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31 mars 2008

Taches de couleur

1420393158.jpgJ'ai regardé ce livre à la couverture bleu foncé près de mon lit. Il y est question d'une robe bleue. Il suit dans l'ordre de mes lectures celui, plus épais et moins sobre, posé à côté : il y est question d'une robe rouge.
Les femmes sont souvent des taches de couleur.
Les femmes restent, dans le souvenir des hommes et des enfants, des taches bleues ou rouges sous le soleil.
Je veux dire, les femmes dont on se souvient sous le soleil. Celles qui ont aimé. Toujours celles qui ont aimé, elles portent des robes de couleurs.
Les mères qui ont aimé, ce sont les plus colorées. Les mères insouciantes, ce sont les plus aimées des enfants. C'est étrange, elles meurent tôt, ces femmes-là, peut-être d'avoir consumé tout l'amour dévolu à un être humain à sa naissance. Il existe peut-être une mesure inconnue d'amour, seule connue des dieux ou des prophètes, ceux-là savent, ils regardent ces femmes et ont un sourire doux, elles ont atteint le quota, et soudain une balle de base-ball leur rentre dans le front.  Il n'y a pas à les plaindre, bien au contraire. Sont à plaindre peut-être ceux qui restent, mais peut-être pas non plus, car ils aimeront avec encore davantage de passion la couleur de leur robe.
Sur ces femmes-là on écrit beaucoup. On imagine, sur un air de violoncelle. De ces femmes-là, on tente par les mots de rappeler les traits, les gestes, la grâce. Les faire revivre. Les mots ne sont alors plus qu'un long fil qui tantôt raccommode, tantôt délivre une plaie. Ecrire, alors, est une blessure en soi-même, dans laquelle on invite le soleil, mais les ténèbres peuvent s'installer. Car le fil est noir comme les caractères sur l'écran, en file régulière sur une ligne droite, agaçante et imprévisible. Ecrire, alors, a le goût du souvenir imbibé de gouttes de pluie.
C'est que dehors il pleut.
Nous, lecteurs qui n'avons pas connu de femme semblable, qui n'avons pas de taches de couleur sur l'écran de nos rêves, nous écoutons la pluie. Nous pensons que ces femmes-là, qui ont su tant aimer, de cet amour insouciant, n'ont hélas pas su communiquer ce don à leurs proches. C'est que ces êtres de lumière se sont tant fait aimer en retour qu'elles ont sans le vouloir pris les coeurs en entier. Que peut faire un coeur saisi entièrement d'autre qu'écrire, écrire, encore et encore, pour se dessaisir peu à peu, ou se ressaisir d'autre chose ?
Nous lecteurs, qui n'avons pas connu de telle femme, écoutons la pluie tomber, ainsi que ces mots que nous recevons sur le front, avec un mélange de stupeur et de compassion.
 
 
Précisions sur les livres en question :
Le premier, c'est Rêve d'amour, de Laurence Tardieu qui viendra ce vendredi 4 avril, à 18h30 à l'hôtel Flottes de Sébasan, Place Gambetta, à Pézenas, pour nous en parler.
Le second, c'est bien sûr Une prière pour Owen, de John Irving, que j'ai ramassé dans un salon de thé. C'est que dans cette petite ville, les livres vagabondent, figurez-vous, ils se posent même chez les bouchers, les gares ou les pharmacies. Il n'y a même pas à se pencher pour les cueillir... 
 

25 mars 2008

L'endormie

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Elle s'est endormie.

Ce n'était pourtant pas son intention initiale.

Elle avait juste voulu se reposer un moment, observer les enfants jouer...

Un sourire tendre sur les lèvres, son esprit s'était soudain détaché, son regard s'était flouté,

Puis elle avait frissonné, alors elle s'était enveloppée, maladroitement, avec ce tissu épais, jeté sur le meuble à coté.

D'abord, elle avait croisé et serré ses bras contre son ventre, avant que la tête ne s'alourdît, ne cherchât le refuge du sofa...

Le corps prit de la densité et de la légèreté tout à la fois, il s'alanguit, se lova, s'étendit, les doigts se cherchèrent, puis se délièrent....

Enfin la chevelure trouva sa juste place, comme le coeur les justes battements, comme le corps la juste température, comme les paupières les justes frontières entre les mondes, et à chaque respiration plus profonde, le bien-être la drapait soyeusement, pour la mener ailleurs, loin, dans ce paysage ouvert au-dessus des êtres abandonnés.
 

20 mars 2008

Juste avant

 

Devant la fenêtre, pour commencer, regard sur la couleur du ciel, la quantité d'oiseaux, leurs trajectoires, leurs cris, leur vol lourd ou léger ? Attention particulière sur la lumière. Chance : vue sur des bâtiments rosés, qui prennent une teinte ocre sous le soleil rasant. Le coeur prend cette couleur et la garde au chaud.
Musique.
Puis c'est la première inspiration lors du premier pied dehors. L'air extérieur, les couleurs d'en bas. Différentes. On cherche déjà un sourire, quelqu'un à qui dire bonjour. On trouve. C'est souvent un enfant, courbé par le poids de son fardeau scolaire (jargon parental pour dire cartable). Lumière dans la courette, jolie, percée de platanes. Pas celle de l'école : celle de la mairie. C'est tout à côté.
Sortie du nounours qui fait smack.
Ah oui : c'est le porte-clés. Succès garanti chez les CP.
Entrée dans la classe, grande. Presque envie d'enfiler des chaussons. Presque encore mieux que chez soi. Plus lumineux. Et puis c'est une autre qui y fait le ménage, trop bien.
Le matin c'est le mieux, ça respire le frais, le propre, le net. Les petites tables sont brillantes, vides, en attente, les petites chaises bordées de métal jaune semblent orphelines. Tout est bien rangé.
Juste, repositionner les affichages qui se sont cassés la figure pendant la nuit : un exposé sur les serpents pythons, un autre sur le fond des océans, des productions d'arts plastiques (portraits au pastel, masques africains en collages, arbres de chaque saison...), un mémento sur les vivipares et ovipares (et toujours ce doute lancinant, ce vide sous les mollusques : ovipares ou vivipares ? Allez, pédagogie du doute, après tout...), et les inévitables affiches de sons. On sourit à la leçon de la veille. Trouvez des mots contenant le son (k). Et bien sûr, ces trouvailles : caca, cucul, puis au bout d'un moment, une charmante blondinette, tentant avec une grimace (le doute, encore) : heu... couille ?
Décision : repasser l'éponge sur le tableau. Envie qu'il soit parfaitement propre.
Hésitation. Puis, de sa plus belle écriture, noter l'emploi du temps de la matinée. Bête fierté d'écrire au tableau, sans cesse renouvelée. Tout semble bien réglé. Petite appréhension en notant : travail individuel. Faut du courage, ça y bouge, ça y fait du bruit, mais ça y écrit, expose, lit, échange, bourdonne, du vrai de vrai travail. Complètement contraire aux nouveaux programmes !
Satisfaction. Dernier regard sur le musée de la classe : une mâchoire artificielle de T-Rex, une tonne de coquillages, une médaille de judo, une "pierre noire trouvée dans une vigne", une arête de poisson, un fossile d'huître... Derrière la vitre, un chat passe. Comme issu d'un autre monde.
Déplacement de piles de cahiers. Translation de la mappemonde. Je la garde un moment entre les mains. Je tiens ainsi le monde rond, qu'aiment tant faire tourner les enfants.
La sonnerie retentit. Le coeur bondit. Léger regret. On se prépare dans un soupir au tourbillon.
Je ne verrai plus tout cela, de toute la journée. Je ne verrai plus que ceux pour qui tout cela existe.
Parfois, pourtant, le chat repassera derrière la vitre.

17 mars 2008

L'Alice d'Amedeo

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14 mars 2008

Petite

L'enfance fut merveilleuse, peuplée de galets polis, pissenlits, colonnes de fourmis, loupes flambantes, soleil regardé en face, poudre d'ailes de papillons, scarabées dorés, fissures de murs scrutés jusqu'à gouffres, sous les pierres vers et scorpions humides, queues de lézards coupées, repoussées paraît-il, cyprès odorants, ricochets et œufs dans l'eau, secrets forcenés, enterrements d'oiseaux...
 
La suite de ce petit texte, intitulé Petite, se trouve sur cette page :
 
http://www.autour-des-auteurs.net/magazine/magazine_n7.html

 Le plus fantastique de l'histoire est qu'elle a été mise en voix par Nat Yot.

C'est tout à fait étonnant d'écouter l'un de ses textes lu par une autre. C'est une expérience inédite pour moi. Comme s'il s'agissait du texte d'une autre.
 
L'écriture recèle décidément des surprises inattendues, comme des trésors cachés.
 
Je remercie infiniment toute l'équipe de rédaction du magazine d'Autour des Auteurs du Languedoc-Roussillon, qui fait un travail considérable et merveilleux.

12 mars 2008

Droit de réponse

1838077539.jpgLa fille qui dort fait encore parler d'elle.

Cette fois, c'est sur le site de l'Association Nationale de Narcolepsie Cataplexie et d’Hypersomnie Idiopathique (ANC). Monsieur Marcel Rousseau, psychologue-clinicien, a décortiqué mon roman. C'est ici.
 
Je suis vraiment heureuse que mon histoire semble avoir de tels échos de justesse, quant aux ressentis des jeunes narcoleptiques. Je remercie chaudement Monsieur Rousseau pour avoir exprimé cet avis.

J'aimerais cependant préciser, car souvent la confusion est faite, que je ne suis pas spécialiste de la narcolepsie-cataplexie.
Je "ne" suis "que" romancière, et si mon roman sonne juste, c'est par simple empathie envers un ami, qui n'a en aucun cas joué le rôle de conseiller technique. Je l'ai juste regardé vivre, durant quelques temps, il y a longtemps.
Comme il n'est pas du genre à s'épancher, et que d'autre part je n'avais pas envie de lui poser certaines questions,  j'ai juste imaginé ce que j'aurais ressenti à sa place.

(Son blog : http://narcolepsie-cataplexie.blogspot.com/)

Bien entendu, j'ai eu un souci d'exactitude, pour rendre mon histoire crédible. Les blogs personnels m'ont beaucoup aidée. J'ai particulièrement apprécié celui d'Annie, charmante québécoise que j'ai fini par contacter pour en savoir plus (http://membres.lycos.fr/vienarcolepsie/). Elle m'a été d'une aide précieuse.
Au final, mon héroïne, Johanna, est une adolescente narcoleptique qui n'existe pas du tout en réalité : elle est le produit de plusieurs personnes, plusieurs témoignages. Et, même si je ne suis pas narcoleptique, y est distillé aussi un peu de moi.

A un moment de mon histoire, mon héroïne participe à un séjour organisé par une association, que, délibérément, je n'ai pas nommée. Volontairement, je ne me suis pas renseignée sur la réalité des séjours organisés par la principale association française de narcolepsie, que je n'ai d'ailleurs pas contactée, encore volontairement. Mon objectif n'était pas de décrire la réalité d'une association. Je n'en avais tout simplement pas envie, et je n'y étais nullement obligée. Et pour servir mon propos, pour que mon héroïne avance psychologiquement dans le sens désiré, je voulais que ce séjour se passe comme je l'ai décrit. Il s'agit d'un roman, non d'un documentaire.

D'autre part, si en appendice je remercie l'association ANC, c'est parce que j'ai utilisé un texte présent sur leur ancien site (bien visible en page d'accueil). Monsieur Rousseau regrette que j'aie utilisé ce texte désormais obsolète, la science ayant progressé.
J'ai écrit cette histoire il y a quatre ans, voire davantage, je ne sais plus. Elle a été acceptée par la maison d'édition il y a plus de deux ans. J'ignorais que depuis le site avait changé, et que ces informations étaient dépassées. Juste avant ce qu'on appelle "le bon à tirer" (après lequel on ne peut plus rien changer au texte), il y a donc presque deux ans, je m'étais assurée que ce texte était encore présent sur Internet, ce qui était le cas (il y est d'ailleurs encore, même s'il est précisé en bandeau qu'il s'agit de l'ancien site). Je suis bien désolée pour ces imprécisions. Les contraintes de temps en édition ne permettent pas de coller au plus près de l'actualité. Mais monsieur Rousseau rectifie parfaitement cela.
 
J'aimerais enfin ajouter qu'au-delà du cas particulier de la narcolepsie, mon objectif large, didactique s'il en est, était de raconter une histoire initiatique d'acceptation de soi, qui peut enrichir, je l'espère, la vision du monde de n'importe quel adolescent, narcoleptique ou non. 
 
Voilà, c'était juste mon droit de réponse à une critique par ailleurs très constructive et très fouillée. J'en remercie son auteur.

Je signale qu'est mentionné sur la même page l'excellent roman de Jonathan Coe : la maison du sommeil. N'hésitez pas à le lire...

07 mars 2008

Monsieur Pontilairderien

1207351731.jpgAh, si toutes les animations pédagogiques pouvaient ressembler à ça ! Nous on a eu droit à 3 heures en compagnie d'Yvanne Chenouf, qui a travaillé durant 4 ans sur l'oeuvre de Claude Ponti.

C'était tout simplement brillant.

Certes, il s'agissait de son interprétation toute personnelle, mais comme toute interprétation, après tout. Ce qu'elle a quoi qu'il en soit réussi à démontrer de façon magitsrale, c'est que l'oeuvre de Claude Ponti est foisonnante, mais toujours réfléchie. Ses références se font à multiples niveaux. Cela peut aller jusqu'à Roland Barthes ou Jean Tardieu (Monsieur Monsieur), sans oublier Alice au pays des merveilles ou les fables de la fontaîne, ni Shakespeare, avec des détours constants par le jazz ou encore les oiseaux de Messian. Ces clins d'oeil ne s'annoncent jamais, se laissent deviner comme des plumes dans un coin de page ou un nom de personnage.

Ce qui m'a beaucoup touchée, c'est aussi son approche de l'enfance, loin d'être mièvre. Lui-même ayant vécu une enfance particulière (comme toutes les enfances cela dit...), il n'hésite pas à parler d'enfants mal aimés (Okilélés), reniés, pauvres, battus, ou encore murés sous l'évier. Pourtant, ça n'a l'air de rien, par le biais de ces animaux rigolos. La fin n'est jamais idyllique.

A la fin, rien n'est changé. Ponti parle de résilience possible à des enfants dès l'âge de trois ans.

L'un de ses albums, La nuit des zéphirottes, parle même de la seconde guerre mondiale, et du fascisme en particulier. L'air de rien.

Il raconte tout cela avec le vocabulaire des enfants, leurs mots déformés, leurs chaînes sonores sans découpage des mots. C'est déroutant, jouissif, merveilleux.

Ponti dit lui-même de ses albums : Mes histoires sont comme des contes, toujours situées dans le merveilleux, elles parlent de la vie intérieure et des émotions de l'enfance, ainsi chaque enfant peut-il mettre ce qu'il veut dans les images : les personnages et les rêves qui sont les siens.

Chaque enfant, mais aussi chaque adulte. N'est-ce pas, madame Chenouf ? 

05 mars 2008

Le chocolat magique

Tirelire est une collection pour très jeunes lecteurs (6-7 ans), aux éditions Averbode, sises en Belgique.

Cela fonctionne par abonnement : chaque mois un petit livre. 

Pour les enseignants, des fiches de lecture et de grammaire (pas encore en ligne pour mon histoire mais à venir) sont disponibles ici.

Et en ce mois de mars, l'une de mes histoires réchauffe les petits lecteurs avec un chocolat chaud :

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Les illustrations, de Laurence de Kemmeter, sont très douces et oniriques, en parfait accord avec mon texte.

Je suis vraiment ravie du résultat.

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 Et ravie, aussi, car c'est la première fois que je publie une histoire accessible à l'âge de mes propres enfants. Je la leur ai lue hier soir et c'était merveilleux de les sentir captivés de bout en bout. Quel bonheur !

02 mars 2008

Bloub

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Où il est question d'un film issu du roman Oils écrit par Upton Sinclair (pas pour la jeunesse, mais pourquoi pas pour ados ? Au diable les clivages).
Ne tournons pas autour du derrick : j'ai adoré.
Saluons pour commencer le bon sens, pour une fois, des exploiteurs français qui n'ont pas traduit le titre en français. Imaginez la cata s'il s'était appelé un truc du genre ça va saigner. Inutile de préciser qu'il faut aller le voir en VO, hein.
Non, dans There will be blood, on entend le bloublou de tous ces flux : sang, sueur, eau, pétrole, boue, larmes, amour, eau bénite, haine.
Depuis l'assassinat de Jesse James, je suis à nouveau émerveillée par certains amerloques. D'abord, comment fabriquent-ils de si brillants jeunes acteurs semblant issus de nulle part ? L'assassin de Jesse James et le prêtre de Little Boston sont de la même trempe, bon sang, ils sont même pas beaux et moi ils me donnent envie, chacun, d'embrasser leur présence charismatique.
Dans les deux cas, on les a confrontés à deux géants qui ont fait leur preuve et sont loin de se démentir : Brad et Daniel n'ont jamais été si merveilleux de justesse, frottés à ces blancs-becs aux regards inquiétants d'intelligence sournoise. Leurs personnages n'ont rien de manichéen, on en jubile de réflexion complexe.
On ne vous aura pas menti : il y a du sang, mais pas tant que ça. Le sang, on le voit surtout dans les regards injectés de, dans les plaies de la terre qui saigne noir. Après, ce sont les corps. Oui, après le sang les corps.
J'aime ces films où les corps sont en jeu. C'est pour ça que j'ai beaucoup de mal avec certains films trop statiques, on a le sentiment que les humains n'ont plus que des pensées sans corps. Les américains ont au moins compris cela bien avant nous : si on montre des images qui bougent, autant montrer des corps qui bougent. Ca n'a jamais empêché les pensées ou sentiments, bien au contraire.
On sourit parfois comme dans Don Camillo, mais c'est mille fois plus âpre et violent. On ne rit plus du tout, on est saisis, scotchés sur son fauteuil, et pourtant giflés nous aussi, traînés par les cheveux dans la boue et le pétrole, puis aspergés d'eau du diable. On jubile encore, sans savoir pourquoi, de tant de violence. C'est qu'on s'y reconnaît. Ca fait du bien, bon sang, combien de films osent nous bousculer ainsi ? On est bousculés et diablement contents de l'être. Des corps qui vivent et se touchent, même si c'est pour se faire mordre la gadoue, comment n'a-t-on pas compris avant que c'était ce qui manquait au cinéma ? On regarde ces corps noirs aux membres tendus vers le ciel comme des ailes de gabians mazoutés, ce prêtre évangélique possédé qui tournoie autour de Daniel en hurlant calottant secouant se baissant se levant les quatre membres comme tirés par des ficelles hantées. Tout se mélange : l'amour la haine la croyance le jeu l'hypocrisie sincère. Chacun des deux personnages se jette l'un sur l'autre par orgueil et compétition, dieu et le pétrole ne sont plus alors que des prétextes, on se bat suivant les codes de ceux qui nous regarde, même dans la violence on ne les oublie pas mais c'est tout autre chose qui se joue, seuls les adversaires le savent. Ceux qui sont au spectacle en extase : manipulés dépassés par ces luttes de pouvoir.
Magistral, je vous dis.
Et puis il y a l'enfant.
Il y a toujours et puis l'enfant, dans toutes les histoires on le trouve, derrière ou devant l'homme qui marche ou parfois court vers sa destinée. L'enfant instrumentalisé aimé, blessé abandonné retrouvé, jouet du destin de l'homme. Indispensable pourtant à l'homme. Homme meurtri de ne plus être entendu par celui qui est le plus proche, plus meurtri par cela que par la compassion face à l'enfant qui n'entend plus. N'étant plus entendu, plus écouté, il ne croit plus en l'humanité plus en rien.
Ne reste plus que l'ennemi farouche. Si celui-ci en vient un jour à s'écrouler aussi, il ne restera plus rien. Ni dieu ni homme.

Les lumières rallumées dans la salle de cinéma, celui qui m'a accompagnée reste encore un moment immobile, et, lui qui connaît bien le milieu de l'exploitation pétrolière, marmonne stoïquement : rien n'a changé.

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