08 février 2010
Cet article ne contient aucun spoiler
Hier, j'ai enfin vu Tron, THE film utilisant les technologies informatiques les plus modernes, THE film dont on parle, THE film qu'il faut avoir vu. Oui, je sais, j'ai un peu de retard, mais vous savez comment c'est les petites villes, malgré des programmatrices de cinéma éclairées, on ne voit les films que plusieurs jours après leur sortie.
Je peux donc enfin apporter ma contribution au débat concernant Tron, THE film aux drôles de personnages bleus.
D'abord, quelle claque ! On n'a jamais vu ça. On est saisis par la nouveauté, on est happés par les images d'une profondeur d'une tridimensionnalité inouïe, on a le sentiment de vivre les courses poursuites et les combats mis en scène dans un environnement d'une si réelle virtualité. A la fin, on est étourdi, on peut avoir mal à la tête, tant on est si peu habitué à ça, mais ça passera vite : nous sommes des spectateurs modernes.
Sans aucun doute, ce film fera date dans l'histoire du cinéma. On en reparlera encore dans trente ans. Qui sait, dans trente ans, nous porterons peut-être des combinaisons tronesques. Qui sait, peut-être même que le cinéma essaiera de nous transporter dans un autre monde virtuel, comme Kevin Flynn transporté dans son propre programme de jeu d'échec, de quelle façon ? On l'ignore encore. Dans le pire des cas, il faudra porter des lunettes ridicules et qui font mal au nez dans les salles. Mais soyons plus optimiste sur le progrès technologique et cinématographique.
L'histoire : un héros mâle se transporte dans le corps bleu de sa propre création. Il est capturé par les autres hommes bleus qui tentent de l'éliminer en le faisant participer à de folles courses poursuites. Mais il réussit à s'échapper, parce qu'il est très très fort (c'est un mâle), et il sauvera ce monde des mains du Maître Contrôle Principal, le gros méchant humain qui veut tout contrôler. Bien sûr, une légère idylle avec une indigène bleue qui l'aidera à sauver son viril amour-propre, voire accessoirement sa vie, soutiendra l'histoire qui sinon manquerait un peu de sensibilité. A la fin, le héros choisira de rester dans cet autre monde, forcément, vue que là c'est lui le plus fort, et puis faudrait être bête aussi de vivre dans le vrai monde en être humain comme les autres, avec ses faiblesses et tout.
Bref, j'ai adoré. Vive le progrès.
PS : ceci est l'avatar d'une vraie pensée que je vous livrerai peut-être une fois endormie.
07 février 2010
Dans cette Nuit
Dans cette Nuit du Hors Sens, on ne peut plus dire je, et encore moins l'écrire. L'effet de l'écriture est toujours un effet de dématérialisation lorsqu'on recherche l'inverse.
Dans cette Nuit de l'Obscur Amour, la recherche de fusion avec l'Autre apparaît dans toute son éclatante illusion. Pourtant le trajet entre le je et le tu n'en finit pas d'être parcouru.
Dans cette Nuit du désir comme vie, l'Autre se vit plus intensément : l'objet redevient sujet. Son absence se fait douce. Sa présence, lorsqu'elle advient : aller de conserve en roue libre. Lire les gestes sans médium. Sans interprétation. Eclairs directs.
Dans cette Nuit de l'oblation, les voies qui conduisent à l'autre se résument en deux mots : "bonne nuit".
Dans cette Nuit du corps, des plumes sont imaginées tomber sur le tien flou.
Dans cette Nuit de l'oubli à la pensée perpétuelle, l'ouverture au monde est grande, la soif de rencontres inextinguible.
Dans cette Nuit palpite Autrui.
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Je voulais manifester le temps,
son changement dans la durée,
celui que montre la nature,
mais d'une manière propre à l'homme,
sujet conscient de sa présence
définie par la mort :
émotion de la vie dans la durée irréversible.
Après avoir trempé le pinceau dans le gobelet, les chiffres sont d'un blanc bien présent, mais au fur et à mesure que la peinture se raréfie sur le pinceau, ils deviennent de plus en plus transparents sur le fond, pour apparaître à nouveau clairs et bien visibles lorsque je reprends de la peinture qui ne reste jamais la même dans sa consistance; de temps en temps j'ajoute quelques gouttes d'eau dans le gobelet si elle me paraît trop épaisse pour bien l’étaler, ou au contraire, quelques doses de peinture si elle me semble trop liquide.
Je réagis sans cesse à des causes externes et internes provoquant d'autres causes, m'opposant à leurs conséquences, essayant de limiter leurs différences, m'efforçant d'être rationnel par des moyens subjectifs dans ce processus. Mais cet effort est très limité, ne serait-ce que par le fait de ne pouvoir revenir en arrière et de me laisser tenter de corriger ce qui a déjà eu lieu, en couvrant par exemple les chiffres d'une autre couche de blanc, alors qu'ils me semblaient trop perdus dans le fond; ce serait la négation de non retour, comme dans la vie qui est non comme elle devrait être dans sa perfection mais comme elle est dans sa réalité.
Je suis privé de toutes les possibilités de diriger le résultat naturel, presque "organique" par mes différents états psychiques et les conditions physiques qui les accompagnent pendant la réalisation du programme, (étapes courtes à l'échelle de mon biorythme, avec des forces nouvelles au début de la journée, les yeux reposés, l'esprit calme, état qui peut se lire dans l'écriture droite, passant après des heures et des heures de travail à une fatigue bien marquée qui se manifeste davantage au cours de longues séances se prolongeant jusque tard dans la nuit, laissant voir dans un tracé quelque peu tremblé, des chiffres plus grands et pourtant moins lisibles, en même temps que le reflet de mon épuisement).
J'arrive par ces transformations à de larges mouvements variés qui s'impriment sur les Détails auxquels s'ajoutent les variations des semaines, des mois sur le même tableau et sur tous les Détails, les modifications des années dans des étapes plus longues, voire des décennies : phénomènes dus en partie à certaines dégradations physiques liées au vieillissement, et au fait conscient du principe prévu de mon programme...

06 février 2010
Eleven AM
Hier j'ai raccommodé les poches de mon manteau. Enfin mes clés ne tomberont plus dans les méandres mystérieuses de la doublure.
Mais rentrer chez moi n'aura plus la même couleur.
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Il faut parler des fenêtres fermées, l'hiver. Combien d'hommes chuchotent au secours là en bas sans qu'on l'entende jamais ?
Soudain consciente de cela, au terme d'un dilemme hulotien, je pèse l'humanité puis l'économie d'énergie. Hommes avant planète ou l'inverse ? Ma balance Roberval se met à pleurer. J'enfile un pull, et j'éteins la chaudière. Puis j'ouvre les fenêtres toutes les dix minutes, estimant à cela à peu près la fréquence probable de l'arrivée d'un drame dans une rue peuplée d'environ deux cents habitants, sachant que dix passants y passent en moyenne à la minute, trois voitures, deux motos, quatre vélos, un rat, quelques cancrelats.
La nuit, tout est désert. Mes statistiques s'écroulent aussi bien qu'un pourcentage Sofres. Je n'ouvre pas les fenêtres car les drames sont alors intimes et silencieux. Je rallume le chauffage car j'ai le sommeil froid.
Cette nuit, pourtant, j'ai entendu crier. Mais je dormais à quatre-vingt pour cent de mon inconscience, et je n'ai pas su discerner s'il s'agissait d'un rêve ou de la réalité. Les fenêtres étaient fermées ; la chaleur de mon lit m'a murmuré : ce n'est qu'un rêve. Et puis tout va bien dans la ville ! me martelait le souvenir des chiffres obscurs de la cellule de casse du service de la vraie vie publique des vrais gens qui meurent doucement.
Je lirai cependant fébrile ce matin la rubrique des chiens écrasés.
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05 février 2010
Déplacements
Un nouveau né dans la blogoboule : http://auxlivrescitoyens.over-blog.com/
Tentative de blog vivant.
Tout commentaire, donc, de chacun, même (et surtout) s'il vit loin du lieu des rencontres, est bienvenu.
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Sinon énormément de travail ces temps-ci, bonheur d'un travail commun, de couleurs communes, et en d'autres lieux échanges de réflexions concernant une nouvelle écriture du dehors, de l'altérité, du fragment, voire du copeau. En tout les cas recherches.
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Celui
Qui ne dit rien
a perdu ses mots
avant même que de naître
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Depuis trois jours me trotte dans la tête une façon de parler du déplacement des enfants. Parce que constatation : ma fille de neuf ans a cette façon de sautiller sur un seul pied avec l'autre qui le rejoint sans cesse (très difficile à retrouver et donc à décrire, je vous le dis, j'ai essayé). Mon fils de cinq ans lui saute à deux pieds ou bien court. Il marche très rarement.
Note ici donc : ne pas oublier d'en parler quelque part.
Cela rejoint un peu l'idée des lignes d'erres observées par Deligny chez les autistes.

Hanche brisée
par ma fenêtre
les branches
qui ne se fatiguent pas
d'avoir à supporter
le ciel.
Celui qui ne dit rien
épluche les pommes de terre
Il en éplucherait
jusqu'à ce soir et jusqu'à demain
si le tas ne diminuait pas.
Le regard de qui
ne se dit rien
faute de qui
pour se dire.
(Deligny)
03 février 2010
Discrétion, disais-tu

Murali
Dimanche instantané, ou presque
Vacances sur place
sourd aux cris
aux piétinements partout
Plus d'interceptions
et un durable, incessant circuit
soustrait aux arrachements
Une grande communion
Où ? Comment ? On ne s'en soucie pas
un préalable, on y est,
un préalable à une plus grande communion encore
à une communion qu'il sera impossible d'arrêter
de suspendre en aucune façon, d'atténuer, d'oublier
Retrait enchanté est devenu l'épanouissement enchanté
sans cérémonie
sans applaudissement
accomplissement des accomplissements
avec l'acquiescement, le complet acquiescement
du coeur repris, retrouvé, recueilli
et tout autour de lui conjointement recueilli
résurrection de la capitale
une dalle une dalle sans fin, sacrée (?)
comme une apesanteur
loin des barricades
du frivole
traversés plafonds, planchers
et finies dissipées les répulsions.
Henri Michaux
01 février 2010
Qui vit là ?

(Donata Wenders)
L'histoire de Pierre
Ces derniers jours grandes bouffées de VIE en blocs très denses. Retour du soleil.
Désirs de poésie du dehors et de jambes qui courent. Grands cris.
VIE, pourtant, étrange, j'ai soudain eu, hier, très envie d'écrire une histoire dont le héros serait minéral. Peut-être parce qu'il dort dehors.
Le pire, c'est que je vais le faire.

(Message pour Pascale : c'est mon plan de carrière ! Oui, oui, encore un jeu de mots)
30 janvier 2010
Bon, comment ça marche ?
29 janvier 2010
Procheloin
L'amour et la peur, le proche et le loin, le fort et le da, la neige et sa fonte, la balle qui rebondit, la jouissance de la feuille qui se déchire et les encore dans les hoquets de rire, les je t'aime et aime-moi, les je t'aime et laisse-moi, les ne m'aime pas mais reste là, l'attente sans oubli et l'oubli sans attente : tout contenu dans l'image de cette enfant nous tournant le dos assise sur le muret, courbée par le poids du cartable, natte serrée, seule dans ses pensées, seule dans l'attente de sa mère. Bouleversante attente de la mère. La mère s'approche dans son dos, l'enfant ne la voit pas. Bouleversante approche de la mère. Un monde se crée dans ses pas. Un monde dans le dos de l'enfant qui en rêve un devant, mais supplie sans savoir l'attente du bruit des pas. La balle rebondit, une feuille est tendue, la distance s'annule, le silence s'éteint avec les rêves de l'enfant. La mère pense à l'amour. Toutes les amours. Da. La mère est là. Une tension se brise. Balle dans la main, feuille abandonnée à terre. Ritournelle achevée. Neige fondue dans la bouche.


(Egon Schiele)
28 janvier 2010
Conjugaison
J'écoute ton silence.
Ecoute mon silence.
Ecourtons nos six lances.
Présent
Elle lui donne son silence.
Elle pense fort : s'il te plaît, écoute-le. Sois là pour lui.
Quelque coquetterie schizophrène
Eh bien si, aujourd'hui je vais déjeuner avec une écrivaine (musicienne, chanteuse, très belle fille) avec qui je partage un joli projet plein de flocons de neige. Il est bien parti pour voir le jour, un jour. Histoire de rencontres.
Encore des contrats, hier. Janvier saison des contrats, c'est comme ça. Peur et bonheur : est-ce bien moi qui paraphe et signe ? Dédoublement : celle qui écrit, et celle qui publie. Celle qui est libre, et celle qui s'engage. Je réalise ensuite que cette année sera riche en publications. Pourquoi alors ai-je toujours cet inconfort, cette sensation de ne jamais avancer, ne jamais rien faire ? Pourquoi, pourquoi ? Parce que cela n'a strictement rien à voir : création et publication. Temps différents, objectifs différents. Et le temps de création, étrangement, s'oublie, se dilue dans l'invisibilité. Reste alors, mais beaucoup plus tard, et dans le meilleur des cas, un objet-livre, étrange et beau, dont la vie nous échappe, qui n'est plus à nous, dont on a oublié les mots. Aussi, je crains de virer complètement schizo, ces temps-ci.
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Le maillot de bain est l'un des coups de coeur de la librairie Du vent dans les pages, dans les Pyrénées. Oui, il est bien de moi. Oui ? Oui.
27 janvier 2010
Envers, endroit, fils d'astre tendus, étoiles, cercles, arabesques et tourbillons, fuites, couleurs, toi, iot et oim, fugue, nuit éclipsée : bouleversement.

26 janvier 2010
Toute photographie est cette catastrophe

Beaucoup hésité à "placer à la place" de cette photo une autre extraite du même ouvrage : celle du jeune Lewis Payne, photographié en 1865 dans sa cellule en attendant sa pendaison.
Voici le texte de Roland Barthes, dans La chambre claire, qui accompagne cette photo que je ne poste pas :
En 1865, le jeune Lewis Payne tenta d'assassiner le Secrétaire d'Etat américain W.H. Seward. Alexander Gardner l'a photographié dans sa cellule; il attend sa pendaison. La photo est belle, le garçon aussi: c'est le studium. Mais le punctum, c'est: il va mourir. Je lis en même temps: cela sera et cela a été; j'observe avec horreur un futur antérieur dont la mort est l'enjeu. En me donnant le passé absolu de la pose ( aoriste ), la photographie me dit la mort au futur. Ce qui me point c'est la découverte de cette équivalence. Devant la photo de ma mère enfant, je me dis: elle va mourir: je frémis, tel le psychotique de Winnicot, d'une catastrophe qui a déjà eu lieu. Que le sujet en soit la mort ou non, toute photographie est cette catastrophe.
Je ne poste pas cette photo car elle est trop belle et le garçon est trop beau. D'une certaine façon, par sa beauté, il va trop mourir. Ce n'est pas soutenable. Pour moi, le studium et le punctum sont en trop nette opposition. Si la catastrophe de la photo est un chef d'oeuvre, je ne me sens pas le droit de l'exposer pour autant ici. Car c'est avant tout une catastrophe.
Alors cette autre photo ? Le petit chien est mort.
Cela, c'est certain. Peut-être aussi le petit garçon. Mais ils ne sont pas consciemment dans l'attente de leur mort. Ils ne nous regardent pas avec leur mort dans les yeux. Parce qu'ils ne savent pas, ils retiennent. C'est alors soutenable. Mais tout de même bouleversant. Pour moi, le punctum de cette photographie, c'est la ficelle que l'on voit dépasser, qui sans doute retient le chiot. Le garçon ne va pas emporter le joli chiot. Il devra le laisser, peut-être à ce personnage qui attend derrière. Ou bien c'est lui qui devra suivre cette personne en laissant le chiot. Ou bien le chiot lui appartient, mais il sait déjà que les humains n'aiment pas comme les chiens (ou bien l'inverse). Comme le dit la légende, il y a de l'amour et de la peur dans ce regard de petit garçon.
Mais surtout la volonté de les retenir.
Il retient vers le dedans.
Et cela, cette constatation, et l'inexorabilité de ce qui va se passer dans les minutes suivantes, c'est aussi bouleversant. Mais soutenable, car une constatation de vie.
25 janvier 2010
En minuscule

(Donata Wenders)
Sinon, j'ai encore commis un texte impossible, ni pour enfants, ni pour adultes, format trop court ou peut-être trop long, ni prose, ni poésie, ni positif ni négatif, bavard et silencieux, qui parle d'êtres qui ne parlent pas et dont on ne veut pas entendre parler : tout cela palpite juste doucement dans mon disque dur, en attente de rien.
A part ça, je n'ai déjeuné avec aucun écrivain aujourd'hui, je n'ai discuté au téléphone avec aucun éditeur, je n'ai aucune critique de livre à vous livrer, aucune idée de roman à vous révéler, cependant j'ai pris l'importante décision ce matin de changer l'orientation de ma tête de lit.

