17 juillet 2008
"C'est l'espace entre les feuilles qui fait l'arbre." Simon Hantaï

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15 juillet 2008
Ma mère est maire
En septembre sortira Ma mère est maire, aux éditions Talents hauts.
A l'origine, le titre était Ma maire, mais hélas une autre histoire chez le même éditeur s'appelait Ma mère ; il y aurait eu confusion.
J'ai hâte d'avoir entre les mains cet album, dont les épreuves sont très prometteuses. L'illustratrice, Pauline Duhamel, a dessiné d'après mon histoire des personnages tendres et drôles, j'aime beaucoup.
Voici la couverture :


21:44 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Le musée Fabre
Au musée Fabre de Montpellier, j'ai admiré l'exposition de Gustave Courbet. Saisissante. J'ai aimé ses nus de femme - bien davantage que ses multiples autoportraits imaginaires ou réels, mais où je n'ai pu déceler qu'une nature orgueilleuse -, nus voluptueux, dont bien sûr la célébrissime Origine du monde. Que l'on ne peut même pas qualifier de nu féminin, à bien y réfléchir. C'est tout autre chose. Inqualifiable, finalement. Je me suis forcée à rester devant ce tableau, à le sonder, mais c'est décidément très difficile. Le mystère reste entier.
Je poste ici le nu à la vague. Parce que j'ai autant aimé ses nus, donc, que sa façon de peindre la mer (et parce que je trouve très drôle finalement cette vision onirique de la femme à forte poitrine !) :

Le musée Fabre est rempli de trésors. J'y ai découvert bien d'autres peintres. J'ai aimé me retrouver devant la salle d'une grande fraîcheur où sont suspendus les immenses Viallat et Simon Hantaï. Puis la salle des flamands, magnifiques... Puis il paraît que j'aurais dû, dans la salle "espagnole", remarquer les Zurbaran. Mea Culpa, je ne les ai pas réellement vus, mais je dois y retourner. C'était si riche ! Impossible de tout "voir" en une seule fois.
Un autre peintre a retenu mon attention, il semble peindre des fantômes. Il s'agit d'Eugène Carrière.


17:32 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14 juillet 2008
Le miroir
Les antennes des toits semblent vouloir me montrer quelque chose. En direction du nord, elles dardent leurs doigts métalliques avec insistance. "Vas-y voir", disait ma mère. Ou bien : "montre voir". Je me souviens aussi de sa façon de ne jamais dire les r qui finissent les derniers mots d'une phrase : quat'e, mett'e. En milieu de phrase, c'est différent, elle les dit. Elle a juste envie d'arriver plus rapidement à la fin, parce que parler, c'est moins inné que penser, c'est plus indécent, les autres écoutent, tournent leur attention vers soi, et comment pourrait-elle prétendre à cette attention ?
Les collines sont encore violettes.
La période est mouvante.
Je pense à nos différences. Longtemps, je me suis demandée si les autres raisonnaient avec le même mécanisme, les mêmes rouages que moi. D'abord, ils n'avaient pas le même regard. Leurs yeux ne s'arrêtaient pas sur les mêmes objets. Cela a commencé avec maman. Son regard semblait ne jamais se poser sur quoi que ce soit de précis. Sur un magazine, si. Ou sur ses fleurs. "J'aurais voulu être fleuriste", lançait-elle dans un soupir. Je les regardais à mon tour. Elles étaient colorées, leurs lèvres aux formes diverses embrassaient des anges imaginaires ; sagement enceintes dans leur carré de terre, leurs tiges étaient soutenues par un bâton, leurs élans étaient coupés, et je me mis à rêver d'Amazonie.
J'ai, depuis, souvent, eu ce sentiment de vaste jungle dans mon esprit, face à aux jardins anglais dans celui des autres. Aux questions des professeurs, me venait une telle quantité de réponses que je n'avais jamais le temps de lever le doigt pour toutes les exprimer. A côté, un autre avait déjà répondu en une phrase claire et précise qui suscitait l'enthousiasme de l'adulte. Flûte alors.
L'école m'apprit à ranger mon esprit, et les livres à le déranger. Je ne me frottai aux autres esprits, ceux si différents du mien, que beaucoup plus tard. Toujours étonnée par les jugements tranchés, par l'assurance. Je pensais que c'était le désordre dans ma tête qui m'empêchait d'exprimer des avis aussi nets. Depuis, je sais que je visite juste trop de tiroirs à la fois. Je ne le perçois plus comme un défaut. Mais je tente de mieux remplir les étagères.
Ce qui suscite les choix de remplissage reste un mystère. C'est peut-être un projet de soi. Une image que l'on regarde, vers quoi l'on tend. Peu à peu cette image de soi se confond avec l'image du monde. Les contours de notre silhouette se dispersent, et sont portés sur les ailes des oiseaux, là, devant ma fenêtre.
Je suis peut-être devenue peu ou prou ce que je rêvais pour moi à cet instant de ma vie. Il me faut désormais un rêve plus précis et plus flou à la fois.
Je regarde les autres. J'aimerais m'approcher de ce que j'admire en eux. Ceux-là seront mes amis. J'admire tant de choses en eux, que cela devient un peu moi. Ce projet est si prégnant qu'un mot de ces amis peut faire tout basculer. Je chavire, tu chavires, il chavire, nous chavirons. La tempête est là, le cyclone approche dont ce mot est l'épicentre, il tourbillonne et broie, il fait chuter dans les abysses, il hurle que tu n'y parviendras jamais, ta jungle est trop touffue et désordonnée. Alors tout est balayé.
L'orage a tout lavé.
En plein coeur de l'Amazonie, une clairière est dessinée. Le sol en est comme lacéré. Quelques cadavres d'arbres suintent encore de sève bientôt sèche. Tu es seul au milieu. Tu regardes autour et ne vois personne. Que cette jungle qui veut hurler sa richesse. Elle veut que tu y croies, mais tu as du mal, tu es presque nu au milieu de ce désert. Tu attends qu'on vienne poser un miroir à tes pieds. Non non. Le choix des pronoms, ce choix est si déterminant. Que il ou elle apporte ce miroir. Que il ou elle te le tende en souriant. Tu ne te regarderas pas dans le miroir, mais dans ce sourire. Des larmes de douceur couleront de part et d'autre. Où elles tomberont, de jeunes pousses émergeront, portant dans leurs bourgeons des diamants qui te refléteront mille fois, plus beau ou plus belle que tu n'as jamais été. Tu auras à nouveau la force d'être toi.
Tu peux toi aussi porter ce miroir devant d'autres, accompagné d'un sourire. Ceux qui choisiront de se mirer dans le sourire seront plus grands. Et toi aussi.
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10 juillet 2008

Seules ici les questions peuvent être posées. On se place au bord des lèvres souples, pointes dans le vide, talons solidement ancrés, et on lance son questionnement du monde. On ose. On sait depuis longtemps qu'il faut se taire, que personne ne peut répondre à part soi, que toute autre réponse est violence. Mais ici on peut. Seulement le monde est poreux, et il s'amuse. Cette fois il a décidé : il sera un dragon. il crachera des flammes. Durant des jours et des jours nous soignerons les cloques de la peau, nous ravalerons les idées, nous déconstruirons une âme pour, inlassablement en construire une nouvelle. Nous retournerons près du gouffre et y hurlerons notre ego auquel on croit si peu au fond. Mais cela apaisera la gueule béante, nous lui lancerons des sucreries qu'elle avalera goulûment, et nous demanderons au premier passant de s'approcher, attendez une minute, je m'allonge, et nous lui dirons allez-y. Il nous piétinera avec rage et nous le regarderons avec reconnaissance. Nous ramperons jusqu'au bord des lèvres, et nous dirons voilà. La gueule répondra va, mais porte ce voile. Jusque dans l'amour il te faudra le porter. Tu verras au travers mais l'on te verra floue. Tu seras avec eux mais seule derrière. Ainsi protégée tu pourras avancer, épaissir le drame, poser les briques, tendre vers l'étoile. Le voile comblera tout, les trous dans la poitrine, les questions sans réponse. Un avertissement : avec ce voile, jamais de certitudes. Tu liras durant mille ans et tu ne sauras toujours rien. Les autres sembleront savoir et tu écouteras avec humilité. Tu répondras : tu as raison, même si tu l'ignores. Tu recevras les coups que mérite ton ignorance et tu les accueilleras. Tu ne te nourriras que de désirs, et tu tourneras ton regard vers le ciel, lissant le voile devant tes yeux.
08:51 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09 juillet 2008
MariTisBob
Il fait chaud mais quand même, là c'est un peu trop. Je dois avoir 54 de fièvre.
Tout est flou, je suis bloquée là, je sais même plus si c'est volontaire.
Dehors, ils nagent.
Moi je lis délire garde le lit et l'écran de l'ordi.
Il s'y passe des choses, des mots, et plus haut
devant la fenêtre, des oiseaux.
J'ai plein de travail en retard.
Plein de désirs aussi.
Plein de joie
De vie.
C'est quoi l'été ?
On est où ?
J'ai ptête chopé le palud.
Ou la dengue.
J'aimerais, je sais pas, jouer du piano.
La musique, c'est bien, on peut jouer les notes des autres.
L'écriture, c'est différent : ça servirait à quoi que je recopie les mots de Victor Hugo ? Même avec intensité ?
J'ai plus qu'à les lire et n'en faire rien de mélodieux. Ou alors vous ne vous apercevrez de rien.
Je suis tombée sur cette photo de Marilyn.

Elle sort de l'eau.
Elle fait que ça, sortir de l'eau.

Marilyn, c'est une femme qui fait rien d'autre.
Elle a aimé mais ça lui a fait une (certes très) belle jambe.
Enfin je sais pas si elle a vraiment aimé. Elle en était peut-être pas capable.
Peut-on aimer avec un tel flou dans le regard ?

Peut-être qu'elle avait constamment de la fièvre.
Elle avait 54 de température alors elle se refroidissait dans l'eau. Rien d'autre à faire que voulez-vous.
Je pense soudain à Tistou les pouces verts.

Un Ange qui est un démon.
Une Marguerite qui est Duras.
Tenez soudain je pense à Robert Redford. J'ai qu'à partir avec lui. Celui d'il y a trente ans.

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01 juillet 2008
Un Rothko comme en soi-même

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30 juin 2008
Avatars feuillus fêtés par correspondance

Oui tout le monde dit qu'il fait trop chaud, moi je dis oui mais non, non non moi j'aime, je n'en souffre pas, au contraire, je mets des robes en toile de parachute, et puis je me répète je sais mais encore ce soir les martinets passent devant ma fenêtre, rayant les nuages roses de leurs cris et trajectoires circulaires ; l'air est doux après qu'on ait tant distribué de sueur, nos corps ruisselaient, parce que oui l'été c'est les corps, y'en aura pas que dans les transports en communion pas spirituelle, des corps, faut aller dans les fêtes, la peau brûle un peu, j'aime, ça donne bonne mine.
Il me semble enfin vraiment vivre, l'été. Corps sans entrave. Corps léger qui sautille au-dessus des trottoirs. Ah mais oui, grande intensité sous les feuilles, ça grouille pendant que le monde tourne autour du hamac, pendant que les livres volatilent devant les collines violettes et les oiseaux qui dansent.
Je me laisserai engourdir par la chaleur, y'a pas à lutter, oui oui je bouquinerai sous un ventilateur, mais je travaillerai aussi, peut-être le vrai travail. La vraie vie. Enfin du temps, alleluiah dieu est bon dans sa miséricorde devant le monde qui glisse sur un panier de cerises. Paraît que ça fait des tâches indélébiles sur les beaux atlas des parents. Ca fait même pas des formes de léopards. Peut-être de singes en été.
Les léopards se forment dans ma tête, puis z'imaginez pas mais leurs griffes se retrouvent dans mon ventre. Ca rugit bon sang de bois, ça étreint le coeur qui grandit sous le soleil, c'est connu, même sans arrosage (sauf un peu de muscat).
Quelque chose de physique pour écrire, non pas dans ce sens-là, c'est l'inverse, c'est écrire qui fait ressentir quelque chose de physique, je crois. Enfin pour moi c'est ça. Au départ ça peut être rien.
On écrit parce qu'on est vivant.
Ecrire maintient la tête au-dessus de la vie, au-dessus des feuilles, d'Apollo 13 et son café lyophilisé.
Bien éveillé.
Je serai pas hors des fêtes. Etre invitée à une fête, pour moi, c'est un cadeau formidable. C'est preuve qu'on pense à moi, qu'on aime que je sois là. C'est trop d'honneur. Comment pourrais-je refuser ?
Faire la fête, c'est une façon de bouger sur son chemin, tout en marchant sur le chemin des autres, un peu, très peu, c'est vrai, mais ensuite, la nuit, on entend les écureuils et les étoiles.
Les fêtes n'ont aucun sens, comme la vie.
Les fêtes, ce n'est pas la vitesse, bien au contraire. Pour moi c'est comme faire du sur-place. C'est être immobile mais bouger quand même. C'est peut-être même ne pas vraiment vivre, mais en tout cas c'est voir, et engranger. Souvent je me laisse penser - ma faiblesse - que j'y perds mon temps (je pourrais plutôt lire un bouquin, écrire un truc, avoir une vraie discussion longue et suivie avec un ami, ah la la), mais c'est un temps creux qui m'est cher, auprès d'êtres qui me sont chers. Un temps qui crée une place en moi pour d'autres choses, ensuite. Un creux, oui. Ensuite, quand il pleut, quand l'orage passe, quand les lectures se font, quand le sens arrive, le creux se mue en assiette, qui peut enfin se remplir.
C'est rester sous les feuilles, un temps. Remplir les rainures de sourires, rires, regards pétillants, d'amitié, de danse, de musique.
Puis rebondir avec une énergie incroyable vers la vie et notre formidable imaginaire créateur, celui qui nous permet de croire que la mort c'est la vie, que l'amour c'est l'amour, et toc.
Et écrire, enfin (mon repos à moi, mon abandon, mon hamac, mon midi à ma porte, avec un quatorze heures tourné vers les portes des autres).
Les correspondances sont bien vivantes.
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25 juin 2008
Culture Internautique
Après Clarabel, Lily, c'est maintenant Florinette qui parle de La fille qui dort sur son blog !
C'est ici.
Un grand merci, Florinette. Je suis très touchée d'être ainsi lue, et que mes mots touchent à leur tour.
Je me répète peut-être, mais j'ai encore envie de rendre hommage à ces amoureux (en l'occurence amoureuses !) de la littérature, qui partagent ainsi leurs lectures sur le Net, suivant davantage leur plaisir que les influences médiatiques. Je crois bien que c'est Le Magazine Littéraire d'avril ou mai je ne sais plus, qui traitait ce phénomène, citant par exemple le blog de Clarabel, et parlant de culture indépendante.
Et là, une autre critique qui fait très plaisir, cette fois écrite par une libraire québécoise. Je ne sais pas si ça se fait, mais encore envie de dire merci !
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24 juin 2008
Par la fenêtre


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