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25 février 2008
Le bonheur
Le bonheur qui devrait être une large route vers l'avenir, se trouve être une expo de photos anciennes. Il devrait être de mille couleurs et il est en noir et blanc.
Le bonheur, c'est vrai, je l'ai éprouvé lorsque j'ai promené mon fils en vélo, lui sur le siège enfant à l'arrière. Je n'étais pas en sépia pourtant, et l'air printanier que je fendais sous le cri des oiseaux gonflait la voile de mon coeur. Mon fils sur le siège à l'arrière disait : chuis un garçon, moi, et contente, moi. Oui oui Ange, tu es un garçon contente, je t'aime mon bout de chou, même si ces temps-ci j'ai quelque pulsion meurtrière envers toi.
Je l'imagine fonçant roulant dans quelques années sur cette même route vers ses copains, heureux d'être là, de fendre l'air qu'a fendu sa mère, heureux d'avoir un corps qui bouge et pédale. Lui vivra le bonheur à mille pour cent au présent puissance un milliard. Moi, comment vivrai-je alors le bonheur ? A travers lui ou à travers le souvenir de moi que j'aurai à travers lui ? Car oui le vélo c'est l'enfance, celle de nos enfants et la nôtre, on a tous ressenti ce bonheur de rouler en trombes en se disant : c'est donc ça la liberté ! Je veux la connaître plus grande encore, ah ben oui c'est ça, je veux grandir pour en dévorer davantage.
Le bonheur adulte devrait être aussi simple que ces tours de vélo. Il l'est d'ailleurs, si l'on veut bien se détacher de ses nostalgies. Nous, on va repeindre notre vélo d'une couleur pimpante, de cette peinture qui brille et éblouit, on va l'enfourcher, régler les vitesses et rouler le plus vite possible vers le soleil, histoire de grandir encore, on n'en a jamais fini. C'est la roue de la vie.
La prochaine fois, je vous parlerai du bonheur enfantin de se prélasser après avoir nagé dans la mer à perdre haleine.
20 février 2008
Quelque baume au coeur
Une fois n'est pas coutume, un peu d'autopromotion, hein !
D'abord voici l'affiche de Livre, mon ami, le prix du livre jeunesse de Nouvelle-Calédonie pour lequel est préselectionnée ma Guerre des Vanilles (si vous cliquez sur l'image vous vous retrouverez sur le site idoine) :
Et ensuite, on me signale, sur le blog d'une visiblement grande lectrice, une très bonne critique de La fille qui dort. Merci, chère Lily, ça fait chaud au coeur !
C'est ici : http://lily-et-ses-livres.blogspot.com/search/label/Hinck...
15 février 2008
Ah, écrire comme Gould jouait...
10 février 2008
Ne nous privons pas de beauté : écoutons aussi le frôlement du tissu
Plis
Je pense à un personnage, ce serait une fille, pas de celles dont on parle dans les magazines, elles n'existent pas ces filles-là, on les fabrique, juste. Ce serait une fille comme nous, comme la Camille de Fred Vargas, de celles qu'on ne verra pas tricoter des doudous rigolos et les vendre sur blog, pas de celles qui font du achteting (ah bon on dit shopping ?), pas de celles qui portent des pantalons serrés en bas, quelle idée, pas de celles qui ne vivent que pour les hommes, j'en suis désolée, les hommes.
Cette fille-là, elle se dessine dans ma tête, peu à peu. Ce ne sera pas moi, ce sera un de ces personnages dérangé par l'écrivaine, je me ferai pourtant la plus petite possible, promis. Elle ne serait pas d'une beauté qui tue, elle aurait cette beauté à nous filles ordinaires, juste la lumière dans le regard. La démarche souple, elle ne porterait pas de talons à ses chaussures. Mais elle aurait des plis dans l'âme, des plis et des replis, un millier peut-être. Chaque pli se défroisserait légèrement sous les mouvements de l'âme, à la manière d'un accordéon, et cela lui ferait échapper un souffle entre ses lèvres, une musique à elle que n'entendrait que celui qui l'aime. Car elle serait aimée, Laurène, oui elle s'appellerait Laurène, elle serait aimée, mais par un être compliqué. On n'aime pas les êtres compliqués, se dirait Laurène. Sa quête, ce serait une vie simple, juste simple, qui coulerait de source. Elle ne saurait pas encore que les sources se tarissent ou finissent saumâtres. Elle feindrait d'ignorer que ce sont les flux et les reflux qui font la vie, les courants, les torrents et les grandes rivières.
Laurène ne voudrait pas voir cela. Laurène se réfugierait dans les belles phrases, repousserait celui qui l'aime tant, elle aurait peur de tant de pureté, tant de sincérité, elle trouverait ça anormal, anachronique, effrayant.
Son truc à elle, ce serait les vitres, les cadres et les miroirs. Son boulot à elle, ce serait de les couper sur mesure, de voir passer de magnifiques reproductions de tableaux, qu'elle serait chargée d'encadrer et vitrifier. Donner des limites à la beauté, instaurer une surface vitreuse entre elle et la beauté, voilà ce serait cela son travail. Parfois il faudrait couper un miroir, dans lequel elle se mirrait auparavant. Elle trancherait dans son reflet, sans le moindre regret. Peut-être qu'elle ne se verrait pas, au fond.
Le garçon qui l'aime, ce serait peut-être un gardien de musée, ou un forain qui possèderait un labyrinthe de miroirs, ou un photographe, ou encore un peintre. Il serait alors fameux, genre Picasso, il la contemplerait comme ça et se dirait elle croit que pour elle je ne suis rien, mais je sais bien que je compte, je vais l'en persuader, peu à peu, très doucement avec infiniment de douceur. Alors il irait courir sous la pluie pour oublier qu'elle croit que pour elle il n'est rien, il lirait des poètes sublimes et n'y trouverait aucun réconfort, tant pis tant mieux au fond c'est celui qui aime qui vit le plus intensément. Ce serait lui le plus heureux.
Elle, elle coupe la beauté.
Voilà, ce serait un peu ça, je crois, oui. Je réfléchis aussi à un jeune garçon d'une quinzaine d'années fou amoureux d'une fille et de peintures, le tout lié, il serait extrèmement fou et extrèmement amoureux comme on l'est à 15 ans, ce serait extrèmement beau.
Comme toujours, oui, c'est une quête de beauté, c'est une question d'apparences, au fond, sous un ciel gris et noir et moutonneux, où les étoiles sont cachées.
09 février 2008
Merci
06 février 2008
Notre espace
L'excellentissime maison d'édition des 400 coups a désormais son espace sur Myspace, et c'est ici :
http://www.myspace.com/les400coupsfrance
On peut y trouver toute l'actualité des 400 coups en France : les nouveautés, les titres à paraître, les dédicaces, les salons auxquels ils participent...
Moi, chez eux, j'ai publié La Fille qui dort, et j'espère d'autres projets en cours et à venir. C'est quand même très chouette d'être fière de la maison d'édition chez qui on est publié. Souvent, les sentiments sont mitigés, mais là, je trouve leurs choix, tous sans exception, vraiment très audacieux, pertinents, de qualité (sans parler de moi, hein, un peu d'humilité tout de même !)
03 février 2008
Bousculée
Soudain, je me sens bousculée. On me regarde comme si l'on se méfiait des miracles que je ne pourrai pas accomplir.
Soudain, les mimosas sont plus jaunes et odorants. Les couleurs plus franches, les traits plus naïfs, les dessins superbes de simplicité.
Soudain, je passe le nez plus près du sol, je dois trouver des stratégies pour me baisser sans malmener mon squelette.
Soudain, les êtres que je côtoie le plus souvent tournent cent fois autour des platanes, ramassent des cailloux et les polissent comme des trésors, observent des feuilles tombées à terre, errent avec des trajectoires inattendues et sans but, en confectionnant des pompons, en scrutant les ombres que font les branches dans le ciel.
Soudain, les mots que je lis sont malhabiles mais sincères, appliqués et forcenés.
Soudain les petits doigts se plient en égrenant des comptines.
Soudain, on me dit bonjour madame.
Mais on me dit aussi je t'aime maîtresse.
On m'offre des fleurs mauves, avec des sourires à fendre la terre.
On me pose des questions essentielles comme hier matin : mais comment ça se fait qu'on tombe amoureux ?
Et puis quand je reviens là, j'ai un message d'une petite Lou de 9 ans que je ne connais pas, qui m'écrit qu'elle a adoré Confidences entre filles, qu'elle est une nouvelle fan, et qu'elle espère que j'écrirai beaucoup d'autres livres.
Je me souviens alors que je suis aussi auteure, pour les enfants, ceux-là, les autres, ceux du matin, ceux que je ne connais pas.
Je me disais avant de reprendre la classe que je ne pourrai plus être vraiment auteure pendant quelques mois, mais c'est faux. Je ne cesse de l'être, je le suis même si j'ai moins le temps. Même quand je n'écris pas. Je le suis, et voilà.


