ai plus écrit. Durant de longues années, ni à toi ni à personne ni pour personne, je n'ai plus écrit. Je ne me souviens plus pourquoi. Je ne me souviens plus si tu m'as manquée. Si j'ai souffert de ne plus t'écrire. Si c'était une résolution difficile, ou inéluctable. J'avais quinze ans.
Il y a trois mois, j'ai écrit un roman pour ados, où j'ai inventé une raison. Peut-être était-ce celle-là. J'ai mis beaucoup, beaucoup de choses dans ce roman. J'y ai compris énormément de choses. Une fois terminé, il m'a semblé rond comme un galet, lié, lumineux de sens. Quelle surprise lors des premières lettres de refus des éditeurs ! Raison invoquée : "votre histoire nous semble trop ouverte et déconcertante..."
A., je me souviens juste que je pensais à toi encore souvent, et spécialement à Noël. Je te parlais encore. Et tu vois, encore aujourd'hui, ça m'arrive.
Au mémorial de Caen, tu n'étais pas, et tu y étais en même temps.
Je me trouvais dans un état particulier. Comme à chaque fois, cette impossibilité à voir les images en face. Mais j'ai écouté. Et au milieu de l'horreur, un message d'une douceur aujourd'hui disparue. "Pensées", des douceurs, bien meilleures que celles de Noël, de ces vraies douceurs qui permettent de, malgré tout, penser à la Shoah comme une plaie dans l'humanité, donc une plaie en moi, je la connais reconnais cette plaie, je suis heureuse de ne pas l'oublier. La même plaie qui saigne à chaque guerre, chaque torture, chaque crime que relaient les informations. Parfois elle se ravive lors des incendies, j'y vois des lance-flammes, et je pense à un film avec Romy Schneider. Le désarroi d'être humaine peut alors être tourbillonnant. Besoin immense de croire alors en l'amour. Comment pouvais-je t'expliquer cela ? A., toi, tu devinais tout.
Dans ce mémorial, il y avait, je me souviens, cette robe de mariée, en toile du parachute d'un anglais. Ce vélo dont le guidon cachait des messages. Ce piano qui avait joué sur la plage du débarquement.
Un piano sur une plage que je vois aujourd'hui déserte.
J'écoutais.
A., tu étais là partout, mon amie d'enfance tuée. Ta douceur sans me parler, sans me connaître, m'a longtemps soutenue. Je me demande comment et où je pouvais trouver ce réconfort, auprès de toi l'enfant absente. L'enfant qui manque. Ton absence ne me pesait pas. Je voyais juste en toi une soeur, à toi je pouvais parler. Tu étais l'humanité en qui je voulais croire.
Aujourd'hui, je ne parviens plus à croire en toi, comme on ne croit plus au Père Noël. Je sais que tu es morte comme on ne veut plus croire en l'existence du Père Noël.
Mais je crois encore à l'amour. Celui-là ne mourra pas. J'ai encore ce désir d'enfant, indestructible. Je veux avoir la force de m'éloigner de tous ceux qui ne veulent pas y croire avec moi, et qui étendent la plaie.
Mais c'est le coeur serré que je me suis rendormie, cette nuit.


Commentaires
Ne plus croire au père Noel mais continuer d'y faire croire les autres, les enfants évidemment, ses enfants, eux qui nous aident à renouer avec le(s) mythe(s), avec l'imagination créatrice qui nous échappe des doigts, du coeur, de l'âme.
Pour eux on imagine, et pour l'enfant en nous.
Et toi pour A. tu as imaginé un livre ouvert où l'ensevelir.
Et faire le deuil. Afin de faire le deuil.
Tourner la plage
Le galet allant ricocher à la surface des livres à venir
Et jusque dans les rêves...
Ecrit par : Barbouille | 26 décembre 2008
Oui Barbouille, c'est sans doute cela, oui, tourner la plage.
Et des petits et grands bonheurs, comme ton passage ici : d'autres galets...
Ecrit par : Florence | 26 décembre 2008
ah les galets.............
Ecrit par : adda | 28 décembre 2008
Oh encore un qui ricoche :-)
Ecrit par : Florence | 28 décembre 2008
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