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08 novembre 2008
Aimer
Elle poursuit ses réflexions : aimer, verbe transitif.
Etre amoureuse, verbe d'état.
Certes, on dit : être amoureuse de Complément d'Objet Indirect.
Aimer Complément d'Objet Direct.
Objet, donc.
Aimer indique une action, un mouvement, une dynamique, un élan vers.
Etre amoureuse semble pouvoir rester inscrit en soi-même.
Etre amoureuse implique toujours un sujet, puisqu'il désigne un état.
Etre amoureuse serait un sentiment individuel qui tourne autour de quelqu'un.
Un chérissement de l'autre en soi-même. Ou de soi-même en l'autre ?
Aimer semble davantage dégagé du sujet.
Aimer serait un sentiment universel.
Moins tourné sur soi.
Qu'en est-il de l'objet ? Pardon, l'être aimé ?
On peut dire : être amoureuse, point.
Ou aimer, point.
A la ligne.
L'être aimé existe-t-il vraiment ? Est-on bien sûr d'aimer ce qu'il est vraiment ? Comment être sûr de savoir de quelqu'un ce qu'il est vraiment ?
C'est impossible.
Comment peut-on alors l'aimer ? On ne peut aimer de lui qu'une image. Au mieux, le paysage qu'il ouvre devant nous.
Il est merveilleux ce paysage lorsque l'autre nous laisse nous y promener.
Amour.
Elle comprend soudain : aimer ne peut avoir ni sujet ni objet.
Seul le sentiment existe.
aime
aimes
aime
aimons
aimez
aiment
Et. C'est. Tout.
Au départ, c'est une déception.
Défilent devant ses yeux des couples mythiques d'amoureux : RoméoJuliette, TristanYseult, PabloDora, CamilleAuguste... Ils se sont aimés. On les reconnaît comme amoureux parce que c'était lui, parce que c'était elle. Des personnes bien définies. On les imagine enlacés, embrassés. Ils s'aiment. Chacun de nous ne rêve que de cela, de ce semblable-là. Inconsciemment, nous rêvons de mandolines et de balcons, d'amour à mort, de serments et de promesses, d'yeux dans les yeux et de coeurs pleins.
Coeurs pleins.
D'amour.
Id est : être aimé.
Ah ah.
Dans ces amours-là, il faut être aimé en retour.
Et hop là en une seconde les choses se sont retournées, déformées : d'aimer on est passé à être aimé.
Sans être aimé, il semble que cela ne vaille pas la peine d'être vécu.
Voilà d'où vient la déception.
On sent bien que si l'on néglige sujet et objet, on néglige du même coup le fait d'être aimé.
Une vie élevée aux contes de fées s'écroule soudain.
Il faut s'en relever.
Aimer.
Apprendre à remplir son coeur de ce sentiment.
Point.
Mais surtout :
à la ligne.


Commentaires
Cette photographie, ta dernière
Cette photographie, ta dernière, je l'ai laissée sur le mur, entre les deux fenêtres, au dessus
De la télévision désaffectée, et le soir, dans le golfe de toit à gauche de l'église, quand la lumière,
Se concentre, qui en même temps, s'écoule, en deux estuaires obliques, et inchangeables, dans l'image,
Je m'assieds, sur cette chaise, d'où l'on voit, à la fois, l'image intérieur de la photographie et autour d'elle, ce qu'elle montre,
Qui seulement, le soir, coïncide, par la direction de la lumière, avec elle, sinon en cela, qu'à gauche, dans l'image, tu regardes,
Vers le point où je m'assieds, te voir, invisible maintenant, dans la lumière,
Du soir, sur le golfe de toits entre les deux fenêtres, et moi,
Absent de ton regard, qui, dans l'image, fixe, la pensée de cette image, dédiée à cela, les soirs de maintenant, sans toi, au point,
Vacillant du doute de tout.
Ecrit par : J. Roubaud | 10 novembre 2008
Merci, cher Jacques Roubaud. C'est beau...
Votre pronostic pour le Goncourt ?
Ecrit par : Florence | 10 novembre 2008
J'ignorais, pour le goncourt...
Ecrit par : j | 10 novembre 2008
Alors le Goncourt a été décerné à (Mac Cain ou Obama ? Roulement de tambour)... Oba... Heu Atiq Rahimi, un écrivain au fort devenir-minoritaire (heureusement vu la quantité de femmes dans la course, combien déjà, ah zéro) : ce sont les confessions d'une femme afghane.
Ecrit par : Florence | 10 novembre 2008
Ah mais non je demandais à Jacques Roubaud quel était son pronostic. Roubaud n'était pas dans la course !
Ecrit par : Florence | 10 novembre 2008
Il ignorait tout de go qui était en course (il aurait voté pour lui, autrement)
Ecrit par : lui-même | 10 novembre 2008
Voici la chronologie des choix pour le Goncourt.
(Je sais pas si je dois avoir honte, mais j'en ai lu aucun...)
La première sélection :
* Jean-Baptiste Del Amo : "Une éducation libertine" (Gallimard)
* Salim Bachi : "Le silence de Mahomet" (Gallimard)
* Christophe Bataille : "Le rêve de Machiavel" (Grasset)
* Matthieu Bellezi : "C'était notre terre" (Albin Michel)
* Jean-Marie Blas de Roblès : "Là où les tigres sont chez eux" (Zulma)
* Catherine Cusset : "Un brillant avenir" (Gallimard)
* Jean-Louis Fournier : "Où on va, papa ?" (Stock)
* Valentine Goby : "Qui touche à mon corps je le tue" (Gallimard)
* Alain Jaubert : "Une nuit à Pompéi" (Gallimard)
* Michel Le Bris : "La beauté du monde" (Grasset)
* Catherine Millet : "Jour de souffrance" (Flammarion)
* Patrice Pluyette : "La traversée du Mozambique par temps calme" (Le Seuil)
* Atiq Rahimi : "Syngué Sabour" (POL)
* Olivier Rolin : "Un chasseur de lions" (Le Seuil)
* Karine Tuil : "La domination" (Grasset)
Deuxième sélection :
Jean-Baptiste Del Amo: «Une éducation libertine» (Gallimard)
Christophe Bataille: «Le rêve de Machiavel» (Grasset)
Jean-Marie Blas de Roblès: «Là où les tigres sont chez eux» (Zulma)
Catherine Cusset: «Un brillant avenir» (Gallimard)
Jean-Louis Fournier: «Où on va, papa?» (Stock)
Alain Jaubert: «Une nuit à Pompéi» (Gallimard)
Michel Le Bris: «La beauté du monde» (Grasset)
Atiq Rahimi: «Syngué Sabour» (POL)
Olivier Rolin: «Un chasseur de lions» (Le Seuil)
3e et dernière sélection
Jean-Baptiste Del Amo : “Une éducation libertine” (Gallimard)
Jean-Marie Blas de Roblès : “Là où les tigres sont chez eux” (Zulma)
Michel Le Bris : “La beauté du monde” (Grasset)
Atiq Rahimi : “Syngué Sabour” (POL)
Ecrit par : Florence | 11 novembre 2008
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