15 décembre 2009
La machine en question


Le bien-être grâce aux oligo-éléments
C'est ce que vous répète chaque matin l'étiquette collée sur votre shampooing.
Vous enregistrez ça sous la douche, passivement. C'est comme ces publicités dans le métro.
Ne mangez pas de cheval.
Très haute protection.
Une pure merveille.
Hypoallergénique (hippo ?)
Le film de l'année.
Chacun cherche un père.
Litanies sans profondeur. Vous ne pouvez pas vous empêcher de lire les lignes en petits caractères, en-dessous. Vous interrogez les images, qui ne vous répondent rien.
Et dire que pendant ce temps vous ne lisez pas Proust.
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- Quand je serai grand, tu seras vieille. Et quand je serai vieux, tu seras morte, déclare Ange, 5 ans et demi, tout en manoeuvrant son chariot élévateur télécommandé.
Je comprends soudain pourquoi, dans les histoires de heroic fantasy, les sages ou les prophètes font souvent moins d'un mètre de hauteur.
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Que lit, en attendant le bus et pour se cacher la vérité sur les oligo-élements cette grande femme d'une cinquantaine d'années, chignon serré, rides du lion, manteau austère ?
Long John Silver, de Björk Larsson.
Ca me fait autant de bien que la décision de la duchesse de Guermantes d'aller visiter les fjords de Norvège au lieu d'honorer la saison des salons. Je suis sûre que cette femme ose même se nourrir de cheval.
Les gens du monde en furent stupéfaits et, sans se soucier d'imiter la duchesse, éprouvèrent pourtant de son action l'espèce de soulagement qu'on a dans Kant quand, après la démonstration la plus rigoureuse du déterminisme, on découvre qu'au-dessus du monde de la nécessité il y a celui de la liberté.
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(Henri-Edmond Cross : les îles d'or)
14 décembre 2009
Ca fait longtemps qu'on ne m'a pas appelée Machine
J'ai fabriqué de mes mains cette machine compliquée, aux engrenages apparents, je serais comme Charlot, une immense clé à la main, la salopette et le visage enduits de cambouis, j'ai tout mis au point, tout roule comme sur des roulettes, et voici mesdames messieurs en avant-première mondiale la machine à égrener les jetaime. Je n'aurais pas dû l'avaler.
Désormais ça me prend n'importe quand et c'est n'importe quoi. Ca me vient pendant les courses, durant les promenades, à la piscine (ça fait alors un peu bloub, et je coule, je suis déjà morte trois fois), et même pendant le ménage. La machine tourne, et dépose dans ma bouche ces mots-là comme les pièces d'or ou les couleuvres dans les contes. J'essaie de les ravaler, mais il reste peu de place avec cette usine en moi. Il faut dire que ses rouages me réchauffent par leur frottement incessant, ça turbine là-dedans. C'est assez confortable : ça leste. Pour une fois que mes pieds touchent le sol. Vous avez remarqué combien ma poignée de main est plus ferme ? Ah ça pose une femme une machine à égrener les jetaime comme d'autres effeuillent les marguerites. Stupide cette histoire de pétales : ça s'envole. Moi je goûte les flaques d'huile brûlantes au fond de mes tripes, vous ne pouvez pas savoir combien c'est bon. Un jour, je serai robot trépassé.
Orsay en vie
J'aime les documentaires (sauf animaliers, à l'inverse de mes enfants). Celui-ci, emprunté à la médiathèque, m'a beaucoup plu.
Sandra Kogut demande à des passagers, au musée d'Orsay, de choisir l'une des oeuvres pour poser devant. Ce n'est qu'un prétexte pour déambuler dans le musée, et révéler combien l'art se mêle à la vie.
Chaque personne choisie est tour à tour drôle et émouvante. Fantastique personnage que cet homme au regard pétillant de malice qui raconte qu'il a vécu le tableau des glaneurs, avant d'énumérer toutes les cartes qu'il possède (cartes d'entrée aux musées, carte orange, carte de piscine), puis révéler sa passion : observer les visiteurs du musée, et surtout leur façon de poser les pieds. A dix heures dix ou pieds rapprochés, avec ses propres chaussures qu'il a ôtées et posées sur un banc, muni d'un mètre de couturière, il nous fait une démonstration tout à la fois sérieuse et amusée. La marche révèle l'homme.
Emue avec cet homme bouleversé devant Camille Claudel implorante (la sculpture L'âge mûr). L'oeuvre d'art rappela à cet homme tout le destin tragique de Camille, jusqu'à l'émotion la plus pure. Qu'est-ce qui me bouleversa à mon tour ? Camille ? L'homme qui pleure devant la condition de cette femme ? (excusez-moi, c'est ridicule, ajoute-t-il) L'oeuvre elle-même ?
C'est toute la force de ce documentaire : parvenir à montrer en 52 minutes combien une oeuvre vit par celui qui l'a créée, celui qui la regarde, et aussi par le lieu où elle est exposée, et par les autres oeuvres qui les cotoient (d'où le désir de ce peintre amateur d'exposer ses tableaux devant une oeuvre de Cézanne, le plus grand selon lui, juste "pour voir").
Une démonstration humble et riche d'un art vivant, pour tous, à toute époque.
Brillante idée d'ailleurs que celle de ces jeunes : devant ce tableau de Toulouse-Lautrec, écouter du rap et danser. Etonnant comme cela fonctionne.
L'art, la vie...


13 décembre 2009
But it don't matter
12 décembre 2009
Lumière vivante

(Basilique de Conques - Soulages)
11 décembre 2009
Immobile
Tu es absent de ce lieu second dont pourtant tu n'as cessé de fouler la frontière ombrée.
Dans le foyer de l'être, tu souffles sur les cendres de ce que tu ne souhaites pas nommer.
Je quadrille ton visage
Je fends le dos de tes mains immobiles
Quel sens prêter à la disposition des os défaits de leur chair sur le lichen de tes oboles ?
Déserté par l'amour excarné, tu accueilles les courants tièdes et le modeste froid
des arbres coupés.
Un voile a été jeté sur eux, réduisant le rêve plaintif des écorces au silence.
Tu contemples leurs racines encore mouvantes dans ton abyme.
C'est le sursaut d'une présence qui se disloque.
09 décembre 2009
Et puis soudain écrire en miroir...


Où

Etes-vous dans la maison ?
Accoudé à la fenêtre ? (Il fait chaud, votre col est ouvert, vos manches retroussées, on voit votre cou, vos poignets, et une brise légère fait bouger la mèche sur votre front, et vous regardez le ciel, dans l'élucidation des nuages).
Ou bien attendez-vous plus loin ?
Dans un autre champ, allongé sous un chêne ? (même mise, mains sous la tête, mais parfois vous fermez les yeux, et un autre paysage s'ouvre alors, un autre où l'ombrelle s'envole, les chapeaux, un autre où les coquelicots sont les points et les virgules de vos phrases. Vous soufflez souvent sur leurs pétales qui s'envolent à leur tour).
Etes-vous dans un arbre
Si ce n'est l'un si ce n'est l'autre
Si ce n'est encore l'un
alors êtes-vous
dans les pigments
dans le cadre
dans les fils de la toile
sous cette oeuvre
palimpseste
ou devant le tableau
face à lui
dos à lui
ailleurs
mais les coquelicots
08 décembre 2009
Avent

Il n'y a que ceux de là-haut qui me souhaitent encore une bonne Saint-Nicolas. Avant, ça m'agaçait. Cette année, cela avait quelque chose de doux, comme le pain d'épices sur laquelle je voyais son image. Je collectionnais les images des pains d'épices. C'étaient autant de Saint-Nicolas. Le pain d'épices fondait dans la bouche.
Je serais une bonne petite fille, pour ne pas tâter des coups du père fouettard.
Rüpelz...
Le calendrier de l'avent, c'est ce qui me reste de tout ce folklore effrayant et délicieux. Comment ? C'est religieux, pas folklorique ? Pour moi, les guirlandes s'illuminent au rythme du calendrier de l'avent. J'aime le calendrier de l'avent.
J'aime tous les calendriers, de toute façon, toutes les éphémérides. Besoin d'images quotidiennes, comme de levers du soleil, besoin de douceurs ou d'événements du jour, de petites phrases, de blagues ou de rappels de l'histoire, la grande ou la petite. Pourquoi croyez-vous que j'aime tant les blogs, les journaux ?
J'ai besoin de ces choses que l'on dit simples comme les gestes qui rythment le quotidien. C'est un monde. Un monde comme le tout, ce n'est pas rien. C'est énorme, les gestes simples. J'admire ceux qui les font, je les aime, c'est doux, ça fait du bien, c'est comme une bonne grosse couette les jours de grasse matinée. J'aimerais avoir ce don de la simplicité. Je m'essaie à cette générosité issue de toutes les mères.
Parfois, cesser de s'envoler.
Les éphémérides sont l'arrivée, adventus, du jour suivant. Cela ancre sur terre, un nouveau jour qui s'y pose ou s'y lève. Cela pose un être parmi les autres êtres, cela lui fait lever les yeux vers eux.
Le calendrier : monade du temps, sans porte, à qui on a inventé des fenêtres que j'ouvre délicatement, consciente du réconfort de l'oubli.
Netteté des fragments
Parfois besoin de netteté des choses du présent. Les voir vraiment, où elles sont, comme elles sont.
Parce que tout le reste est nulle part. On est partout. On est fait de ce qu'on nous dit, de ce qu'on lit, de ce qu'on voit, et tout est disséminé, -spersé, -semblable. Beaucoup, beaucoup de choses. Lecture d'une lettre d'Onfray à Monsieur le président, concernant Camus, la préparation de Noël,,déjà, le sapin, les cheveux d'ange, penser aux neveux, promettre qu'on ira voir son père, Copenhague, une journaliste, une journée à Nîmes à l'eau, pour mieux peut-être, je ne sais pas, un devoir blanc sur table, Paris, un café entre amis, une soirée musicale, un texte pris, un autre refusé, écriture, écriture, écriture, peur de ne pas être dans les temps, joie de pouvoir exprimer ce qui me trotte dans la tête, joie des projets en commun, lecture, lecture, amitié, peine pour ceux qui vont mal, ceux dans la perte, un automne bien triste pour beaucoup faut dire, et puis heureusement le ciel est bleu ce matin. Je pense à vous. Restez proche bien que loin.
07 décembre 2009
Ouf

C'est mieux.
Surcharge

06 décembre 2009
L'homme qui court
Le tramway avance avec moi dedans. Bulle traversant la grande ville. Cotonneuse, mes pensées me bercent, tournent dans la chaleur de mon manteau, s'enroulent sous l'écharpe autour de mon cou, se déposent dans les plis de mon chapeau. C'est reposant et doux. Dans quelques dizaines de mètres, ce sera un nouvel arrêt, où je ne descendrai pas encore. Mon trajet est long. Tant mieux.
Soudain mes pensées sont détournées dehors : derrière la vitre, il y a un homme qui court. Chaussures de ville, manteau de ville, col relevé, mon âge à peu près, il court pour attraper le tramway. Elégance de cet homme qui court, suit la même trajectoire que moi, tend vers un but, pour quelques secondes à peine le même que le mien. Ralentis, tramway, ralentis ! Désir qu'il y parvienne, qu'il monte dans le wagon, essoufflé, avec la fraîcheur du dehors, la fraîcheur de sa vie, la vitesse de ses pensées dont j'ignore tout. D'où vient-il, où veut-il aller ? Peu importe. Je désire juste qu'il monte dans ce wagon, je désire juste attraper une bribe infime de sa vie par le milieu.
Nous dépassons l'homme qui court. Il y eut auparavant cet instant important où il fut à la même hauteur que moi. Si je connaissais la vitesse du tramway, la vitesse de l'homme, par une opération compliquée j'aurais pu vous en donner la durée en millièmes de secondes. Mais nous le dépassons. Nous le dépassons si vite que je connais l'issue de la brève histoire. Je ne regarde pas en arrière. J'imagine que lui aussi a compris, qu'il a ralenti sa course, qu'il s'est arrêté, dépité, pour souffler. Il va peut-être rater un rendez-vous. Etre en retard à son boulot. Supporter des regards de reproche.
Puis le tramway s'arrête, trop loin de lui. Paradoxalement trop loin de moi qui suis dedans. Des personnes montent, qui ne sont pas essouflées, qui ne portent pas la vitesse d'une vie qui court.
Une demi-heure plus tard, j'arrive cinq minutes en avance à ma destination.
05 décembre 2009
Esquisse d'une présence

C'est son ombre la plus nette.

