03 décembre 2009

Rumeur

 

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Il existerait des vagues sans mer.

Des naufrages sans rives.

Des volcans invisibles.

Un amour sans toi.

Im-posture

L'univers se décentuple. Renarddesaintandre.jpg
Parfois je traverse les cloisons de mondes censés fasciner.
Mais certains miroirs sont sans tain. Les noms sur les couvertures ne correspondent à rien. Les images de ce que l'on serait sont inanimées. Les mots jamais ne nous ont appartenu. Difficile de se les rapporter. Livres et médias, univers crevés.
Pourtant c'est une spirale de la lutte. Incessante, puisque j'habite deux réalités. Des ancres mouvantes mais solides lient solitude et création au commerce des semblables. Besoin de l'un pour cultiver les autres. Besoin des autres pour faire survivre l'un. Besoin des uns pour sortir des autres (et versa-vice).
Lucidité des ondes où l'on nage par moments : la fascination a dégringolé avec la simplicité des portes ouvertes mais aussi quelques sourires grimaçants. Peu à peu, la lumière est entrée par des meurtrières imprévues, écoutilles d'abord silencieuses car ouvertes en eaux profondes. Je suis remontée, lestant la méfiance, les horizons des mondes se sont alignés et écoutilles devenues fenêtres laissent voir le véritable éclat de vos regards, plongés dans l'imaginaire des mots couchés.
Et j'aime ce milieu vu sans les ombres d'algues déformantes. Au fil du temps  il n'est plus besoin d'éloigner ceux qui nous paraissent faux. Ils ne s'approchent  plus, et nous avons compris combien ils nous sont inutiles.
Et que meure toute fascination.

 

(Tableau de Renard de Saint-André)

Histoire de lames

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C'était un jour de juillet 2007, deux ans et demi déjà, les ailes d'un papillon avaient porté des "mots-regards", "instant fraternel", et autre "histoire de lames" vers nous. Puis plus tard, en novembre, dehors il faisait froid, et nous glissions grâce à lui sur les couleurs chaudes d'un "parquet du temps" :

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La semaine dernière à Orsay le parquet raboté ressurgit dans la réalité. Avec lui, d'autres panneaux entiers de ce qui tapissait notre univers d'alors, parallèle et central tout à la fois, monde intime et doux où nos paysages changeaient de nom au fur et à mesure des voyages, où l'horizontalité de vos vies se changeait en envol-psyché, où enfin une vérité essentielle passait, s'introduisait dans la complexité d'un monde qu'au fond nous habitons forcés. C'était encore un autre lieu, encore un autre, entre les lames de nos strates multiples, c'était un lieu empli de mots-regards, alors que nous rabotions le réel. Les copeaux avaient une forme de pied-de-nez.

01 décembre 2009

Ce lieu

margueritedegas.jpgIl s'agit d'un lieu où les corps pourraient se parler s'ils étaient deux. Je vis trois vies, peut-être quatre, voire cent. Dans chacune vous vous insinuez, car j'ignore comment vous fermer ma pensée.
J'écoute les autres femmes, et je ne comprends pas celles qui parlent, écrivent. Leur érotisme m'est étranger. Elles l'illustrent d'images laides, plates, froides. D'ailleurs souvent en noir et blanc, blanc cru, mononoir. Je ne sais pas, je ne sais pas, où vous retrouvez-vous là-dedans ? Les femmes que l'on me propose sont loin de moi. Les mots de celles qui les exhibent, lointains. J'écoute plus attentivement celles qui se taisent.
J'écoute ce qui est tu.
J'écoute aussi ce qui est vous. Qui n'êtes pas femme.
Vous me parlez d'un autre pays. Pourtant c'est le même paysage que nous décrivons sans cesse au fil de nos conversations. Parfois les nuages s'arrêtent de filer, juste pour nous laisser le temps de réaliser à quel point nos voyages sont semblables. Il y a juste ce bord que vous regardez, désespérément stable, désespérément stable. Ce bord que vous regardez, dénouant un maillon, puis votre regard, c'est pour ta liberté, pas besoin, calmement, tendant mécaniquement une main qui me pousse au-delà. Toujours innocent, je n'ai même pas crié. Et voici ce pays où les lignes se tordent jusqu'au point de rupture sans jamais se briser. Une frontière entre nous : ce bord que vous regardez. Je suis un roseau sous le vent. Vous êtes un roseau sans vent.
Je pourrais dire comme les autres femmes : dites-moi ceci, dites-moi cela, pourquoi ne me montrez-vous pas combien j'existe pour vous, pourquoi ne me tendez-vous pas un miroir joli ? Mais je discerne sous ces besoins tout ce qui me les a donnés. Je discerne les images laides et les mots plats. Le stéréopoids des publitypes. Ainsi que les contes de fées.
Alors mieux vaut se taire, et tendre les regards, tendres les gestes, tendre la main, peut-être un jour effleurerez-vous mes doigts.

 

(Degas)

 

30 novembre 2009

Vers le vert

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Quelque chose de Monet sur les murs que nous longeons, longs couloirs où la possibilité de se noyer nous fait un oeil torve, eau verte de nos désirs indicibles, vert encore le silence dans lequel nous les regardons s'épandre ; fragiles et instables, ces îlots mouvants pour lesquels la légèreté s'oblige. Verts nos espoirs et sombres leurs repaires. Palette somatique.
J'ai aimé ces mots qui ne s'adressaient pas à moi, mots plus proches se voulant lointains, présence immense se voulant témoin : lorsque l'on parle de silence celui-ci recule, la ténuité s'affine jusqu'à la disparition, sa raison d'être s'éteint. Les réponses ne peuvent que résonner de silence elles aussi, elles aussi en épouser la cire coulée, s'imaginer être lues sur des lèvres immobiles, humides. Etre pourtant écoutées plus que jamais. Comprises et proches. Ecoutons les signes absents, quittons les pays lointains qui nous écrasent de leur tectonique verticale - ce serait le ciel qui bougerait et s'écroulerait sur les plaques en coulures courbes-, rejoignons-nous sur cette ligne fine, claire, presque invisible, de nos presque-rencontres comme-rêvées. Allons.

Rêve colossal

 

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Massivement rêveuse, la distance nue de la grande baigneuse de Picasso.

 

Et puis ces derniers jours :

foule               des oeillets rose pâle, très petits            couleurs couleurs        Montreuil (grand monde, grand dieu, et merci au monde ?)

traces de pinceaux                 meulespommespie               une lettre inattendue, très belle, très encourageante, de G.B., oui, elle-même

La générosité des mails de J et Z                 dorures et illuminations                 Un super plan B ! (mille mercis Béatrice et Pascale)

La grande Magie                  Away we go-In the loop               un petit garçon nommé Owen  (troublée, j'écoutais sa  voix)

Une poupée à la fraise Tagada                 Pas vu la moitié des gens, même pas leur quart             train cependant

derrière l'horloge à l'envers (dans quel sens va le temps ?)                     attenteattenteattente             oeuvres

soleil puis pluie                       le serpent du métro             crêpes au grand marnier               bonnets et chapeaux

ainsi que la duchesse de Guermantes

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25 novembre 2009

Réalité positive de la chute

 

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"Dehors tu te reconnais

parce que rien, là, ne t’a réfléchi "

23 novembre 2009

Une maman des poissons touchée par la grâce

Cette édition 2009 fut... for-mi-da-ble.

Voilà ce qui arrive quand les organisateurs font preuve d'une grande intelligence, d'une grande écoute, pour tirer parti des remarques concernant les années précédentes (oui, Jean-Luc L., je t'assure !).

Outre quelques enseignants (en réduction, quand même) qui n'ont toujours pas compris (malgré un boulot conséquent pour les informer à ce sujet), qu'il valait mieux lire au moins un livre d'un auteur avant de le recevoir, tout était parfait, il m'a semblé.

Nous avons passé des moments drôles, émouvants, riches !

Le café des auteurs : belle réussite. (ouf). Cinquante personnes présentes dont une vingtaine qui ont parlé du livre qui a marqué leur enfance. Bravo et merci aux trois enfants qui ont eu le courage de se lancer aussi. Des moments magiques... Et comme je l'espérais, un vrai partage.

Un grand merci à Joëlle et aux jeunes étudiantes qui nous ont beaucoup aidés pour l'installation de la salle et de la sono.

Un salon du livre avec une affluence croissante : l'événement commence à s'installer, être connu, reconnu.

Toujours des expositions, des ateliers, des spectacles. Pour ma part je retiens l'expo très drôle et poétique de Gérard Garcia, la très belle expo des dessins de François Vincent et le charisme épatant de la conteuse Catherine Zarcate. Hélas pas pu voir, mais mes enfants ont adoré Flavia avec sa Lili (qui nous charma le samedi soir).

Et l'immense plaisir de retrouver Stéphanie Joire (qui enchanta petits et grands par sa gaieté lumineuse !), Maryse Lamigeon et François Vincent, Jo Witek... Et de vraies belles rencontres, avec notamment Jean et Zad, Philippe Barbeau, Marie sellier, le grand parrain Thomas Scotto, Vincent Wagner...

Ambiance douce et conviviale avec tous les autres (Nancy Ribard, Jean-Marcel Erre, Sylvaine Jenny, Frédéric Cartier-Lange).

Tout le monde rayonnait le dimanche soir, même très fatigués. Même les libraires !

Bon, comme me disait Hélène, ça fait un peu pays des bisounours, mais c'est vrai, c'était aussi bien que ça ! Et puis, si vous ne me croyez pas, z'aurez qu'à venir l'an prochain pour vérifier.

(Bien sûr, un grand merci aussi à Françoise, présidente de l'événement, Hélène, Elian, Martha, Elsa, désolée si j'en oublie, merci aux crêpes au chocolat, et bien sûr, à tous les enfants présents !)

19 novembre 2009

Madeleine au bois d'amour

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Madeleine peinte par son frère Emile Bernard (1868-1941)
Paul Gauguin en tombera éperdument amoureux (d'Emile ? du tableau ? D'une idée de Madeleine).

Petit moment de partage et de fantaisie

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Enfants, ados, adultes, venez ! Et partageons les émotions que nous ont procuré les livres qu'on a aimés enfant.

Et bien sûr, consultez le programme de La maman des poissons.

 

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16 novembre 2009

Voir le blanc

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Le ruban blanc. Un film d'une force monumentale, une force qui ne se relâche jamais, tendue comme le câble meurtrier entre deux arbres, qui ne nous est jamais donné à voir. Invisible et là, partout, blanc.
Impossible de ne pas cesser d'y penser ensuite, y réfléchir. Comprendre l'incompréhensible. La complexité. Interroger la condition humaine, lorsque justement elle s'efface, par fuites devant une idéologie rigoureuse et injuste. Genèse d'un terrorisme.

Ce qui m'a également frappée, c'est le type de narration. Il s'agit d'un film très littéraire.
La voix éraillée par le temps, l'instituteur relate les faits, en parallèle avec sa propre vie, et de son amour naissant pour la nurse. Lui et son amour semblent les seuls éléments purs du récit, mais le doute et le malaise s'installent aussi dans ce qui devrait nous rassurer : n'est-ce pas seulement parce que c'est lui qui raconte ? A quel point dissimule-t-il ses propres responsabilités ? Par exemple, on ne le voit jamais en classe : jamais il ne raconte comment il s'y prenait avec les enfants. Ne leur tapait-il pas sur les doigts comme cela se faisait à l'époque ? Ou pire ?
Sa façon d'interroger les enfants, par moments, dérange. La dénonciation du "rêve" : on sent son malaise, mais pas beaucoup plus. Par l'omnipotence de sa position de narrateur, lui-même s'enveloppe d'un ruban blanc qui à son tour enveloppe tout le récit.

Et curieusement, en marge de ce récit, la caméra devient omnisciente, s'immisce dans les chambres, dans les granges, les champs, les regards. Que se passe-t-il alors ? Est-ce toujours l'instituteur qui raconte, et dans ce cas ce ne seraient que des hypothèses, des "inventions" par rapport à ce qu'on lui a raconté, des façons de rendre le réel explicable ? Ou bien est-ce un autre narrateur qui prend le relais, un qui voit tout : Dieu ? Non, l'auteur. Michaël Haneke en personne, et personne d'autre. Son intention est là, et cela il ne le cache pas. Il est aussi présent dans le film, par cette rupture narrative.
"Regardez, nous dit-il, regardez bien. Mais moi, je ne sais rien d'autre que les images, c'est l'instituteur qui pose les mots et tente de donner du sens."
Haneke nous embarque dans la spirale de sa schizophrénie de créateur.
Ainsi ce film est aussi un questionnement sur le discours témoin, sur le réel et le fictif, et sur le propre désarroi de l'auteur face à son désir de créer un sens qui n'est que le sien, mais qu'il donne pourtant au monde. Le ruban blanc, c'est aussi le sien, et on le sent dans les  longs plans de paysages enneigés,  dans les ornières : Haneke semble s'y poser parfois, y poser son doute. "Je m'arrête un peu, je souffle un peu, car voyez-vous, je ne sais pas vraiment si mon discours silencieux est le bon. Ce n'en est qu'un parmi d'autres possibles. Moi j'ai juste choisi ce chemin, qui mène à ce village. Voilà tout. Ce chemin-là, vous voyez, bordé de champs de blé. Infinis."

12 novembre 2009

Aubagne

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Vous m'y trouverez le dimanche, au stand des éditions Talents Hauts.

***
Je ne sais pas comment parler d'Aubagne sans parler d'une absence. Il n'y était peut-être pas prévu. Quoiqu'il en soit, en ce lieu, avec ses livres, cette absence sera criante.

11 novembre 2009

Alfredo et Violetta

La Traviata, Verdi. Film de Zeffirelli. Placido Domingo and Teresa Stratas.

Et La Callas, avec Di Stefano :


Ce qui ne s'atténue pas

Toutes mes pensées vont vers ceux qu'il aimait, ceux qui l'aimaient.

C'est peut-être pour eux que ma tristesse est plus profonde que je ne l'aurais crue. C'est une tristesse aussi causée par l'absurdité, et la brutalité du sort. Et je crois que son image, dans mon esprit, a toujours été incluse dans cette petite famille que nous formons, les auteurs jeunesse du sud de la France. Il était "une figure" que nous étions nombreux à admirer, à prendre comme modèle à suivre. Oui, possible de réussir quand on n'habite pas à Paris ! Il représentait un peu ça, parmi beaucoup d'autres choses. Un vide est creusé. Une image a disparu. Un sourire en moins. Et combien de livres ?

Rien ne peut expliquer cela.

10 novembre 2009

Disparition

Un peu sous le choc. Je l'ai souvent croisé sur des salons, sans jamais avoir eu le temps de lui parler vraiment. Il faudrait toujours prendre le temps de parler aux gens. Sa gentillesse était légendaire dans le milieu de la littérature jeunesse. Et son talent unanimement reconnu...

Pierre Bottero est mort avant-hier suite à un accident de moto.